Océan (3)
- Le vent a forci, capitaine. Devons-nous ramener les voiles ?
Imela observa le ciel, la brise soufflant sur son visage. Au sud de leur position, les nuages s’éclaircissaient, et on apercevait même quelques rares coins de ciel bleu. Ils étaient arrivés à la limite géographique de l’Hiver sans Fin. Le voile nuageux créé par la gigantesque éruption de L1, la plus haute montagne du monde, était bien plus fin dans l’hémisphère sud. En conséquence, les terres australes jouissaient d’un climat plus clément que les contrées du Nord. A l’interface entre ces deux zones, les différences de températures étaient la source de vents qui pouvaient être très violents, se transformant parfois en véritables tempêtes. Les marins devaient donc se montrer extrêmement prudents à l’approche de cette limite, que certains appelaient le Souffle d’Erû.
Océan (2)
Djashim, au garde à vous, attendait devant la porte de la salle du trône. Il avait été convoqué par l’empereur sans délai pour une “affaire pressante”. Ce simple terme avait de quoi effrayer… Le jeune général devait faire un grand effort sur lui-même pour garder son calme. Avait-il déplu d’une quelconque manière à Oeklos ? Peut-être avait-il dépassé les bornes invisibles qui avaient été posées autour de lui lorsqu’il avait rendu visite au prisonnier Lûnir ? Le visage dément de cette créature avait hanté les rêves du jeune hommes pendant de longues nuits. Comment un être humain pouvait-il se transformer à ce point ? Si Djashim avait pu effacer cette vision d’horreur, il l’aurait fait sans hésiter. Et il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il allait peut-être découvrir à présent le véritable prix de son indiscrétion.
Océan (1)
La cellule dans laquelle Shari avait été placée était extrêmement vétuste, et la saleté dépassait l’entendement. Il s’agissait d’un espace de deux toises carrées situé sous le pont, à l’arrière du Chayschui saychil, isolé du reste du navire par de simples barres de métal. Shari, paradoxalement, louait le présence de ces barreaux. En effet, s’ils ne la protégeaient pas des regards lubriques de l’équipage, ils empêchaient néanmoins les matelots de la toucher.
Quête (6)
Imela, emmitouflée dans sa sa cape, ses cheveux flottant dans le vent glacial, regardait les matelots s’activer. L’ancre avait été levée avec l’arrivée de la marée, deux heures auparavant, et le Fléau des Mers profitait à présent du vent d’est pour quitter les côtes de l’Empire de Dûen.
Sa destination finale était le Royaume d’Omirelhen, une péninsule à l’ouest du continent de Sorcasard, et pour le rejoindre, Imela allait devoir traverser l’Océan Extérieur. C’était un voyage qui n’était pas sans présenter de nombreux dangers, particulièrement en ces temps troublés. Depuis le début de l’Hiver sans Fin, les tempêtes étaient devenues totalement imprévisibles et emportaient souvent les navires mal préparés. De nombreuses histoires couraient aussi sur la présence de créatures marines qui attaquaient même les plus gros vaisseaux, mais Imela ne prêtait guère attention à ces récits superstitieux. Elle craignait bien plus de tomber sur la marine d’Oeklos, qui parcourait parfois ces mers.
Quête (5)
Djashim avait du mal à s’habituer au luxe de ses nouveaux quartiers. Son bureau et ses appartements, situés en bas de la Tour d’Oeklos, étaient gigantesques, trois à quatre fois plus grands que son précédent logement. Les murs étaient couverts de tentures et tapisseries aux couleurs chaudes qui contrastaient singulièrement avec l’aspect sombre de la tour. Tout était conçu pour oublier le froid qui régnait à l’extérieur, et même les meubles donnaient une impression de confort et de chaleur qui faisait culpabiliser Djashim.
Quête (4)
Imela leva les yeux vers Omacer, ne pouvant cacher son incrédulité. L’abus d’alcool avait-il définitivement fait perdre la raison au mage ?
- Dalhin ? Soyez sérieux, Omacer ! Dalhin est la cité céleste où se réfugient les âmes après la mort. Le seul moyen d’y accéder, c’est de quitter ce monde. Ce n’est pas cette tablette qui va nous permettre d’y entrer !
Omacer se tourna vers la jeune femme. Son regard semblait parfaitement lucide, et toute trace de l’ivrogne qu’ils avaient traîné jusque là avait disparu.
Quête (3)
Lanea s’assit sur le petit banc de pierre accolé au mur du jardin. C’était l’endroit où la jeune femme se sentait le mieux de toute la forteresse d’Oeklhin. Ce lieu dégageait une sensation de paix qui rappelait un peu les jardins de la cité de Dafakin. La jeune femme éprouvait une certaine fierté à l’idée que ce havre de verdure était son œuvre. Erûciel en avait conçu la majeure partie, bien sûr, mais c’était Lanea qui avait persuadé les autorités impériales de lancer sa construction.
Quête (2)
Aridel semblait parfaitement connaître les rues de Cersamar. Il passait par des venelles dont Imela n’avait jamais soupçonné l’existence. La plupart étaient désertes, leurs maisons abandonnées depuis plusieurs années. De temps en temps on apercevait les ruines d’une ancienne fontaine ou d’une statue. Le groupe hétéroclite constitué d’Imela, Demis, Aridel et Daethos marcha ainsi pendant une dizaine de minutes avant d’arriver devant un tripot à l’aspect encore moins engageant que l’Auberge du Marin.
Quête (1)
Le vent s’était levé, et la mer formée ballotait le Chiltôli de part et d’autre. Shari, pour qui les longs voyages sur l’océan étaient pourtant familiers, avait du mal à tenir debout, et elle ressentait même par moment des nausées. La jeune femme se trouvait sur le pont, fermement accrochée au bastingage du gaillard d’avant. Elle essayait de rester le plus à l’écart possible de l’équipage du navire et de son capitaine. Lasham avait un regard encore plus lubrique que ses hommes lorsqu’il regardait Shari. Même s’il s’était montré irréprochable jusqu’alors, elle ne tenait pas à l’encourager. Un simple sourire aurait pu être mal interprété, et elle était la seule femme à bord.
Imela (6)
La salle du trône était immense. Jamais Djashim n’aurait imaginé que la Tour d’Oeklos puisse receler une pièce d’une telle dimension. Elle avait la forme d’une demi-sphère : le sol était un cercle parfait d’un diamètre de 30 toises (60 mètres) et le plafond en forme de dôme culminait à 15 toises (30 mètres) au dessus de Djashim.
La porte par laquelle était entré le jeune homme se trouvait à l’une des extrémité de la demi-sphère, et le trône lui même était au centre de la salle. Sur tout le pourtour de la pièce étaient disposées une multitude de statues, certaines représentant des mages en robe de cérémonie, d’autres des hommes-sauriens, et d’autres encore des soldats ou des officiers de l’empire de Dûen. Certains de ces ouvrages avaient même l’allure de sénateurs de Niûsanif, le pays natal de Djashim.