Histoire (5)
Djashim observait les plats que les servantes déposaient devant lui avec un sentiment contradictoire de dégoût et d’envie. Comment était-il possible que le comte de Samar puisse organiser un tel festin dans une ville où tout manquait ? Cela en devenait obscène : au delà des murs du palais, la population mourrait de faim, mais leurs dirigeants continuaient à festoyer comme si de rien n’était. Oeklos lui-même n’aurait jamais osé se livrer à une telle provocation.
Histoire (4)
Imela avance sans aucune crainte, en équilibre sur une corde tendue entre deux mâts. Quelque chose l’appelle, la pousse à avancer. Devant elle, le soleil, touchant presque l’horizon, étincelle d’un éclat rougeoyant. Est-ce là sa destination ? Est-il de toucher de la main cette aveuglante lumière ?
Tout d’un coup, un voile noir. Imela flotte à présent dans une obscurité constellée d’étoiles à l’éclat intense. Plus de mât, plus de bateau, juste des points, rouges, oranges, jaunes, blancs, bleus. Autour d’Imela, le vide, à la fois effrayant et prometteur. Une douce mélodie remplace le souffle du vent. Elle est accompagnée d’un chant dans une langue inconnue, aux sonorités agréables. Quel être surnaturel peut avoir une si belle voix ? Les mots commencent soudainement à prendre du sens, et résonnent dans la tête d’Imela.
Histoire (3)
Taric était accoudé au comptoir, un verre à la main. L’ex-mage observait les clients de la taverne où il avait temporairement élu résidence. C’était la deuxième fois qu’il venait à Samar, et la ville avait bien changé depuis sa première visite. Il se remémora avec nostalgie son séjour précédent, bien avant l’Hiver sans Fin. A cette époque, avide d’aventure, Taric avait entrepris un voyage d’étude de la flore et de la faune d’Erûsard, et avait passé de nombreux mois en Sorûen. Tout paraissait tellement plus simple à cette époque. Samar était alors un passage obligé pour tout voyageur qui souhaitait se rendre dans le désert qui recouvrait le centre du continent d’Erûsard. C’était le comptoir commercial où les peuples du désert commerçaient avec l’extérieur, échangeant leurs créations artistiques contre l’eau, si précieuse pour eux. La cité était donc pleine de vie mais n’avait à l’époque que peu d’habitants permanents. Taric en avait gardé un très bon souvenir.
Histoire (2)
La cabine d’Imela, improvisée en salle de réunion, était remplie de monde. Tous s’étaient assis autour de la grande table de navigation où les cartes marines du Fléau des Mers étaient posées. Aridel était là, bien sûr. Imela ne lui avait pas complètement pardonné de lui avoir caché sa véritable identité, mais il lui était impossible de laisser son amant à l’écart. Demis était installé à coté de l’ex-mercenaire. Le second d’Imela était un élément essentiel du navire, et Imela avait tenu à ce qu’il soit là, probablement soucieuse de rester transparente envers ses officiers.
Histoire (1)
Djashim, pieds nus dans sa robe en lin léger, se leva de son lit. Attiré par la lumière du jour, il s’approcha du balcon et souleva le rideau qui le séparait de l’extérieur. Il posa alors ses mains sur le rebord en pierre, ses poumons s’emplissant d’air frais. Qu’il était agréable de sentir la douce chaleur du soleil levant sur sa peau, après tant de mois passés dans l’obscurité et le froid de l’Hiver sans Fin. C’était comme une renaissance…
Trahison (6)
Imela aperçut les éclairs lumineux caractéristiques des tirs de canons bien avant d’entendre leur grondement sourd et familier. Le Fléau des Mers avait ouvert le feu pile à l’heure prévue. Ses boulets allèrent s’écraser contre le mur de la forteresse de Frimar dans un énorme fracas. Quasi-instantanément, des cris s’élevèrent des remparts, suivis du tintement clair des cloches d’alarmes appelant les hommes au combat. Des lumières s’allumèrent dans le petit baraquement situé au pied de la forteresse qu’Imela avait repéré. Il ne fallut que quelques minutes pour qu’un dizaine de soldats en sortent, se précipitant vers leurs postes.
Trahison (5)
Le désespoir de Taric avait atteint son paroxysme. Il n’y avait rien à faire. Personne ne pourrait plus le protéger à présent. Il avait tenté de tromper la résistance et sa trahison s’était soldée par un échec. Ses jours étaient comptés. Il mourrait très probablement bientôt de manière violente, et si ce n’était pas le cas, le poison de Walron aurait tôt ou tard raison de lui. Lorsque le premier ministre avait découvert que les informations que Taric lui avait transmises étaient fausses, il avait brisé la fiole d’antidote devant ses yeux, et l’avait banni d’Oeklhin. “J’espère que votre mort sera lente et douloureuse” avaient été les dernières paroles de Walron à son égard. Taric avait donc dû quitter la ville à pied, mais il s’était de nouveau fait arrêter par des hommes en armes. La seule différence était que ses ravisseurs n’étaient pas cette fois des gardes impériaux, mais des agents de la résistance. Ces hommes, qui quelques jours auparavant, auraient été ses alliés, le détenaient à présent dans le froid, à quelques lieues de la forteresse.
Trahison (4)
Les formes sombres des monts du massif des Sordepic se distinguaient à peine dans la nuit sans étoiles. Le Fléau des Mers, porté par un vent calme, avançait silencieusement dans les vagues. Le clapotis de l’eau sur sa coque était le seul son qui trahissait sa présence. Toutes les lumières du bord étaient éteintes, et les hommes avaient pour stricte instruction de faire le moins de bruit possible. Le navire n’était plus très loin de son objectif, à présent. La forteresse de Frimar restait cependant toujours invisible aux yeux de l’équipage, cachée dans l’obscurité obscurité. Seul Demis, le navigateur du bord, savait exactement où elle se trouvait. Il consultait régulièrement ses chartes, ajustant la barre en conséquence.
Trahison (3)
Convoqué dans la salle du trône. Depuis qu’il avait dû se transformer en bourreau pour Oeklos, Djashim appréhendait énormément les audiences impériales. Il se rendait donc avec réticence vers sa destination, ses pensées se bousculant les unes les autres. L’assassinat qu’il avait dû commettre de sang-froid le hanterait probablement jusqu’à la fin de sa vie, et il se rappelait avec horreur de chaque seconde.
Que lui-voulait donc Oeklos cette fois ? Djashim soupçonnait que cela avait à voir avec Taric. Le jeune général avait pris un grand risque en épargnant la vie de l’ex-mage. Cependant, il se rappelait du sacrifice de Delan qui lui avait permis de devenir officier impérial, et il se sentait redevable envers son ami, Taric. Djashim refusait de laisser un autre mage mourir pour lui. Contrairement à Lanea, il n’était pas encore entièrement prêt à tout sacrifier pour atteindre son objectif. Etait-ce une faiblesse de sa part qui le mènerait à sa perte ? Il entra avec cette pensée dans la salle du trône.
Trahison (2)
Niûrelmar. C’était le port le plus important de la côte Nord d’Omirelhen, et une des portes d’entrée du continent de Sorcasard. Niûrelmar avait toujours été une métropole à l’activité débordante. La ville avait été construite sur les ruines d’une cité Sorcami anéantie par l’Empire de Dûen. Le camp fortifié que les hommes avaient bâti alors avait traversé les époques en s’agrandissant de manière parfois démesurée, jusqu’à devenir l’une des plus grandes cités du monde. Même les guerres de conquête d’Oeklos et l’Hiver Sans Fin n’avaient pu entraver la croissance de Niûrelmar. Omirelhen se trouvait en effet au delà de la limite des nuages, et bénéficiait, tout comme Sûsenbal, d’un climat quasi-normal. Nombre de réfugiés venant du Nord, fuyant les glaces et les persécutions Sorcami, avaient donc décidé de s’y installer. Les plus chanceux, et surtout les plus riches d’entre eux avaient pu rester, à Niûrelmar augmentant ainsi d’autant le prestige de la ville.