Mort (5)
Ayrîa ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle entendait les murmures effrayés de ses compagnes de chambre, et leur nervosité n’était pas propice au repos. Ce n’était cependant rien comparé au grondement incessant des canons qui pilonnaient les remparts et les cours intérieurs de la forteresse. Leur portée n’était pas assez grande pour atteindre le palais comtal, mais le bruit des boulets transformant la cour en champ de cratères était terrifiant, même pour Ayrîa.
Mort (4)
La lumière était si aveuglante qu’Aridel mit un long moment avant de pouvoir distinguer autre chose qu’un blanc uni. Il se trouvait dans une pièce circulaire aux murs incurvés. Toutes les parois étaient recouvertes d’un revêtement blanc parfaitement lisse et sans aucune aspérité. Aridel se tenait debout au milieu d’un cercle composé d’un matériau de couleur grise à l’aspect inconnu. L’ex-mercenaire ressentait une sensation bizarre dans son estomac, comme s’il était plus léger qu’à l’habitude. Où était-il ? Avait-il réellement franchi la porte céleste pour rejoindre Dalhin ? S’il fallait en croire les écrits, le Portier devrait être là pour prononcer le jugement de son âme…
Mort (3)
Malgré les protestations du sergent Norim, Djashim continua à grimper les marches menant aux remparts de la forteresse. Les soldats de la quatrième compagnie avaient tous été placés le long de la tour de garde. Ils constituaient la première ligne de défense en cas d’assaut de la rébellion. C’était en grande partie la volonté et le courage de ces hommes qui allait déterminer si le jeune général devrait ou non faire appel au rayon d’Oeklos.
Mort (2)
Aridel se réveilla en sursaut, envahi par un sentiment d’oppression qui semblait l’avoir suivi depuis son rêve. Il ouvrit les yeux et tourna la tête. Imela dormait à coté de lui. La jeune femme semblait prise dans ses propres songes, ses yeux bougeant rapidement sous ses paupières. La main gantée de la capitaine était posée sur le sac qui contenait l’orbe des Anciens, dans un geste protecteur.
La pierre des Rêve méritait mal, ou trop bien, son nom. Depuis qu’ils l’avaient en leur possession, le sommeil d’Aridel s’était troublé, devenant de plus en plus agité. Il était la proie de visions étranges et inquiétantes, comme si quelqu’un essayait de lui parler. Etait-ce la pierre, ou tout simplement son sentiment de culpabilité face à l’abandon d’Omirelhen ? Aridel avait failli à sa tâche. Il n’avait pas réusii a tenir ses promesses envers son père et à son frère. Et pour couronner le tout, sa sœur Delia avait fait de son royaume une simple annexe du Nouvel Empire d’Oeklos. Aridel ne pouvait s’empêcher de revoir le passé, se demandant ce qu’il aurait pu faire pour empêcher ce destin de se réaliser. Peut-être aurait-il dû déclencher une guerre civile ? Obtenir la victoire ou mourir avec honneur ? Mais il luttait contre l’idée d’envoyer d’autres personnes à la mort en son nom. C’était ce dilemme qui le torturait depuis de longs mois et auquel il n’avait trouvé aucune autre solution que celle de plonger dans l’alcool.
Mort (1)
Le port d’Apiadomar était un véritable cloaque. Il était difficilement imaginable qu’un tel endroit fasse partie du Royaume des Mages. Pourtant c’était bien le cas. Maintenir l’apparence négligées des villes de Dafashûn qui étaient en contact direct avec Sorcasard et Erûsard était nécessaire. Il ne fallait pas que le reste du monde découvre la véritable source du pouvoir des mages et décide de s’en emparer. Même en Dafashûn, seule une poignée d’élus avaient accès au savoir des Anciens, et la plupart habitaient à Dafakin. Electricité, moteur à combustion, transporteurs magnétiques, étaient quasiment inconnus dans la périphérie du Royaume.
Destin (6)
La banquise gelée s’étendait à l’infini au regard de Shari. La vision qu’elle avait eu quatre ans auparavant était devenue une réalité qui dépassait le cauchemar. Le froid mordant et la glace n’étaient plus de simples suggestions de son esprit, mais des dangers mortels. Pour parfaire ce sombre tableau, il ne manquait plus que la crevasse qui l’avait tant de fois engloutie dans son sommeil.
Plus les voyageurs avançaient vers le Nord, plus le ciel devenait sombre, reflétant ainsi leurs pensées les plus intimes. Shari essayait de rester le plus loin possible d’Imela. Elle ressentait une haine qu’elle savait irrationnelle envers la capitaine du Fléau des Mers. Elle ne pouvait s’empêcher de la tenir responsable de la mort d’Orin. Pourquoi l’avait-elle laissé venir avec eux ? Il aurait dû rester à bord ! Shari serra les poings. Elle se rendait compte que la dégoût qu’elle ressentait était autant envers elle-même qu’envers Imela. C’était elle qui avait engagé Orin dans la résistance. Elle était tout aussi responsable que la capitaine de ce qui lui était arrivé. Le monde était injuste ! Comment Erû pouvait-il enlever à la vie quelqu’un de si jeune ?
Destin (5)
La fumée piquait les yeux de Taric. On n’y voyait pas à plus de deux pas dans les rues encombrées de Samar. Partout autour de l’ex-mage résonnaient des hurlements de rage ou de douleur, accompagnés de bruits de verre brisé. Il s’approcha de Chînir. Le chef de la résistance Sorûeni était debout, le regard penché sur une piédestal en pierre. Dessus se trouvaient une carte de la ville, déroulée là par Aymîrin, un de ses lieutenants.
Destin (4)
Emmitouflés dans leurs pelisses, les visages cachés par de lourds capuchons en fourrures et des écharpes en laines, les voyageurs ressemblaient plus à des ours qu’à des êtres humains. Pourtant, après toutes ces semaines passées avec eux, Imela arrivait à les reconnaître rien qu’à leur façon de bouger.
Aridel était assis à coté d’elle dans le traineau de tête, très attentif au moindre aboiement et gémissement des chiens qui les avaient menés jusque là. En seulement une semaine de voyage dans la glace avec ces bêtes de trait hors-norme, l’ex-mercenaire était devenu un spécialiste de la race canine.
Destin (3)
Lanea debout dans le vent glacial, observait la tour d’Oeklos. L’air frais lui piquait les joues, une sensation à la fois douloureuse et presque agréable, lui rappelant que malgré l’Hiver sans Fin, elle était toujours en vie. Pourtant, la plupart de ses pensées étaient aussi sombres que les nuages obscurcissant le ciel. A l’entrée de la tour, la présence de gardes Sorcami trahissait ce qui se passait à l’intérieur du saint des saints du “Nouvel Empire”. Le Ûesakia, dirigeant des hommes-sauriens, rendait visite à l’empereur.
Destin (2)
Le petit village était comme figé, enseveli sous une épaisse couche de glace. Il n’y avait pas âme qui vive. Seul le sifflement du vent froid s’engouffrant dans les rues désertes venait rompre le silence de mort qui y régnait. La vision de ce hameau abandonné glaçait le cœur de Shari. Si Imela avait réellement espéré trouver de l’aide en ce lieu, elle en était pour ses frais.
Le village se situait sur le flanc Nord des Losapic. Les petites maisons qui le constituaient étaient bâties sur des terrasses couvrant le fond d’une vallée encaissée. La rivière qui serpentait au milieu des constructions était gelée, et plus rien ne bougeait, à présent. Les ténèbres de l’Hiver Sans Fin donnait à l’ensemble un aspect spectral, fantomatique. C’était comme si le temps s’était arrêté, transformant le village en une statue de glace.