Trahison (1)
Lanea observait Taric. Elle espérait encore s’être trompée, mais le doute était difficilement permis. La jeune femme avait appris, ces dernières années, à déceler les petits mouvements de visage ou tics qui trahissaient son interlocuteur. Celui qu’elle avait toujours considéré comme un ami lui mentait. Il cachait quelque chose, et Lanea savait qu’elle ne pouvait pas faire confiance à ses propos.
L’histoire que Taric venait de raconter à la jeune femme concordait pourtant en tout point avec les informations que lui avait faites parvenir Djashim. Tout cela semblait cependant trop parfait, et il n’en avait pas fallu plus pour éveiller les soupçons de Lanea. Après trois ans à diriger un réseau clandestin, et à se cacher des espions d’Oeklos, elle était devenue très méfiante, parfois même paranoïaque. Soupçonner ses amis était devenu son lot quotidien.
Douleur (6)
La cloche de changement de quart résonna, la tirant de son quasi-sommeil. Instantanément, les pensées de la jeune femme furent ramenées à la dure réalité. Cela faisait plusieurs nuits qu’elle avait du mal à trouver le repos. Elle craignait ses cauchemars récurrents. Ils avaient repris peu de temps après son arrivée sur le \emph{Fléau des Mers}, et n’avaient fait qu’empirer depuis. L’arrivée d’Orin et de Takhini à bord, loin de l’avoir rassurée, n’avait fait que renforcer ses inquiétudes. Elle s’était d’abord réjouie de revoir le vieil homme en vie, mais son état était extrêmement préoccupant. Takhini faisait peine à voir, et Shari craignait que chaque nuit soit sa dernière. Le médecin du \emph{Fléau des Mers}, assisté par Daethos, avait fait ce qu’il avait pu pour l’ex-général Sûsenbi, et ses plantes médicinales avaient réussi à faire descendre sa fièvre. La guérison de Takhini était cependant entre ses propres mains, comme l’avait indiqué le Sorcami, et seule sa volonté de vivre pouvait à présent faire la différence.
Douleur (5)
Taric faisait les cent pas dans sa cellule. Dans ses pensées, l’espoir se mêlait à la peur. La présence de Djashim à la tête de la Garde impériale était inespérée, mais Taric savait que les options du jeune général étaient limitées. Il avait bien sûr deviné la présence de Lanea derrière cette opération d’infiltration au sommet de l’empire. Malgré toute l’affection que le mage portait à la dirigeante de la résistance, il connaissait sa façon de fonctionner. Lanea ne perdait jamais de vue son objectif, et elle était prête à tout pour arriver à ses fins. Elle avait un sens aigu du sacrifice, et si elle devait choisir entre Taric et Djashim, il était facile de deviner sa décision. Malgré tout, elle et Djashim constituaient le seul espoir de Taric de sortir vivant de sa situation. Si seulement …
Douleur (4)
Imela sauta du canot, ses bottes s’enfonçant dans le sable humide. La lune était presque pleine et éclairait la plage d’une lueur blanche, lui donnant un aspect irréel. Ce n’était pas la nuit la plus propice pour infiltrer discrètement la ville de Spemar. Si jamais un garde les apercevait sous cette lumière, c’en était fait de leur petite expédition. Pourtant elle n’avait pas le choix. Si elle laisssait le Fléau des Mers trop longtemps si près du port, ils risquaient de se faire découvrir.
Douleur (3)
Le sergent Norim entra sans avertissement dans le bureau de Djashim. Il se mit immédiatement au garde à vous, attendant que son supérieur prenne la parole en premier.
- Qu’y a t’il, sergent ? demanda le jeune homme, intrigué par cette interruption.
- Général, annonça Norim de sa voix la plus officielle, le lieutenant Lûcas, affecté au troisième régiment de surveillance extérieure, demande à vous voir.
- Oh ? fit Djashim, surpris. Vous ne m’aviez pas prévenu de ce rendez-vous, sergent.
Douleur (2)
Shari sentait la fraîcheur du vent s’infiltrer au travers des mailles grossières de ses vêtements en laine. La sensation était, paradoxalement, très agréable. L’ex-ambassadrice se sentait revivre après les terribles jours qu’elle avait vécus à bord du Chayschui saychil. Elle décida tout de même après un moment de redescendre vers le pont inférieur. Il ne servirait à rien qu’elle tombe malade. Elle se sentait bien mieux que lorsqu’elle avait posé le pied pour la première fois sur le Fléau des Mers, et elle entendait rester en bonne santé. Elle avait déjà perdu assez de temps dans l’accomplissement de sa mission.
Douleur (1)
Taric, assis à l’avant de son traîneau, invectivait ses chiens pour les faire avancer plus vite. Malgré les multiples couches de chaudes pelisses qui le recouvraient, l’ex-mage était saisi par le froid. Après plusieurs heures dans l’étendue glacée qu’était devenue la campagne de Dafashûn, il était difficile de résister à l’envie de trouver un abri et d’allumer un bon feu pour se réchauffer. Taric savait cependant que passer la nuit dehors pouvait être synonyme de mort. Au delà des les brigands et des pilleurs qui erraient dans ces étendues désolées, le froid avait tué plus d’un voyageur imprudent. Il avait maintes fois entendu le récit d’hommes qui, fatigués s’étaient installés au coin d’un rocher pour se reposer et ne s’étaient jamais réveillés. Au début, Taric n’avait guère prêté attention à ces histoires. Lorsque qu’il avait découvert un jour le cadavre congelé d’un homme au bord du chemin, il avait cependant revu son opinion. La nature était sans pitié pour les imprudents. C’était pour cela qu’il fallait qu’il se dépêche d’atteindre le bourg d’Ordonbrûg, où il trouverait une auberge qui pourrait l’héberger.
Océan (6)
Imela observait le Chayschui saychil s’éloigner sur les flots. Le sourire de la jeune capitaine était sinistre. Elle admirait la nouvelle figure de proue du navire Sanifais. Une véritable œuvre d’art, pensa-t’elle, ironiquement. S’il y avait bien des êtres dans le monde qu’Imela détestait, c’était les marchands d’esclaves. Ceux qui considéraient les êtres humains comme de la vulgaire marchandise ne recevaient aucune clémence de sa part. Un être humain n’était la propriété de personne, et la capitaine du Fléau des Mers entendait bien le faire comprendre à tous ceux qui croiseraient son chemin.
Océan (5)
Baythir observait Shari d’un air proprement répugnant. La jeune femme avait encore ses vêtements sur elle et pourtant elle se sentait déjà comme nue, dévêtue par ce regard porcin et concupiscent. Elle frissonna, terrifiée à l’idée de devoir supporter le contact des mains moites et sales du marchand d’esclave.
- Viens par ici ma jolie, dit l’homme en se passant la langue sur les lèvres. Je vais enfin pouvoir m’occuper proprement de toi.
Océan (4)
Lanea se saisit délicatement des deux fioles posées sur la table et les replaça sur l’étagère. Plus qu’une dizaine à étiqueter, se dit-elle. Un travail fastidieux mais nécessaire. Elle ne voulait pas se tromper lorsqu’elle distribuait les remèdes d’Erûciel à ses patients. La jeune femme avait cependant bien du mal à se concentrer sur sa tâche. Elle ne pouvait ôter de ses pensées la teneur du dernier message de Djashim. Son propre sentiment de culpabilité faisait écho à ceux du jeune homme. Elle avait peine à envisager ce qu’avait pu ressentir celui qui était d’une certaine manière son protégé. Forcé de commettre un meurtre de sang froid ! C’était terrible… Comment reprendre une activité normale après un tel acte ? Lanea était partagée entre la tristesse et l’horreur. Mais Djashim avait tenu bon, et sa véritable allégeance n’avait, en apparence tout du moins, pas encore été découverte.