Vol (3)
Taric, partagé entre l’horreur et l’incrédulité, observait les ruines des bâtiments qui l’entouraient. Certains d’entre eux n’étaient plus qu’un amas de débris et d’éboulis. Une vision qui n’était pas sans rappeler les ruines de Dafakin. Quelques pierres étaient marbrées de tâches rouges-brunes, le sang de ceux dont la vie avait été inutilement sacrifiée. Un sentiment de tristesse et d’impuissance envahit l’ex-mage.
- Voyez, maître Taric, commenta Chinir d’un ton grave, l’œuvre du Nouvel Empire d’Oeklos. Les canons censés défendre la ville de Samar se retournent contre elle-même, comme un cancer la rongeant de l’intérieur. Et tout cela pour une poignée de déserteurs…
Vol (2)
Lorsqu’elle était ambassadrice en Niûsanif, Shari avait plusieurs fois rencontré des délégations de nains, et la vue des petits hommes ne lui était pas totalement étrangère. Cependant, ceux qui les entouraient à présent avaient un aspect très troublant. Ayant vécu sous terre toute leur vie, le teint blafard de leur peau leur donnait un aspect malsain, presque maladif, même sous la faible lueur de la caverne. Les barbes qu’ils portaient leur cachaient presque intégralement le visage, ne laissant apparaître que des yeux très clairs, à la pupille extrêmement dilatée. Leurs regards étaient inquiétants, pleins d’une méfiance non dissimulée.
Vol (1)
De lourds coups frappés à la porte réveillèrent Djashim. Le jeune général, l’esprit encore embrumé, crut pendant un moment que c’était Ayrîa qui était de retour. La jeune femme était cependant partie depuis longtemps, et elle ne reviendrait probablement pas de si tôt. En tant qu’agent infiltré, elle se devait, tout comme lui de maintenir l’illusion de son rôle. Djashim ne pouvait cependant s’empêcher de ressentir un certain regret devant son absence. Si les circonstances avaient été différentes…
Profondeur (6)
Imela sentait sa volonté faiblir. Le froid et la fatigue nourrissaient en elles de noires pensées, et elle commençait à douter. La longue marche dans l’obscurité permanente, loin de l’océan et de son navire, était de plus en plus dure à supporter. Pourquoi n’était-elle pas restée à bord du Fléau des Mers ? Sa confiance en Itheros était-elle bien placée ? Peut-être que le vieux Sorcami l’avait envoyée en quête d’une chimère ? Comment être certaine que la pierre des rêves existait ? Seuls ses songes tourmentés lui disaient de continuer… Peut-être aurait-elle dû écouter Demis à la place ?
Profondeur (5)
La pièce dans laquelle Taric avait été amené était très sombre. Seule la lumière d’une petite lampe à huile placée sur la table devant lui venait briser l’obscurité. Cela lui rappelait désagréablement la geôle dans laquelle il avait été conduit à Oeklhin, et il sentit malgré lui la peur l’envahir. L’ex-mage était assis sur un tabouret, les main attachées dans son dos. Il n’avait de toute évidence pas la confiance des personnes qui se trouvaient en face de lui. Il y avait là Chînir, bien sûr, mais aussi deux autres hommes à l’allure similaire qui restaient un peu en retrait, probablement ses lieutenants.
Profondeur (4)
Shari tourna la tête, tentant en vain d’apercevoir d’ou venait la voix qui les avait interpellés. Qui donc pouvait habiter dans cette solitude glacée ? L’ex-ambassadrice, ne trouvant pas son interlocuteur, décida de parler dans le vide, pour tenter d’apaiser l’autochtone. Elle se plaça devant Imela, s’attirant un regard noir de la jeune capitaine. Il faudrait bien qu’elle s’y habitue. Shari était une diplomate, et elle considérait comme son rôle d’entrer en contact avec les étrangers qu’ils croiseraient dans leur périple.
Profondeur (3)
Djashim, dos au mur, le couteau d’Ayrîa sous la gorge, réfléchissait aussi vite que le lui permettait son esprit embrumé par l’alcool. Pris au piège par une résistante ? D’une certaine manière c’était inespéré. Jamais il n’aurait pu imaginer que la belle jeune femme était une combattante Sorûeni. C’était pourtant la position idéale pour une espionne. La noblesse de Sorûen était très patriarcale, et beaucoup croyaient que les femmes ne comprenaient rien à la politique et à la guerre. Une grave erreur bien sûr, mais qui avait apparemment profité à la résistance. Même Djashim s’était, malgré lui, laissé prendre au piège.
Profondeur (2)
L’œil d’Imela, rivé à sa longue-vue, scrutait l’horizon sombre. Son regard exercé arrivait à distinguer les zones un peu plus claire dans la couche de nuage qui recouvrait le ciel, lui permettant ainsi de repérer la ligne d’horizon. Il lui était cependant impossible de voir ce qui se dressait devant le Fléau des Mers. Il était temps d’y remédier.
- Feu ! cria-t’elle.
Un flash lumineux vint illuminer sa vision périphérique, suivi du bruit sourd du canon de poursuite. Le projectile enflammé qu’il venait d’éjecter traça une parabole lumineuse dans le ciel, se dirigeant rapidement vers l’océan. Ce procédé n’était pas très discret, mais dans l’obscurité, c’était l’un des moyens les plus fiables de naviguer. Depuis un ou deux jours déjà, le Fléau des Mers naviguait au milieu d’icebergs, certes de petite taille, mais représentant un risque pour la coque en bois. Le bruit de la glace se frottant contre le quille du bateau n’était jamais agréable à entendre, et si l’en d’entre eux perçait, cela pouvait se révéler catastrophique.
Profondeur (1)
Taric commençait, presque malgré lui, à partager l’enthousiasme et l’exaltation de la foule qui l’entourait. Le mage en lui avait toujours considéré ces combats sanglants comme barbares et indignes d’un peuple civilisé, mais il ne pouvait s’empêcher de ressentir la montée d’adrénaline. Une excitation presque malsaine s’emparait de lui. Il était facile de se laisser prendre au jeu, porté par l’ambiance de la salle, les spectateurs criant à chaque coup porté.
Histoire (6)
Plus le Fléau des Mers avançait en direction du nord, plus le vent devenait froid. Shari, couverte de pelisses, en sentait la morsure glaciale. Au dessus d’elle, les voiles claquaient, propulsant le navire dans ce souffle gelé. Le ciel était devenu très sombre, d’un gris tirant sur le noir. D’après l’horloge du bord, cependant, on était en plein milieu de la journée. Shari, qui avait vécu les deux dernières années dans la lumière et la chaleur relative de l’hémisphère austral, était à présent confrontée à la terrible réalité de l’Hiver Sans Fin.