Vent (5)

Vent (5)

Les préparatifs du plan d’Aridel allaient bon train. Le lieutenant-soldat, comme l’appelaient ses hommes, était partout. Il avait dû négocier l’utilisation de maisons et d’entrepôts avec les bourgeois de Thûliaer pour organiser sa défense. Petit à petit, les murs de la ville s’étaient vidés de leur garde, ne laissant que quelques observateurs positionnés à des points stratégiques.

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Le jeune lieutenant était cependant conscient, tout comme son capitaine, de la maigreur de ses effectifs. Tous deux savaient que, même en tenant compte de ce plan audacieux, ils ne pourraient pas tenir très longtemps contre une brigade d’homme sauriens. Malgré tout, l’idée d’Aridel leur offrait un avantage considérable : protégés par les maisons de Thûliaer, les hommes n’auraient pas à affronter la menace aérienne des Raksûlaks, ni l’arme d’Oeklos.

Aridel n’avait dormi que cinq heures en trois jours, et son corps commençait à accuser la fatigue. Le capitaine, soucieux de garder son lieutenant en bonne santé, lui avait ordonné de prendre quelques heures de repos. Aridel avait mis à profit ce temps libre pour aller voir Domiel avant de se rendre à ses quartiers.

Cela faisait plusieurs jours que les deux hommes ne s’étaient pas revus, et ils se serrèrent chaleureusement la main.

– Félicitations, dit Domiel. J’ai entendu parler de votre idée pour la défense de la ville. Tout le monde ne parle d’ailleurs que de ça. Je dois dire qu’il s’agit d’un plan brillant. J’espère seulement qu’il sera suffisant si les Sorcami décident de nous attaquer.

– Je peux déjà vous dire qu’il ne le sera pas. Mais peut-être sera-t’il suffisant pour nous permettre de tenir jusqu’à ce que des renforts arrivent.

– Renforts ? D’où espérez-vous des renforts ?

– Du sud de Setirelhen peut-être. Ni moi ni le capitaine ne sommes au courant de quoi que ce soit, mais on peut toujours espérer, pas vrai ?

Aridel eut un triste sourire que lui rendit Domiel.

– Mais ne soyons pas trop pessimistes, il reste une chance que les Sorcami ne passent pas par ici, et se dirigent directement vers Omirkin.

– Un bien maigre espoir, vous ne croyez pas ?

– Peut-être, mais tout comme mon plan, c’est cette faible lueur qui peut nous éclairer en ces temps difficiles.

– En tout cas vous m’avez l’air bien fatigué, dit Domiel inquiet. Allez dormir, sinon vous ne serez même plus capable de vous battre d’ici deux jours.

Aridel ne se le fit pas dire deux fois. Il gagna rapidement ses quartiers et se coucha, sombrant instantanément dans le sommeil.

Il fut réveillé par le frappement répété d’une main contre sa porte.

– Mon lieutenant, criait une voix. Le capitaine vous demande immédiatement.

Aridel se leva tout de suite, et, enfilant son uniforme, suivit le jeune soldat qui était venu le chercher. Il dut presque courir tant le messager semblait pressé. Arrivé à la salle d’état major, il vit que le capitaine et tous les autres lieutenants du bataillon étaient déjà là, visiblement inquiets.

– Ah, Aridel, dit le capitaine Omanir d’un ton grave. Il semblerait que votre plan doive être mis à l’épreuve après tout. L’un de nos éclaireurs parti sur la route de l’est vient de rentrer : une brigade Sorcami s’approche à marche forcée de Thûliaer.

Cela faisait plusieurs jours qu’Aridel s’attendait à cette terrible nouvelle, mais elle le toucha tout de même de plein fouet. Il lui fallut un certain temps pour accuser le coup. Il se ressaisit cependant et c’est d’un ton presque assuré qu’il répondit.

– Très bien mon capitaine. Dans combien de temps seront-ils là ?

– Trois jours d’après nos estimations.

– La défense sera prête d’ici là, mon capitaine.

– Je n’en doute pas. En attendant, il me semble que nous avons plusieurs détails à régler. Messieurs, le jour de notre gloire approche : ne laissez pas la peur s’emparer de vous : nous pouvons vaincre et survivre à cette épreuve.

Les paroles du capitaine se voulaient rassurantes, mais Aridel savait que l’officier supérieur était assailli par les mêmes doutes que lui. Si aucune aide extérieure ne venait, ils étaient perdus…