Les épisodes

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Tempête

Extrêmes (3)

Ayrîa sirotait son thé tout en écoutant la discussion animée qui opposait Codûsûr, souverain de Sorûen, à Chînir, général de son armée, et chef du clan des Saüsham. Malgré sa volonté de ne pas prendre parti, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de mépris envers le roi. Était-ce sa loyauté envers Chînir qui s’exprimait, ou autre chose ? Elle essaya de mettre ce sentiment de coté pour analyser objectivement la conversation.

– Le domaine de Sanif nous appartient, Chînir ! Pour la première fois depuis six siècles, Sorûen à la possibilité de reprendre ce territoire qui lui revient de droit. Nous pouvons redonner à notre royaume sa gloire passée, et devenir la seule force capable de contrer Oeklos.

– Majesté, puis-je me permettre de vous rappeler que nous devons ces victoires à la présence d’Aridel et au fait qu’il soit capable de contrer le rayon d’Oeklos ? L’empereur est loin d’avoir dit son dernier mot, j’en suis certain. Plutôt que de nous lancer dans une conquête systématique de Sanif, je pense que nous devrions chercher à nous en faire des alliés. Cela nous permettrait de nous tourner vers Sûsenbal qui représente encore un risque…

– Sûsenbal ! Laisse moi rire ! Les îles ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles ont été, un simple état vassal à la solde d’Oeklos. Nous n’avons pas grand chose à craindre des Sûsenbi. Par contre nous avons énormément à gagner à nous rendre à Stelthin. La capitale de Sanif pourrait devenir notre nouvelle base d’opérations.

– Et vous en profiteriez au passage pour mettre la main sur les richesses et l’or des marchands Sanifais ? Un bon plan pour vous, Codûsûr, à n’en pas douter.

L’homme qui venait de parler, entrant dans la tente de commandement sans s’annoncer, était Aridel bien sûr. Personne d’autre n’aurait osé s’adresser de la sorte au roi de Sorûen. Seul l’ex-mercenaire, héritier légitime du trône d’Omirelhen et possesseur d’une armure divine, était l’égal en rang, voire le supérieur, de Codûsûr. C’était un constat que n’appréciait guère le souverain. Aridel était accompagné de Djashim, l’ex-général d’Oeklos et agent des mages envers lequel les sentiments d’Ayrîa étaient très confus. Le visage des deux hommes évoquait la fatigue et l’horreur du combat, mais leur expression était celle d’une colère contenue.

L’armure d’Aridel, déjà imposante en elle même était couverte de sang et de traces de lutte, et conférait aux mots de l’ex-mercenaire un poids teinté de violence. Même Codûsûr eut un petit mouvement de recul.

– Aridel, dit le roi d’un ton mi-figue, mi-raisin. Nous discutions simplement de la suite à donner à cette grande victoire. Votre avis est le bienvenu.

– Hmpf, renifla l’ex-mercenaire. Je ne peux qu’admirer votre dévouement et votre hâte à conduire cette campagne. Alors que le sang de vos hommes coule encore sur la plaine de Lûstel, vous êtes déjà à penser à l’avenir. Puis-je cependant me permettre de vous rappeler que notre objectif est de libérer la population de Sorûen, pas de soumettre celle de Sanif ?

L’ironie des propos d’Aridel déplût très visiblement au souverain de Sorûen. Il fit face à l’ex-mercenaire. Son visage était très dur, et on sentait au regard du roi que chez lui la compassion avait disparu. Elle avait été remplacée depuis longtemps par l’esprit de vengeance et l’avidité. Aridel et lui se toisèrent pendant un long moment sans rien dire, leurs volontés s’opposant silencieusement.

Ce fut Djashim qui décida de mettre un terme à ce duel sans mots.

— Majesté, si je puis vous interrompre ? Chînir à dû vous dire que notre victoire à Lûstel a été très couteuse, en hommes comme en matériel. Peut-être pourrions nous prendre le temps de nous regrouper et de panser nos plaies avant de décider quoi que ce soit ?

Le roi se tourna vers son nouvel interlocuteur.

– Ah, mon jeune « général », dit-il d’un air condescendant. Quoi que vous et vos hommes puissiez en penser, l’heure n’est plus à l’attente, mais à l’action. Il est vital que nous pressions notre avantage stratégique. Le domaine de Sanif à une très grande valeur aux yeux d’Oeklos. Nous en assurer la possession lui porterait un coup terrible.

Aridel intervint de nouveau.

– Je doute, Codûsûr, que les Sanifais soient capables de reconstituer rapidement une armée après la défaite qu’ils ont essuyée ici. Leurs ports sont d’une importance vitale pour nous, c’est un fait. Je suis cependant persuadé que nous en récolterons plus rapidement les fruits en nous alliant avec les princes-marchands, pas en les écrasant. Nous pourrions alors porter un énorme coup logistique à Oeklos tout en concentrant notre activité militaire ailleurs. Et nous n’avons pas besoin de nous rendre à Stelthin pour cela.

– Ce serait une victoire symbolique pour toute la résistance, Aridel : la première capitale reprise à Oeklos !

— La prise d’Erûsdel serait tout aussi bénéfique pour le moral de nos troupes. Et c’est bien là que se trouve votre palais, il me semble ?

Ayrîa s’amusait follement, presque malgré elle. Elle avait l’impression d’assister à une dispute de ses petits frères, se battant pour un nouveau jouet. Roi, généraux, envoyé d’Erû, tous ces hommes se comportaient comme des enfants. Elle avait presque envie de leur mettre une claque et de les envoyer se calmer dans leurs chambres. C’était hors de question, bien entendu, mais la pensée la fit sourire intérieurement.

Elle se rendait pourtant compte que contrairement à ses petits frères, la conclusion de cette dispute impacterait un grand nombre de vies. La jeune femme n’avait aucune envie de revivre un bain de sang comme la bataille de Lûstel si ce n’était pas nécessaire. Elle se focalisa sur les propos du roi.

– Erûsdel ? Vous semblez bien impatient de vous y rendre Aridel. Ce n’est pourtant pas là qu’est votre trône.

Le ton de Codûsûr était lourd d’accusations. La conversation prenait une tournure de plus en plus déplaisante. Cela faisait plusieurs semaines que les points de vue d’Aridel et du roi de Sorûen s’opposaient, mais jamais Ayrîa n’avait été témoin d’un échange aussi houleux.

– Vous avez parfaitement raison, répondit Aridel en haussant le ton. La maison de mes ancêtres est ailleurs, et je n’ai rien à apporter ici. Je ne suis, après tout qu’un simple bouclier à brandir contre le rayon d’Oeklos. Je constate d’ailleurs que vous n’avez plus besoin de mes services, et je ne vois pas pourquoi je vous aiderai à envahir une autre nation ! Je vous dis donc au revoir. Puissent nos chemins ne jamais se recroiser !

Sans ajouter un mot, Aridel quitta la tente d’un pas rapide, furieux.

– Il reviendra, dit Codûsûr, tout aussi énervé. Il a autant besoin de nous que nous de lui.

Djashim reprit alors la parole.

– Majesté, je crois qu’Aridel, comme moi et comme la plupart de nos hommes, est las du combat. Son armure protège son corps, mais ne l’empêche pas de voir les horreurs de cette guerre. C’est pour cela qu’il sera peut-être bon de marquer une pause dans notre avance, et de nous reposer un moment.

Codûsûr vint se placer en face du jeune général, la colère déformant son visage.

– Je n’ai pas de conseils à recevoir d’un enfant qui se prétend officier ! Votre seul mérite est d’avoir su faire plaisir à Oeklos et je ne veux pas savoir de quelle manière ! Retournez auprès de votre ami. Je ne veux plus vous voir ici, « genéral ».

Ces derniers mots avaient été dits avec un tel mépris qu’il était difficile de ne pas y voir des insultes. Ayrîa admirait la contenance de Djashim. Il sortit en silence de la tente, suivant les pas d’Aridel sans révéler les émotions qui l’envahissaient très probablement. Ayrîa en profita pour le suivre, poussée par la curiosité et d’autres sentiments qu’elle ne voulait pas admettre.

– Djashim, cria-t’elle. Le roi parle sans réfléchir, grisé par la victoire. Il va se reprendre.

– Non Ayrîa, répliqua le jeune homme. Il n’y a pas à raisonner avec cet homme. Si c’est pour qu’il prenne le pouvoir que nous combattons Oeklos, il nous faut revoir notre copie. Il a oublié à qui il doit sa situation actuelle !

La jeune femme ne pouvait pas contredire les propos de son interlocuteur, pour la bonne raison qu’elle pensait intérieurement la même chose.

– Que va faire Aridel, alors ? demanda-t-elle.

– Je n’en sais rien. Mais il a une mission à accomplir et quoi qu’il décide, je l’accompagnerai.

Tempête

Extrêmes (2)

Le vent était intense, et la puissance de son souffle faisait tanguer dangereusement la lourde caisse en bois. Les tensions exercées au bout de la corde que tiraient Daethos et les membres d’équipage du Fléau des Mers la faisaient passer d’un coté et de l’autre du monte-charge. Le Sorcami en venait à se demander par quel miracle ils n’avaient pas encore perdu un de leurs chargements. Il fallait sûrement rendre hommage à la solidité des cordes Dûeni, mais surtout à la persévérance des marins d’Imela. La capitaine avait su entraîner ses hommes de façon à ce qu’ils accomplissent presque sans y réfléchir les tâches les plus pénibles. Tous se comportaient de manière très professionnelle. C’était un équipage aguerri aux métiers de la mer. Même après leurs longue traversée, ils continuaient à travailler presque sans se plaindre. Pourtant certains d’entre eux n’avaient pas mis pied à terre depuis plus de deux ans.

Il fallait dire que la côte Setireline, devant laquelle le navire était au mouillage, n’était pas particulièrement attirante. Le Fléau des Mers se trouvait entre Ûtiminas et Omirelmar, sur la côte est du pays. Malgré sa position protégée, bordant la mer d’Omea, c’était un littoral battu par les vents forts du Souffle d’Erû, la limite entre l’hémisphère Nord se trouvant à l’ombre de l’Hiver Sans Fin et le Sud où le soleil brillait encore.

Daethos et ses compagnons tirèrent une nouvelle fois sur la corde et la caisse finit par arriver sur le pont. Malgré sa force, l’homme-saurien commençait à ressentir une certaine fatigue dans ses bras. Il commençait à avoir hâte que le chargement des provisions se termine.

– Ohé ! interpella alors une voix.

C’était le canot, en contrebas du navire. Il était vide à présent, à l’exception des quatre rameurs qui avaient transporté les caisses depuis la côte. Daethos ignorait combien il leur restait d’aller-retour à effectuer.

– Qu’y a-t-il ? demanda l’homme saurien. Malgré tout ses efforts, il parlait encore le dûeni d’une manière très formelle, ce qui lui valait souvent les moqueries de l’équipage. Il n’en avait cure. La plupart de ces hommes avaient fini par tolérer sa présence, et Daethos leur avait prouvé son utilité. Le cime verdoyante des arbres de sa forêt natale commençait cependant à beacoup lui manquer. Il avait hâte, presque malgré lui, de retourner en Niûsanif.

– La capitaine a besoin de toi à terre, Daethos. Elle veut que tu viennes avec nous.

Le sorcami eut du mal à cacher sa surprise. Il n’aimait pas trop montrer ses émotions, car il savait que les humains avaient du mal à les interpréter. Pourquoi donc Imela voulait-elle le voir ? C’était particulièrement risqué. Les contrebandiers qui lui avaient vendu ces provisions n’allaient probablement pas être ravis de voir débarquer un homme-saurien. Il se devait cependant d’obéir. Il était officiellement un membre de l’équipage du Fléau des Mers et se devait d’en respecter les règles.

– J’arrive, dit-il laconiquement.

S’accrochant à l’un des filets de corde qui descendaient le long du navire, il rejoignit le canot. Une fois à bord, les marins se mirent à ramer en direction de la côte.

Ils débarquèrent sur une grève de galets polis de la même couleur gris sombre que le ciel. De nombreuses caisses de provisions étaient encore empilées là, attendant leur chargement. Daethos mit pied à terre, remarquant l’inégalité du sol sous lui.

Imela se trouvait non loin de là, en grande discussion avec Shari, qui avait bien sûr insisté pour accompagner la capitaine lors de ses tractations. Daethos se rapprocha des deux femmes.

– Ce ne serait pas raisonnable, Shari, expliquait la capitaine, visiblement exaspérée. J’ai promis à Daethos de le ramener en Niûsanif, et j’ai le sentiment qu’Itheros aussi…

– C’est le chemin le plus rapide ! Et nous pourrions débarquer Takhini en Sûsenbal. Il ne peut pas passer le restant de ces jours sur ce navire. Je suis sûr que j’ai encore des contacts qui…

– Vous m’avez fait demander, capitaine-Imela ? coupa alors Daethos, curieux de connaître le sujet de leur discussion?

La capitaine se tourna vers lui.

– Ah Daethos ! Vous tombez à pic. Nous venons de recevoir des nouvelles troublantes.

– Troublantes, capitaine-Imela ?

– Oui Daethos. Sûacil, mon contact à Ûtiminas, est quelqu’un de très bien informé. Il a un réseau d’informateurs jusque sur la côte ouest de Setirelhen. Il récemment eu vent de rumeurs qui semblent incroyables.

– De quelles rumeurs parlez-vous ? demanda Daethos, de plus en plus curieux.

– Il semblerait que le royaume de Sorûen soit entré en guerre ouverte contre Oeklos.

– Ce n’est pas nouveau, répliqua Daethos. Les nomades Sorûeni ont toujours…

– Vous ne comprenez pas, Daethos, coupa alors Shari. Les Sorûeni ont repris des territoires à Oeklos !

– Ne vous emballez pas Shari, la reprit Imela, ce ne sont que des rumeurs.

– Oui, dit Daethos, cela parait effectivement peu probable. Comment les Sorûeni auraient-ils pu vaincre le rayon de l’empereur ? Aucune armée ne peut lutter contre son arme céleste.

– C’est là ce qui nous intéresse le plus, répondit Imela. Les rumeurs sont contradictoires, mais elles s’accordent sur un point : il semblerait que les Sorûeni aient reçu une aide divine. Certains racontent même qu’un Dasam serait descendu de Dalhin pour venir guider leur armée vers la victoire.

– Un Dasam ? Un ange vengeur serait venu aider Sorûen ? Daethos eut du mal à s’empêcher de rire. Vous ne pouvez pas croire cela ! On vous raconte des fables.

– Comment pouvez-vous dire cela, après tout ce que nous avons vécu, Daethos ? rétorqua Shari d’un ton passionné. C’est peut-être la vérité. Et peut-être qu’Aridel…

– Arrêtez, Shari ! coupa Imela. Comme Daethos, je suis très sceptique face à cette histoire. Nous devons éviter de prendre nos désirs pour des réalités. Tout ça n’est très probablement qu’un conte pour redonner une lueur d’espoir aux plus malheureux.

– Peut-être, concéda Shari, mais nous devons en avoir le cœur net ! Il nous faut nous rendre en Erûsard le plus rapidement possible.

– Non Shari. Je ne reviendrai pas sur la promesse que j’ai faite à Daethos, sauf s’il m’en délie lui-même. Et même si c’est le cas je ne suis pas sûr que retourner en Erûsard soit une bonne idée. Qu’en pensez-vous, Daethos ?

Le Sorcami prit une grande inspiration. Y’avait-il vraiment une chance qu’Aridel soit vivant et en Erûsard ? Si tel était le cas son serment envers l’humain l’obligeait à suivre cette piste. Pourtant son devoir envers son peuple et Itheros était tout aussi vital. Que faire ? Il finit par prendre une décision.

– Je regrette, princesse-Shas’ri’a, dit-il mais sans confirmation de cette simple rumeur, nous ne pouvons nous jeter ainsi dans l’inconnu. Ce serait trop dangereux, particulièrement pour Itheros et Takhini. Si ces nouvelles sont véridiques, nous finirons bien par en savoir plus, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons. Et peut-être pourrons prendre une décision plus éclairée à ce moment. En attendant, je souhaite continuer ma route vers Niûsanif afin de retrouver mon peuple envers lequel j’ai aussi des devoirs.

Malgré la logique de l’argument de Daethos, Shari ne s’avoua pas vaincue.

– Nous avons bien suivi Imela dans les glaces du Nord suite à une simple vision. Je…

– Il suffit Shari ! coupa la capitaine. Tout comme vous, j’aimerais plus que tout retrouver Aridel sain et sauf, mais j’ai aussi d’autres responsabilités. Je ne vais pas risquer la vie de mes hommes à la moindre rumeur ! Nous continuons vers Niûsanif.

Shari rougit de colère, mais la jeune femme n’ajouta pas un mot. Daethos, constatant son état, ajouta :

– Peut-être, capitaine-Imela, pourrions-nous faire escale en Omirelhen sur notre chemin ? Ce serait une occasion de confirmer ou d’infirmer cette rumeur.

Imela réfléchit un moment avant de répondre

– Une bonne idée, Daethos. Il nous faudra cependant faire très attention. Le Fléau des Mers n’est sûrement pas le bienvenu dans le royaume de la Sirène, surtout depuis l’évasion d’Itheros. Je vais réfléchir à ce que nous pouvons faire. Nous en reparlerons.

– Merci, capitaine-Imela. En attendant je vais continuer à aider l’équipage à charger les provisions.

Sans ajouter un mot, Daethos prit congé des deux femmes et se dirigea vers une caisse de provisions qu’il prit à main nues. Il entreprit alors de la transporter sur le canot qui attendait sur la grève.

Tempête

Extrêmes (1)

Balayant les cendres
Portant les navires
Le vent sans comprendre
Broie, souffle et vire
La tempête ne cesse de s’étendre
Façonnant notre avenir.

Amiral Omisen, Commandant en chef de l’armada Dûeni – 924 E.D.

Les rayons dorés du soleil matinal réchauffaient les ailes de la corneille. Elle suivait ses compagnes de vol, attirée par l’odeur musquée de la pourriture ambiante. Pour elle, cette fragrance rimait avec nourriture.

Le volatile planait à une altitude moyenne, se méfiant de ses propres congénères. Au dessous, les champs des hommes défilaient. Certains étaient piétinés et les récoltes avaient disparu sous le pas de milliers de soldats.

La corneille finit par sentir la fumée, piquante, âcre, lui envahir les poumons. Ce n’était qu’un contretemps, et plutôt un bon signe. Elle se rapprochait du but.

Elle ne se trompait pas ! Le sol se métamorphosait au fur et à mesure de son avancée. Les champs étaient à présent constellés de cratères bruns, et tous ses sens étaient en alerte. Bientôt, les premiers cadavres apparurent.

La terre en fut rapidement jonchée. Une véritable aubaine ! La plupart des humains portaient des vêtements noirs, aussi sombres que le plumage des corneilles. Les oiseaux se mirent à piquer, pressés de se sustenter des délices de cette corne d’abondance. Certains corps n’étaient déjà plus que des masses sanguinolentes, rongées par les charognards qui les avaient précédés.

La corneille s’apprêtait à suivre ses congénères, mais elle décida de continuer un peu plus loin. Peut-être trouverait-elle de la viande plus fraîche si elle faisait un effort supplémentaire. Son secret espoir était de trouver des cadavres aux yeux intacts. Elle raffolait du goût et de la texture gélatineuse des globes oculaires. C’était un met d’une délicatesse rare.

Il fallait cependant faire très attention avec ces restes humains. Certains bougeaient parfois encore, et la corneille avait plusieurs fois dû fuir un repas appétissant. Et c’était sans parler de ceux qui ramassaient les morts pour les enterrer. Quel gaspillage ! Les vers de terre ne savaient pas comment savourer un tel repas.

Un éclat lumineux attira soudain l’attention de la corneille. Elle l’observa un moment avant de réaliser avec soulagement qu’il ne s’agissait que l’un de leur gros tubes de métal reflétant la lumière du soleil. La machine était visiblement cassée, l’une des roues lui servant de support écrasée sous son poids. Juste à côté se trouvait un homme allongé, face contre terre. L’arrière de son crâne était ouvert et laissait apparaître la masse grisâtre de sa cervelle. La corneille piqua pour se précipiter dessus. Il s’agissait là d’une gourmandise à laquelle elle pouvait difficilement résister. Elle se posa sur le cadavre et prit dans son bec des morceaux de matière gluante.

Elle n’eut cependant pas le temps d’apprécier ce repas. Elle évita juste à temps le pied métallique qui se dirigeait vers elle et dut s’envoler pour chercher une autre source de nourriture. Ce n’était pas son jour !

***

– Oiseau de malheur ! grinça Aridel, sans s’adresser à une personne en particulier.

La vue du carnage qui l’entourait le mettait dans une humeur exécrable. Il était partagé entre le dégoût, la tristesse, et la colère. Plus que tout il se sentait responsable de ce massacre, et son sentiment de culpabilité dominait toutes ses pensées. Il ne pouvait s’empêcher de revoir dans sa tête toutes les batailles qui avaient précédé celle-ci. Ses souvenirs les plus sombres lui envahissaient l’esprit, de la plaine de Kiborûn, une éternité auparavant, à ces champs autour de la ville de Lûstel, sur les bords du fleuve Lûrif.

Comment pouvait-on qualifier de victoire une scène d’une telle horreur ? Les cadavres d’hommes et de chevaux se joignaient aux cratères des boulets et aux pièces d’artilleries détruites. Toute cette violence était-elle vraiment nécessaire ? Combattre le mal par le mal, était-ce la seule solution ? En voulant contrer Oeklos, ne devenait-il pas aussi destructeur que l’empereur?

Aridel leva les yeux au ciel. Là-haut se trouvait Erû, l’entité qui lui avait donné les moyens de mener cette guerre. La même « divinité » qui avait permis à Oeklos de plonger la moitié d’Erûsarden dans l’obscurité, réduisant en cendre le royaume des Mages. Aridel le maudissait au plus profond de lui. C’était cette machine sans âme, la véritable responsable de tout ça. Et Aridel n’avait d’autre choix que de suivre ses instructions.

Bouillant de frustration, l’ex-mercenaire, héritier du trône d’Omirelhen, frappa du pied un boulet de canon se trouvant à proximité. Celui-ci décrivit une grande parabole avant de retomber cinquante toises plus loin. Aridel avait encore oublié qu’il portait son armure, « cadeau » d’Erû et que sa force était par conséquent décuplée. Heureusement que personne n’avait été blessé par son geste de rage.

Il sentit à ce moment une présence à ses côtés et se retourna. C’était Djashim, bien sûr. L’uniforme de capitaine de l’armée Sorûeni qu’il portait était légèrement trop grand pour son physique maigre de garçon des rues, lui conférant un aspect presque enfantin. Pourtant Aridel savait que Djashim avait connu bien des horreurs lui aussi, particulièrement lorsqu’il avait été au service de d’Oeklos. Le visage du jeune homme reflétait les sentiments d’Aridel face à ce spectacle.

– Il y a des fois où je me demande si nous avons vraiment choisi le bon camp… S’il y a vraiment un bon et un mauvais camp, ajouta-t-il pensivement.

Aridel le regarda. Il y avait au moins quelqu’un qui comprenait ce qu’il ressentait.

– C’est aussi ce que je me dis Djashim, mais nous devons essayer de garder l’espoir. Nous sommes les seuls actuellement à pouvoir contrer Oeklos. Et je n’ai plus envie de vivre dans un monde où il est le maître absolu.

Aridel ne croyait pas vraiment à ce qu’il disait, mais il espérait pouvoir remonter un peu le moral de Djashim. Le jeune homme n’était pas dupe. Il eut un petit rire triste.

– En tout cas ces hommes n’auront plus à servir l’empereur, dit il en désignant le carnage. Espérons que cette « victoire » sera suffisante pour éviter toute contre-attaque de Sanif. Ce serait un pas vers la paix, au moins en Erûsard.

– Je n’en suis pas si certain, Djashim. Codûsûr est guidé par son avidité et son désir de revanche, et la conquête de Sanif risque d’être trop tentante pour lui.

– J’ai bien peur que vous n’ayez raison. D’ailleurs en parlant du roi de Sorûen, il m’a envoyé vous chercher. J’imagine que la discussion va tourner autour des suites à donner à cette bataille.

– Probablement, soupira Aridel. Nous ferions mieux d’y aller alors. Sa majesté n’est pas très patiente.

L’ex-mercenaire, accompagné de Djashim se dirigea alors vers la tente de commandement. Il ne put s’empêcher, cependant, de jeter un dernier regard sur le panorama sanglant qui était la conclusion de la bataille de Lûstel.

Glace

Glace – Épilogue (3)

La forteresse d’Oeklhin était en pleine effervescence. Depuis qu’elle avait élu domicile dans l’herboristerie, Lanea n’avait jamais vu une telle activité. C’était comme si un siège se préparait. En moins d’une semaine, la garnison et la garde impériale avaient doublé d’effectifs, et les troupes continuaient à arriver.

Oeklos avait apparemment rappelé une grande partie des troupes qui se trouvaient dans l’ex-royaume des mages. Était-ce pour préparer une opération militaire d’envergure ? Une invasion ? Ou pour assurer une meilleure protection de la forteresse ?

Il était impossible de connaître la cause de tout ce remue-ménage. Lanea n’avait plus aucun agent infiltré dans le cercle intérieur de l’empereur depuis le départ de Djashim, et les portes de la Tour lui étaient fermées.

Il était évident qu’un événement de la plus haute importance s’était produit récemment. Le Ûesakia, en visite auprès d’Oeklos avait été contraint de repartir assez précipitamment. Les rumeurs racontaient que l’empereur avait accepté toutes ses demandes en échange d’un renouvellement de l’alliance militaire avec Sorcamien. Le Juge Suprême des Sorcami avait donc quitté Oeklhin avec sa garde, six jours auparavant. Lanea avait ordonné à deux de ses hommes de les suivre, mais elle n’attendait pas de leurs nouvelles avant au moins deux semaines.

Elle avait besoin d’informations plus rapidement. Cela faisait une semaine que le branle-bas avait commencé, et sa connaissance de la situation était proche du néant ! La jeune femme se leva du rocher sur lequel elle était assise. Elle n’apprendrait rien de plus à observer les soldats s’activer comme des fourmis.

Le vent glacial se mit à souffler sur son visage, piquant ses lèvres séchées par le froid. Il était temps de rentrer. Elle emprunta le chemin la menant vers l’herboristerie.

La boutique était vide. Les clients se faisaient plutôt rares depuis que la garde avait été renforcée. Cela n’arrangeait pas du tout Lanea. Les échanges commerciaux étaient une source d’information non négligeable, sans parler d’un bon moyen pour transmettre des messages. Il allait falloir être encore plus discret, à présent.

La jeune femme s’assit sur une chaise en osier et soupira. Se concentrant sur sa respiration, elle essaya de vider son esprit de toutes ces pensées parasites. C’était peine perdue. Elle savait pourtant que cela ne servait à rien de ressasser encore et toujours les mêmes idées dans sa tête, mais elle n’arrivait pas à s’en débarrasser. Ses réflexions tournaient en rond, lui donnant presque le vertige. Elle finit par se lever et faire les cent pas.

C’est ainsi qu’Erûciel la trouva, au moment ou il franchit la porte de la boutique. Lanea se jeta sur lui, bouillonnant de questions.

– Alors ? demanda-t’elle.

Le vieil homme sourit philosophiquement.

-Il va falloir nous armer de patience, Lanea, répondit-il sobrement.

– Rien du tout ? insista la jeune femme.

– Il y a bien quelques rumeurs, mais rien de vérifié, ni de certain. Et vu votre nervosité, je ne suis pas sûr que…

Lanea sentit l’impatience la gagner.

– Ce n’est pas à vous de décider ce que je dois savoir ou non ! Je suis votre égale, souvenez-vous en ! Et j’ai besoin de toutes les informations disponibles si je veux pouvoir guider efficacement notre mouvement de résistance.

L’ex-mage hésita encore un petit moment. Il finit par soupirer.

– Très bien. Mais il ne s’agit pas là de renseignements fiables, je vous le répète. J’ai discuté avec un des sergents de la garde un peu bavard, et il m’a dit avoir surpris une conversation dans les quartiers des officiers. D’après lui, il se serait produit quelque chose dans un des pays hors de la zone des nuages. Et cet événement inquiète beaucoup l’empereur, s’il faut en croire les officiers.

– Dans quel pays ? demanda Lanea.

– Je n’en sais rien, un des ex-royaumes du sud, je suppose. Mais n’allez pas penser immédiatement à Sorûen. Cela pourrait très bien être Sanif ou même Omirelhen ! Nous ne pouvons tirer aucune conclusion pour le moment. Mais nous le saurons bientôt, j’imagine.

– Et si Djashim… Lanea laissa sa phrase en suspens.

– Les suppositions ne servent à rien. Nous devons en apprendre plus avant de nous perdre en conjectures.

Lanea s’apprêtait à répondre de manière cinglante, mais elle s’arrêta pour parler d’un ton plus calme.

– Vous avez raison, mais cela ne nous empêche pas de nous tenir prêts. L’empire est sur le pied de guerre. Nous ignorons pourquoi et contre qui, mais nous devons nous préparer à tout faire pour aider ce potentiel allié.

Erûciel sourit.

– Voilà la Lanea que je connais, dit-il. Je vais voir si je peux faire passer le message à nos « fournisseurs ». Les ports du sud de Dafashûn sont susceptibles d’être informés plus rapidement que nous.

– Parfait.

Lanea posa sa main sur l’épaule d’Erûciel. Quoi qu’il ait pu se passer, cela avait mis Oeklos en émoi. C’était un bon signe : le vent était peut être en train de tourner. Tout ce qui pouvait faire douter l’empereur était bon à prendre. Il y avait là une opportunité à saisir.

La jeune femme se rassit alors sans ajouter un mot, regardant Erûciel s’éloigner dans l’arrière boutique. Elle ferma les yeux et se mit à imaginer être dans un jardin en plein soleil. Elle sentait presque les chauds rayons de l’astre du jour sur sa peau. Elle oublia, pour un moment, la chape de plomb qui recouvrait le ciel. Pour la première fois depuis cinq ans, elle apercevait une lueur à travers les ténèbres.

Glace

Glace – Épilogue (2)

Chînir s’assit sur le confortable fauteuil en bois massif. La salle de réunion du palais comtal était à la fois immense et splendide, mais le chef nomade ne s’y sentait pas vraiment à l’aise. En observant tout ce luxe, il ne pouvait s’empêcher que c’étaient les vies de ses ancêtres qui avaient permis l’existence de ce palais. Ce n’était que juste retour des choses qu’il y prenne place, et pourtant, il avait l’impression d’être hors de son élément.

La table devant laquelle il se trouvait avait des proportions déraisonnables. En face de lui étaient assis Aridel, Djashim, et le comte de Samar, fermement encadré par deux soldats Sorûeni, leurs mains sur les épaules de l’obèse.

Le chef nomade avait encore du mal à réaliser la portée des récents événements. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait jamais pu imaginer un tel dénouement. Il regarda Aridel. Le guerrier avait eu beau protester, il était devenu, aux yeux de Chînir et de la plupart de ses semblables, un Dasam. Comment ne pas voir en lui un ange envoyé par Erû pour les libérer de l’oppression d’Oeklos ? Quiconque en doutait n’avait qu’à observer son armure et la puissance qui s’en dégageait pour avoir la preuve de sa nature divine.

Aridel était devenu un symbole, celui dont tout ceux qui rêvaient de contrer Oeklos avaient besoin pour agir et commencer à lutter. Même Chînir n’arrivait plus à voir en lui l’homme qu’il avait connu presque cinq ans auparavant. Il était devenu autre chose, un signe du destin.

Le fait que Djashim et Aridel ses connaissaient déjà, n’était, par exemple, pas une coïncidence. Cela avait permis au Dasam de désamorcer en un clin d’oeil l’absurde situation dans laquelle les deux généraux se trouvaient, forcés à lutter alors qu’ils étaient en réalité des alliés. Ils avaient ainsi rapidement conclu un accord, et Djashim avait officiellement placé ses légions sous le commandement de Codûsûr, le véritable roi de Sorûen et suzerain de Chînir. Le roi n’était pas encore présent mais Chînir agissait comme son représentant, et était de fait l’officier le plus haut gradé à Samar.

Bien sûr certains officiers des légions impériales avaient protesté, témoignant d’une loyauté presque incompréhensible envers Oeklos. Ce n’était cependant pas la majorité, loin de là, et ces quelques réfractaires avaient été arrêtés et jetés au cachot. Quant aux sous-officiers et aux soldats eux-mêmes, ils n’étaient que trop heureux de cesser le combat et de continuer à recevoir leur solde tout en servant un nouveau maître, peut-être moins exigeant que l’empereur. Il restait à présent à voir si Chînir saurait gagner leur loyauté, mais le chef nomade était assez confiant. La politique d’Oeklos n’avait jamais été appréciée dans la région.

La cité de Samar elle-même était devenue beaucoup plus calme depuis l’annonce de la victoire. Les tirs de mortiers avaient cessé, et les travaux de reconstruction des fortifications avaient déjà commencé. Samar allait devenir la base d’opération de la résistance, et il était vital que ses installations portuaires soient protégées afin de maintenir le flot de provisions.

Chînir se concentra. Il s’occuperait de tout cela plus tard. L’heure était à des préoccupations plus officielles. Il tourna son regard vers le comte tandis qu’un de ses hommes déposait un document devant l’obèse.

– Borinem, comte et seigneur de Samar. Vous êtes le représentant officiel de l’autorité du Nouvel Empire et avez reçu pouvoir de l’empereur Oeklos pour traiter ses affaires en son absence. Niez-vous ce fait ?

– No.. non, balbutia l’homme, terrorisé.

– Très bien. Il est donc de mon devoir de vous informer que les légions impériales de Samar se sont rendues et ont prêté allégeance à Codûsûr Ier, souverain légitime de Sorûen. Il n’y a donc aucune raison à présent que l’empereur conserve ses droits sur la région et le comté de Samar. Le document que vous avez devant officialise ce transfert de pouvoir, et fait de notre région l’embryon d’un nouveau royaume de Sorûen. Acceptez-vous de le signer sans conditions ?

Des gouttes de sueurs perlaient sur le front du comte, et la peur se lisait dan ses yeux. Il savait bien sûr que s’il ne signait pas, il perdrait la vie sur le champ. L’homme semblait encore plus laid que dans les souvenirs du chef nomade, si c’était possible. Il s’agissait vraiment d’un des pires spécimens d’humanité qu’il lui ait été donné de voir. Et dire qu’Ayrîa avait dû partager son lit…

– J’acc… j’accepte, finit-il par dire.

Le comte se saisit de la plume qui se trouva devant lui et signa d’une main tremblante, poussé par sa propre lâcheté. Comment un homme comme lui avait pu se retrouver à un tel poste ? Cela resterait éternellement un mystère pour Chînir.

Il s’empara du document et fit un signe de tête à ses hommes, qui firent sortir le comte. Le chef nomade constata avec mépris que l’obèse avait souillé son pantalon. Il s’efforça d’ôter l’image de sa tête avant de se diriger vers le grand balcon, suivi par Aridel et Djashim.

***

Une foule immense était assemblée dans la cour. Habitants de Samar, nomades Sorûeni, légionnaires impériaux, tous étaient là, remplis d’un secret espoir, discutant bruyamment des derniers événements. Ils entrevoyaient la fin de leur misère et un avenir moins sombre.

Lorsque Chînir et ses deux compagnons apparurent sur le balcon, tous se mirent à les acclamer par des vivats plus forts que le son de n’importe quel canon. Le chef nomade se laissa porter pendant un moment par cette joie puis leva les mains pour demander le silence. Il parla alors d’une voix forte, la foule buvant chacun de ses mots.

– Hommes et femmes de Samar ! annonça-t’il en brandissant le document paraphé par le comte. Nous avons connu une des périodes les plus sombres de notre histoire, mais Erû ne nous a jamais oublié. Aujourd’hui nous en avons la preuve. Pour la première fois en quatre ans, l’empire d’Oeklos a reculé. Samar est officiellement la première ville libre du royaume de Sorûen !

A ces paroles, la foule éclata et vivats et applaudissements. Chînir laissa l’enthousiasme retomber un peu avant de reprendre.

– Notre tâche est cependant loin d’être terminée. Nous ne pourrons réellement crier victoire que lorsqu’Oeklos et ses troupes auront définitivement quitté notre Royaume. Je sais que je peux compter sur vous pour m’aider à continuer la lutte ! Et vous pouvez, comme moi, avoir confiance dans notre victoire. Erû est à nos côtés. (Il désigna alors Aridel) Il nous a envoyé son messager pour nous protéger de la magie démoniaque de l’empereur ! Personne ne put résister à un Dasam ! Pour Sorûen ! Pour la liberté ! Sus à l’empereur !

La foule se mit à hurler de joie. Derrière elle le soleil brillait de tous ses feux. Chînir ne put s’empêcher de sourire. L’espoir était réellement revenu.