Odyssée (6)
La visière du casque d’Aridel, une fois rabattue, recouvrait le monde d’une fine pellicule presque irréelle, comme dans un rêve. Dès que l’ex-mercenaire tournait son regard vers un objet ou un être humain, l’armure surlignait la cible visée. Cela avait beaucoup perturbé Aridel au début, mais il avait fini par s’y habituer. Il observait avec attention ses “adversaires”. Ces soldats Omirelins étaient en réalité ses compatriotes, ou plutôt ses sujets, et il espérait de toute son âme ne pas avoir à les combattre.
Odyssée (5)
L’uniforme Omirelin étrangement inconfortable. Imela ressentait presque physiquement son illégitimité à le porter. Le costume était pourtant très similaire à celui des officiers de la marine Dûeni. Seule la sirène brodée sur les épaulettes rappelait le royaume éponyme. Omirelhen, à l’origine une colonie de Dûen, avait été pendant longtemps une province impériale, et l’influence de la culture Dûeni y était encore très présente. Cette similitude ne faisait paradoxalement que renforcer le sentiment d’imposture qui avait envahi d’Imela. La capitaine du Fléau des Mers avait toujours souhaité maintenir sur son navire les valeurs et symboles de la marine Dûeni. Devoir arborer les couleurs d’un autre pays lui coutait, même si elle savait que son plan ne pouvait fonctionner sans ce subterfuge.
Odyssée (4)
Shari étouffait. L’obscurité, la chaleur, et les cahots du chariots sur la route pavée l’empêchaient de penser de manière cohérente. Elle ne voyait rien de ce qui se passait à l’extérieur. Les interstices entre les planches du chariot étaient trop fins pour permettre l’observation. Et pour couronner le tout, en guise de son, les voix de ses deux compagnons, Itheros et Daethos, lui parvenaient étouffées et indiscernables.
L’idée du Sorkokia Klosthel avait paru très bonne, jusqu’à ce que Shari découvre le coffre dans lequel elle allait devoir effectuer le voyage de Kifiri vers Sorcakin. Elle avait tout juste assez d’espace pour plier et déplier ses jambes. Ce n’était pas vraiment la manière dont elle avait espéré découvrir Sorcamien.
Odyssée (3)
Niûrelhin. La capitale du Royaume de la Sirène ne ressemblait pas du tout à ce qu’Ayrîa s’était imaginé. Elle avait espéré découvrir une ville similaire aux capitales impériales Dûeni décrites dans ses livres, resplendissantes de marbre et d’or, comme Goderif. Niûrelhin était loin de cette opulence. La ville ressemblait plutôt à la grise Leofastel, son architecture faisant passer le pragmatisme militaire devant l’esthétique.
La cité était tout de même d’une taille plus que respectable, et un grand nombre de rues et de bâtiments se trouvaient en dehors des murs de l’enceinte centrale. Ayrîa savait que cela allait grandement leur compliquer la tâche, s’ils souhaitaient vraiment s’emparer de Niûrelhin par la force. Les mille cinq cents hommes que le comte Omasûan avait mobilisé, ne seraient pas suffisants pour venir à bout des murailles, sans parler des combats urbains qui les attendaient avant même d’arriver jusqu’à elles.
Odyssée (2)
- Satané vent !
Le juron d’Imela fit tourner le regard de quelques matelots, peu habitués à voir la capitaine exprimer ses émotions. Elle se réprimanda intérieurement : il fallait qu’elle se maîtrise mieux que cela. Pourtant il lui était difficile de réprimer la frustration qui l’envahissait. Elle observa de nouveau l’orientation des voiles. Aucun changement. Et le compas indiquait toujours la direction nord-est. Impossible de dévier le Fléau des Mers de ce cap depuis plusieurs jours. Les éléments s’étaient liés contre eux.
Odyssée (1)
Lanea était partagée entre l’exaltation de pouvoir raconter sa découverte à Erûciel, et le soulagement de se retrouver enfin au chaud. L’herboristerie qui leur servait de quartier général se trouvait au milieu d’Oeklhin, l’horrible forteresse qu’Oeklos osait appeler sa capitale. Malgré cela, la petite boutique était devenue comme un foyer pour la jeune femme. Elle arrivait parfois même à y oublier la grisaille de l’Hiver Sans Fin.
Lanea retira les pelisses humides qui la recouvrait, approchant ses mains blanchies par le froid du feu crépitant dans l’âtre. Elle regarda autour d’elle. Personne. Étonnant, Erûciel n’avait pas pour habitude de laisser la boutique sans surveillance. L’ex-archimage avait probablement ses raisons, mais Lanea ne put s’empêcher de ressentir une certaine curiosité mêlée d’inquiétude.
Rédemption (6)
Malgré tout ce qu’il avait vu et vécu depuis son départ de la forêt d’Inokos, plus de cinq ans auparavant, Daethos se sentait presque intimidé par les splendeurs de la cité de Kifiri. C’était la première fois qu’il visitait une ville bâtie par son peuple. Il voyait de ses propres yeux comment les Sorcami pouvaient égaler, voire même surpasser les humains dans la démesure. C’était une chose que de lire dans les écrits les hauts faits de ses semblables, mais c’en était une toute autre que de contempler leurs accomplissements de ses yeux.
Rédemption (5)
Imela était en proie à une exaltation qu’elle n’avait plus ressentie depuis leur retour du grand Nord. Elle se sentait à sa place, réalisant pleinement sa destinée. C’était comme si le Fléau des Mers était une extension de son propre corps, tandis qu’elle le dirigeait au milieu des autres vaisseaux de la petite flottille. L’Odyssée, le navire d’Omasen, était en tête, et les deux frégates d’escorte se trouvaient derrière eux. Rien ne pouvait leur résister. Les quatre navires étaient loin d’approcher la grandeur de la Flotte Extérieure de l’Empire de Dûen, mais ils avaient tout de même une puissance de feu considérable. Personne, dans les mers qu’ils fréquentaient, n’oserait les attaquer.
Rédemption (4)
Aridel aurait préféré passer quelques jours à Leofastel pour récupérer de leur voyage en mer, mais le comte Omasûan avait raison. Il n’y avait pas de temps à perdre. Dès que Delia serait informée de la présence de son frère en Omirelhen, elle mettrait tout en œuvre pour l’éliminer. Il fallait donc agir vite, et profiter de l’effet de surprise, tant que cela était possible.
Aridel, tout comme le comte, était bien conscient qu’il s’agissait d’un vœu pieu. Les espions de la reine étaient partout, et l’armée d’Omasûan n’en était sûrement pas exempte. Ce n’était qu’une question de jours avant que Delia apprenne la nouvelle.
Rédemption (3)
Kifiri ne ressemblait à aucune des cités humaines que Shari avait visité. Les bâtiments du port et des docks remplissaient bien sûr les mêmes fonctions universelles que dans toutes les autres villes, mais leur architecture semblait venir d’un autre monde. Les pierres utilisées pour les construire, taillées en formes géométriques très variées, s’emboîtaient parfaitement les unes dans les autres, formant une mosaïque presque envoutante. Les routes elles-mêmes étaient pavées de la même manière, formant un réseau à la fois rectiligne et labyrinthique.