Equilibre (4)
Le port était similaire à tous les fronts de mers qu’Aridel avait pu visiter. Monte-charges, barils, caisses et cordes encombraient les quais. Les dockers s’affairaient comme des fourmis autour des navires qui débarquaient et embarquaient leurs marchandises et passagers. Tous semblaient absorbés par leur tâche, et ne prêtaient aucune attention aux nouveaux arrivants.
Aridel se tourna vers Taric. Le mage avait insisté pour quitter le chariot et marcher un peu. Il semblait en meilleure santé que durant leur voyage, mais Aridel trouvait cela imprudent. Il avait été empoisonné, et malgré les meilleurs soins, Taric était très malade. D’une certaine manière, l’ex-mercenaire se sentait quelque peu responsable de l’état de son compagnon.
Equilibre (3)
La ville de Goderif était la définition même de la richesse et de l’opulence. Pour Ayrîa, qui avait grandi dans les vastes étendues désertiques de Sorûen et les rues bondées et sales de Samar, cela semblait presque indécent, particulièrement en ces temps troublés. La jeune femme avait l’impression de se retrouver dans une cité de conte de fées, surnaturelle. La ville avait été fondée bien des siècles auparavant, avant même la conquête de Sorcasard. Tous ses palais et monuments avaient été érigés à l’aide des fortunes considérables amassées par les princes-marchands de Sanif. Ces seigneurs avaient bâti avec leurs richesses des demeures digne d’un empereur. Les bâtiments d’un blanc éclatant aux toits de cuivre reflétaient les rayon du soleil de manière éblouissante. Il s’agissait de véritables palais, aux entrées bordées d’innombrables colonnades de marbre blanc et rouge. Le château et la forteresse de Samar faisaient bien pâle figure en comparaison.
Equilibre (2)
L’air frais et sec de la montagne venait caresser le visage d’Egidor, une sensation qu’il avait presque oublié. Il avait du mal à respirer cette atmosphère pauvre en oxygène, mais pour la première fois depuis des années, ils se sentait presque heureux. Son plan prenait forme, et était en passe de devenir une réalité. Il avait visité le vaisseau céleste de Dalhin, et Erû lui avait donné les clés de son futur succès. Plus rien ne pouvait plus l’arrêter désormais. Tout ce dont il avait besoin, à présent, était un peu de temps, mais il en avait en réserve.
Equilibre (1)
Les flocons de neige dure portés par le vent venaient piquer les joues de Lanea, en dépit de l’épais foulard qui protégeait son visage. Difficile, en regardant l’étendue désolée perdue sous les nuages de l’Hiver sans Fin, d’imaginer que cinq ans auparavant cet endroit avait été une plaine luxuriante, entourant la cité de Dafakin, capitale du Royaume des Mages. La lave refroidie et la glace avaient tout recouvert d’un manteau à la fois lisse et rugueux.
Extrêmes (6)
- Je ne peux pas vous laisser courir de tels risques, Ûesakia-Itheros. Si les Omirelins ou pire encore, les légions d’Oeklos, s’emparent de vous, vous disparaitrez, et avec vous tout l’espoir de notre peuple.
- C’est justement pour apporter cet espoir à notre peuple que je dois partir, Itheros. Ma décision est prise. Si princesse-Shas’ri’a accepte de m’accompagner, je retournerai en Sorcamien. Nos semblables doivent quitter le chemin que leur a tracé Oeklos. Si je dois mourir en accomplissant cette tâche, ainsi-soit-il.
Extrêmes (5)
Aridel avait retiré son armure et se sentait redevenir lui même. La cuirasse était d’une légèreté surprenante lorsqu’il la portait, et pourtant il la ressentait comme un poids qui lui était imposé, régulant sa vie. Cet objet l’avait transformé aux yeux de son entourage. Il était devenu pour beaucoup un Dasam, messager divin aux pouvoirs surnaturels, dont la présence était le seul moyen de contrer Oeklos.
Messager divin… La vérité était bien plus prosaïque. Il n’était en réalité qu’un homme comme les autres. Ses défauts surpassaient de beaucoup ses prétendues qualités. Né prince d’Omirelhen, il avait dans sa jeunesse fui ses responsabilités pour devenir mercenaire. Et il n’avait même pas appris de cette erreur ! Il avait de nouveau abandonné son peuple lorsque son père était mort, laissant sa sœur Delia prendre illégitimement le pouvoir. En réalité Aridel était un lâche, manipulé par une machine qui lui avait confié une tâche dont il ne voulait absolument pas.
Extrêmes (4)
Shari faisait les cent pas dans sa cabine, énervée. Elle n’arrivait pas à comprendre Imela ! Elles recevaient, pour la première fois depuis leur retour à bord du Fléau des Mers, des informations extrêmement importantes et la capitaine s’en moquait, ou presque. Si la résistance de Sorûen avait réellement réussi à contrer Oeklos, cela ne pouvait être une coïncidence ! Une lueur d’espoir apparaissant au moment ou Aridel disparaissait ? Il y avait forcément un lien ! Il ne pouvait en être autrement.
Extrêmes (3)
Ayrîa sirotait son thé tout en écoutant la discussion animée qui opposait Codûsûr, souverain de Sorûen, à Chînir, général de son armée, et chef du clan des Saüsham. Malgré sa volonté de ne pas prendre parti, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de mépris envers le roi. Était-ce sa loyauté envers Chînir qui s’exprimait, ou autre chose ? Elle essaya de mettre ce sentiment de coté pour analyser objectivement la conversation.
Extrêmes (2)
Le vent était intense, et la puissance de son souffle faisait tanguer dangereusement la lourde caisse en bois. Les tensions exercées au bout de la corde que tiraient Daethos et les membres d’équipage du Fléau des Mers la faisaient passer d’un coté et de l’autre du monte-charge. Le Sorcami en venait à se demander par quel miracle ils n’avaient pas encore perdu un de leurs chargements. Il fallait sûrement rendre hommage à la solidité des cordes Dûeni, mais surtout à la persévérance des marins d’Imela. La capitaine avait su entraîner ses hommes de façon à ce qu’ils accomplissent presque sans y réfléchir les tâches les plus pénibles. Tous se comportaient de manière très professionnelle. C’était un équipage aguerri aux métiers de la mer. Même après leurs longue traversée, ils continuaient à travailler presque sans se plaindre. Pourtant certains d’entre eux n’avaient pas mis pied à terre depuis plus de deux ans.
Extrêmes (1)
Balayant les cendres
Portant les navires
Le vent sans comprendre
Broie, souffle et vire
La tempête ne cesse de s’étendre
Façonnant notre avenir.Amiral Omisen, Commandant en chef de l’armada Dûeni - 924 E.D.
Les rayons dorés du soleil matinal réchauffaient les ailes de la corneille. Elle suivait ses compagnes de vol, attirée par l’odeur musquée de la pourriture ambiante. Pour elle, cette fragrance rimait avec nourriture.
Le volatile planait à une altitude moyenne, se méfiant de ses propres congénères. Au dessous, les champs des hommes défilaient. Certains étaient piétinés et les récoltes avaient disparu sous le pas de milliers de soldats.