Destin (1)
Djashim, debout au balcon de ses appartements, balayait la ville du regard. Le paysage n’avait plus pour lui le même attrait majestueux que lorsqu’il était arrivé, une semaine seulement auparavant. De plusieurs quartiers s’élevaient des volutes de fumée noire, indiquant les endroits où les émeutes avaient été les plus violentes. Les cris et bruits de combats, étouffés par la distance, parvenaient tout de même jusqu’aux oreilles du jeune général. Ou peut-être était-ce son imagination ?
Nord (6)
Imela, assise sur un rocher, observait ses compagnons. Tous étaient mentalement et physiquement épuisés. Leur traversée sous la montagne avait été une dure épreuve, à plus d’un titre. La mort de Melnir, l’un de ses hommes les plus loyaux, avait marqué la jeune femme. Elle conservait son apparence impassible, mais des émotions contradictoires la minaient intérieurement. Elle n’oubliait pas non plus Sachël, qui s’était sacrifié pour les voyageurs. Sans le Nain, ils seraient tous certainement morts à l’heure qu’il est, dévorés par ces vers terrifiants.
Nord (5)
La foule était imposante. C’était une véritable armée qui s’était rassemblée sur les quais nord de Samar. Taric n’aurait jamais pu imaginer, cinq ans auparavant, que la ville avait tant gagné en population. L’ex-mage pouvait presque palper le mécontentement, la fureur même, qui se dégageait des hommes et des femmes qui étaient rassemblés là.
Les manifestants formaient un attroupement très hétéroclite. Il y avait parmi eux des Sorûeni de souche bien sûr, reconnaissables à leur teint sombre et leurs vêtements colorés. Ils étaient à peine plus nombreux que les nomades du désert, habillés dans des tenues de lin couvrant en partie leur visage. Aucun de ces deux groupes ne pouvait cependant rivaliser en nombre avec la foule des réfugiés venus du Nord, Dûeni et Setini à la peau claire.
Nord (4)
La lumière rouge créée par la magie des Anciens avait disparu, et seule la petite lanterne de Sachël éclairait a présent les parois de la galerie. Le nain se trouvait en tête de la colonne que formait le petit groupe, et Shari se trouvait juste derrière lui. Elle était la seule qui parlait sa langue, et servait de liaison avec le reste des voyageurs. L’artère souterraine dans laquelle ils avançaient à présent était sombre et humide, et Shari ne pouvait s’empêcher de frissonner. Personne n’osait parler, de peur d’alerter les nains qui étaient à leurs trousses. Les seuls sons que l’on pouvait percevoir était le bruit de gouttes d’eaux ruisselant des stalactites.
Nord (3)
Djashim chevauchait en silence dans les rues de terre battue du bazar Nord. Le sergent Norim se trouvait derrière lui, dirigeant son escorte d’une dizaine d’hommes. Le jeune général devait faire appel à toute sa volonté pour ne pas exploser de rage. Ses ordres avaient pourtant été explicites ! Les légionnaires n’auraient dû s’en prendre qu’aux arènes illégales, et laisser le reste de la population en paix. Le contrôle de ses officiers sur leurs troupes était cependant bien plus lâche que ce qu’avait imaginé Djashim, et les soldats s’étaient défoulés. Ils avaient mis le quartier à feu et à sang. Les portes de la plupart des habitations étaient défoncées, et les signes de pillage étaient évidents.
Nord (2)
Imela avait les yeux rivés sur l’orbe se trouvant dans la paume du nain. L’objet semblait presque vivant. Les marbrures à sa surface semblaient avoir une existence propre, comme si elles étaient animées par une énergie invisible. La jeune femme n’arrivait pas à détacher son regard de l’artéfact. Une force irrésistible la poussait vers l’orbe. La main tendue, elle franchit la distance qui la séparait de Sachël, et toucha du doigt la pierre des rêves.
Nord (1)
Taric marchait à coté de Chînir, circulant d’un pas rapide dans les rues du bazar Nord. Tous deux se dirigeaient vers l’arène illégale de Shimith. Ils savaient qu’il n’y avait pas une minute à perdre, s’ils voulaient le prévenir à temps des intentions de la garnison impériale. Chînir semblait très inquiet.
- J’espère que Shimith acceptera de m’écouter, dit soudainement le chef nomade. Il peut être très têtu quand il s’y met… Je sais qu’il cherche à se venger de la façon dont j’ai utilisé son arène. Et dans un certain sens, je ne peux pas lui donner tort. Ce qui arrive maintenant est en grande partie de ma faute.
Vol (6)
Les pensées de Shari se bousculaient. Imela aurait dû la laisser parler à l’intendant ! Peut-être aurait-elle pu… Non, c’était injuste, Shari savait en son for intérieur qu’elle n’aurait probablement pas fait mieux que la capitaine, la conversation aurait probablement juste traîné en longueur. C’était sa jalousie qui parlait. La simple mention de la pierre du rêve était apparemment cause suffisante pour donner la mort chez les nains de l’ordre du Ginûfas.
Vol (5)
- Ces raids ne doivent pas rester impunis, général !
Djashim n’arrivait pas à déterminer si la colère du comte était feinte ou réelle. Il était difficile d’imaginer ce visage porcin exprimant de véritables émotions. Le jeune général avait du mal à conserver son impassibilité face à un homme qu’il méprisait.
Vous devez faire quelque chose, reprit-il. Les légions doivent restaurer l’ordre. Ces excursions rebelles menacent les lignes d’approvisionnement. Sûrement l’empereur…
Vol (4)
Imela était sans voix. Elle contemplait le génie des Anciens alors que les Nains la guidaient, avec ses compagnons, à travers un dédale de couloirs et de passerelles. Ils passaient d’une tour à une autre, arpentant la cité souterraine qui semblait sans fin. Sur certains bâtiments, les murs étaient recouverts d’inscriptions runiques, pour la plupart presque indéchiffrables. Était-ce un système permettant aux habitants de ce labyrinthe de se repérer ? Les Nains semblaient être parfaitement à l’aise dans l’antique cité, parcourant ses galeries sans effort.