Glace - Épilogue (3)
La forteresse d’Oeklhin était en pleine effervescence. Depuis qu’elle avait élu domicile dans l’herboristerie, Lanea n’avait jamais vu une telle activité. C’était comme si un siège se préparait. En moins d’une semaine, la garnison et la garde impériale avaient doublé d’effectifs, et les troupes continuaient à arriver.
Oeklos avait apparemment rappelé une grande partie des troupes qui se trouvaient dans l’ex-royaume des mages. Était-ce pour préparer une opération militaire d’envergure ? Une invasion ? Ou pour assurer une meilleure protection de la forteresse ?
Glace - Épilogue (2)
Chînir s’assit sur le confortable fauteuil en bois massif. La salle de réunion du palais comtal était à la fois immense et splendide, mais le chef nomade ne s’y sentait pas vraiment à l’aise. En observant tout ce luxe, il ne pouvait s’empêcher que c’étaient les vies de ses ancêtres qui avaient permis l’existence de ce palais. Ce n’était que juste retour des choses qu’il y prenne place, et pourtant, il avait l’impression d’être hors de son élément.
Glace -Épilogue (1)
Imela sentait le vent marin lui caresser le visage. La sensation lui avait manqué durant ces semaines passées sur la banquise. Sur le pont du Fléau des Mers, elle se sentait chez elle, et le mouvement du navire filant sur l’océan la calmait, lui faisant presque oublier ses soucis actuels.
Demis était à la barre, ajustant le cap en observant régulièrement le compas qui se trouvait devant lui. Imela lui faisait entièrement confiance quant à la conduite du navire. Elle préférait se concentrer sur l’avenir, les cheveux au vent, la brise marine imprégnant ses sens. Qu’il était bon d’être de nouveau en mer ! Elle se raccrocha aussi longtemps que possible à ce moment de bonheur, mais ses sombres pensées finirent par la rattraper.
Résurrection (6)
Djashim avait du mal à réaliser ce qui lui arrivait. Les propos d’Aridel étaient comme sortis d’un rêve. Malgré le visage familier qu’il avait devant les yeux, il avait encore des doutes sur l’identité de l’homme en armure. Tout dans ce qu’il racontait était incroyable, comme les fables qu’avait pu parfois lui raconter Idjîli, la femme qui l’avait élevé dans les rues de Niûsanin.
Djashim ne pouvait pourtant pas nier ce que lui montraient ses sens. La cuirasse qui recouvrait l’héritier du trône d’Omirelhen était bien tangible, et même en clignant des yeux, le jeune général n’arrivait pas à la faire disparaître de son regard. Il resta ainsi un long moment sans mot dire, ses pensées se bousculant à une folle allure.
Résurrection (5)
Shari n’arrivait toujours pas à croire ses propres yeux. Pourtant, malgré l’obscurité ambiante, la forme sombre qui se détachait dans la baie en contrebas était parfaitement identifiable. C’était sans l’ombre d’un doute le Fléau des Mers.
Le navire paraissait les attendre, immobile sur l’eau calme de la baie, comme s’ils n’étaient partis que la veille. Les semaines passées à marcher dans la banquise et le froid, la mort d’Orin, la cité sous la montagne, tout cela semblait effacé, comme un mauvais rêve duquel on se réveille avec la sensation d’avoir tout oublié.
Résurrection (4)
Ayrîa se sentait détachée du monde extérieur, comme dans un rêve. Sa tête tournait et lui faisait horriblement mal. Depuis que le mage Taric l’avait réveillée, allongée dans la cour de la forteresse, elle semblait avoir perdu toute emprise sur la réalité. Elle se rappelait à peine avoir exhorté l’homme de Dafashûn à la suivre jusqu’aux appartements de Djashim, où ils étaient arrivés pour constater leur échec.
Trop tard, leur avait dit le jeune général, debout devant le miroir que lui avait fourni Oeklos, les larmes aux yeux. Il avait commis l’irréparable, et le rayon d’Oeklos était sur le point de frapper les rebelles de Samar. Ayrîa se rappelait le sentiment d’horreur qui s’était emparé d’elle lors qu’elle avait réalisé ce que Djashim venait de faire. Pourrait-elle un jour lui pardonner un tel acte ? Elle avait été sur le point de le frapper, prise par la rage et l’impuissance de la situation.
Résurrection (3)
Pendant un moment, Aridel crut être devenu aveugle. Le blanc éclatant qui avait rempli son champ de vision s’était transformé en ténèbres impénétrables. C’était comme si toute lumière avait disparu du monde. Il cligna des yeux et vit apparaître à la périphérie de sa vision une série de glyphes runiques défilant rapidement. Il se rendit compte qu’il était dans l’armure, visière baissée, et les symboles s’inscrivaient en surbrillance sur le casque. Il s’agissait d’une série de chiffres sans queue ni tête, mais ils étaient la seule source de lumière que distinguaient les yeux d’Aridel.
Résurrection (2)
C’était le chaos. Des soldats couraient dans tous les sens, passant sans but d’un côté à l’autre des remparts. Les ordres que leur aboyaient les officiers étaient pour la plupart contradictoires, ajoutant à la confusion ambiante. Le bruit des tirs d’arquebuses et des mortiers en contrebas de la forteresse achevaient de transformer les remparts en un véritable enfer. Et c’était sans parler des boulets qui retombaient au hasard sur les infortunés assiégés, ne manquant pratiquement jamais de faire quelques victimes.
Résurrection (1)
Les chariots remplis de lourds boulets en fonte avaient une allure sinistre aux yeux de Taric. Des hommes faisaient régulièrement l’aller retour en tirant et poussant ces mastodontes. Ils peinaient sous l’effort et étaient couverts de sueur, tout cela pour apporter aux mortiers leurs précieuses munitions.
Ces armes de siège étaient probablement le seul moyen de venir à bout de la forteresse, mais Taric n’arrivait pas à s’habituer à leur vacarme. Chaque tir était comme un coup de tonnerre, envoyant un projectile plus lourd qu’un homme à un angle élevé afin de retomber sur les remparts ou au delà. Taric plaignait les malheureux qui se retrouvaient sous ce déluge de métal. C’était le première fois qu’il assistait à un siège, et il avait du mal à accepter l’horreur de ce qu’il avait sous les yeux.
Mort (6)
Aridel observait son interlocuteur sans rien dire. Tout était confus. Erû, une création des anciens ? Et comment pouvait-il justifier de quelque manière que ce soit la destruction et la mort qu’avait apporté Oeklos ? Pout-être que tout ce qu’il avait entendu jusqu’à présent n’était qu’un rêve. Il était probablement en train de dormir à coté d’Imela dans le froid, et il allait se réveiller à tout moment.
- Non Aridel, dit alors Erû/Sûnir, répondant à ses pensées, tu n’es pas en train de rêver. Comme je te l’ai expliqué, je ne peux pas influencer tes décisions. Je peux lire une partie de tes pensées mais je suis incapable de te contrôler. C’est pour cela qu’il fallait que je te rencontre. Ta tâche ne fait que commencer, et il faut que tu prennes conscience de son ampleur.