Rédemption (2)
- En voilà une un peu trop curieuse pour sa propre santé. Tu n’aurais pas dû la laisser entrer, Lanacil. Personne n’est censé savoir que nous sommes ici.
L’homme qui avait parlé était celui qui se trouvait à la gauche de Parin Omasen. Il avait un air antipathique qui déplût instantanément à Imela. Encore un fils de bonne famille avec un ego démesuré. Imela avait connu nombre des jeunes officiers de ce genre dans la marine Dûeni et les trouvait insupportables. Heureusement, Omasen semblait plus raisonnable.
Rédemption (1)
Le château de Leofastel était situé au sommet d’une colline qui surplombait l’ensemble de la ville et du port. Il s’agissait d’un édifice massif et austère, dont les murs de pierre grise n’avaient rien d’engageant. L’architecture du bâtiment avait visiblement été guidée par des considérations militaires, et son esthétique n’avait rien de celle des palais de Sanif. Il était tout en angles et n’avait en guise de fenêtres que des meurtrières à peine assez larges pour laisser passer une flèche. C’était une véritable forteresse, dans tous les sens du terme.
Force (6)
Shari se sentait revivre. Depuis leur retour à bord du Fléau des Mers, toutes ses pensées avaient été focalisées sur un seul objectif : la recherche d’Aridel. A présent qu’elle avait abandonné, au moins temporairement, cette quête, c’était comme si un poids avait quitté ses épaules. Elle s’en voulait presque de ce sentiment de soulagement. Comment pouvait-elle reprendre goût à la vie alors que son ancien compagnon de voyage avait disparu ? Pourtant, force était de constater qu’elle retrouvait sa passion et sa curiosité pour la découverte d’autres peuples et d’autres cultures.
Force (5)
Les voiles du Iûgosther avaient quasiment disparu de la vue d’Imela. Bientôt le navire Sorcami serait derrière la ligne d’horizon, trop éloigné pour être visible même à la longue-vue. La capitaine du Fléau des Mers ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de nostalgie, voire de tristesse, en observant le petit brick poursuivre sa route.
Du groupe qui s’était lancé, trois mois auparavant, à la recherche des portes de Dalhin, il ne restait à présent plus qu’elle et deux de ses membres d’équipage. La présence d’Aridel lui manquait cruellement, et elle savait que le départ de Daethos, Itheros et même Shari allaient lui faire le même effet. Heureusement que Takhini était resté à bord. Le général Sûsenbi, fidèle à Shari, avait été difficile à convaincre, mais sa santé était fragile. Un voyage au cœur du pays des hommes-sauriens aurait probablement eu raison de ses forces. Imela avait en outre su lui prouver qu’il serait très utile en restant à bord. Elle avait besoin de quelqu’un avec qui discuter stratégie et elle savait qu’elle pourrait beaucoup apprendre du vieil homme, tout comme Aridel avant elle.
Force (4)
Cela faisait déjà plus de deux heures que Lanea fouillait les données du Noyau. L’autonomie de la batterie portative qu’elle utilisait était déjà réduite de moitié. Il n’y avait pas de temps à perdre. Il était cependant très difficile de s’y retrouver dans cette profusion de données, et Lanea était loin d’être une experte dans la manipulation des consoles. Avant la chute de Dafashûn, ce savoir avait été réservé aux Dalfblûnen, un ordre de mage spécialisé dont la jeune femme ne faisait malheureusement pas partie. Comme pour rendre la tâche encore plus ardue, un grand nombre d’articles étaient illisibles, leurs unités de stockage rendues hors d’usage lors de l’éruption de L1.
Force (3)
Les mois qu’Aridel avait passé à naviguer avaient fait de lui un marin, en plus du soldat. Il se rappelait avec une certaine nostalgie son rôle d’officier à bord du Fléau des Mers. Imela lui manquait. Son amante lui avait apporté une stabilité et une force qu’il aurait bien aimé retrouver. A présent, c’en était fini de sa liberté. Il allait devoir affronter son destin et réclamer son héritage.
A bâbord du Guide céleste se dessinait la côte d’Omirelhen, que le navire longeait depuis plusieurs jours déjà. Les falaises grises étaient entrecoupées de plages de sable grossier ou de galets polis par le ressac. Au dessus d’elle s’étendait un pays verdoyant, que les nuages de l’Hiver sans Fin avaient épargné, rendant sa beauté encore plus précieuse.
Force (2)
Le Noyau. C’était le centre névralgique, le point focal de tout le savoir des mages de Dafashûn. Même si la majestueuse banque mémorielle n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été, l’endroit imposait le respect. Les plus grands parmi les dirigeants du peuple de Lanea avaient puisé leurs connaissances ici. Elle se sentait presque sacrilège d’avoir pénétré dans ce qui avait représenté, cinq années auparavant, le saint des saints de Dafakin.
Force (1)
Tout le temps qu’il avait passé auprès des humains avait donné à Daethos une certaine compréhension de leurs expressions faciales. Il n’avait maintenant aucun mal à lire sur le visage de Shari l’indécision la tiraillait. Elle était visiblement la proie de pensées conflictuelles. Le choix qui s’offrait à elle était de les accompagner, lui et Itheros, jusqu’en Sorcamien, ou de continuer à chercher Aridel.
Daethos comprenait parfaitement les sentiments de la jeune femme. Il avait lui aussi dû faire face à un dilemme similaire, et sa décision avait été difficile à prendre. C’était l’arrivée de Sklirûdoa, le capitaine du Iûgosther qui forçait à présent la main de Shari. Le marin Sorcami avait ostensiblement suscité l’intérêt de la diplomate qu’était Shari. Daethos espérait secrètement que cela influencerait sa décision.
Equilibre (6)
Ayrîa se sentait complètement perdue, et c’était un sentiment qu’elle n’appréciait pas particulièrement. Tout avait si bien commencé, pourtant. En acceptant d’effectuer le voyage vers Omirelhen avec Aridel, elle avait bien imaginé se retrouver dans des endroits et des situations inconnues, et cela exerçait d’ailleurs un certain attrait sur elle. Si elle avait particulièrement appréhendé la longue traversée de l’Océan Intérieur pour rejoindre Sorcasard, elle avait été agréablement surprise.
Elle avait en effet rapidement surmonté son mal de mer et s’était “amarinée”, comme disaient les matelots. La jeune femme avait alors pu profiter de l’air marin, passant la plupart de son temps sur le pont du Vent d’Ouest. L’océan n’était finalement pas si différent du désert où elle avait grandi : tous deux étaient des étendues désolées à perte de vue, battues par les vents, hostile à l’homme. La seule différence était la couleur du sol.
Equilibre (5)
- Voile à l’horizon !
Le cri de la vigie fit sursauter Shari. La jeune femme était perdue dans ses pensées, se promenant sans but sur le pont du Fléau des Mers. Le bruit de l’océan, du vent et des vagues lui calmait les nerfs, la rendant bien souvent oublieuse de ce qui se passait autour d’elle. La voix du matelot était donc pour elle un brusque retour à la réalité.