Vautours (1)

Vautours (1)

Chapitre XII – Vautours

La cité de Niûsanin se trouvait à l’extrême sud de Sorcasard. Elle avait été bâtie à l’endroit même où l’explorateur Censam Frisûm, découvreur du continent, avait mis le pied sur cette nouvelle terre. Coincés entre deux océans, l’un composé d’eau et l’autre d’herbe, ses remparts se dressaient fièrement, comme un défi à la nature environnante. C’était la première fois qu’Aridel approchait de ce que l’on avait surnommé ‘La Cité des Hommes Libres’, capitale et centre névralgique de la république de Niûsanif.

niusanin

Les quatre compagnons s’apprêtaient à entrer dans la ville par la porte de Sorelmûnd, au Nord de la ville. Tout autour d’eux, au pied des remparts, s’étendait une nuée de petites baraques, tenues par des marchands de fortune. Ces derniers n’hésitaient pas à interpeller les nombreux voyageurs qui circulaient sur la route, tentant de leur vendre des vêtements ou objets d’art à l’origine et à la qualité douteuse. Aridel dut en repousser plusieurs tout en surveillant la bourse qui pendait à sa ceinture. L’endroit semblait en effet très propice au vol à la tire.

La porte de Sorelmûnd elle-même contrastait fortement avec la misère environnante. D’une hauteur de plus de dix toises\footnote{vingt mètres}, elle était ornée de décorations dignes d’un palais royal, recouvertes de feuilles d’or. L’entrée de la ville était gardée par deux hommes en armes, qui semblaient souffrir sous la chaleur. La foule autour d’eux était si importante qu’ils ne vérifiaient même pas l’identité des nouveaux arrivants. Une chance, se dit Aridel, tout en observant Daethos. Le Sorcami était entièrement encapuchonné de manière à cacher son visage, mais il n’aurait pas fallu longtemps à un garde un tant soit peu attentif pour deviner sa vraie nature.

Les quatre compagnons de voyage passèrent cependant la porte sans encombre, et se retrouvèrent au milieu de ce qui ressemblait à un gigantesque marché. L’endroit grouillait littéralement de monde. Entre les charrettes transportant des marchandises, les étals sauvages posés au milieu de la rue, les marchands en pleine négociation et les simples badauds, il était difficile d’avancer. Shari, le visage presque aussi caché que celui de Daethos, parvint cependant à se rapprocher d’Aridel.

– Nous sommes dans le quartier des bazars, au nord-ouest de la ville expliqua-t’elle à l’ex-mercenaire. Le mieux pour nous est de continuer sur la route de Sorelmûnd pour rejoindre la vieille ville par la place de Shidigat. Une fois là bas, nous nous rendrons à l’ambassade de Sûsenbal où nous pourrons nous reposer et nous préparer à rejoindre le capitole.

– Pourquoi ne pas nous rendre à l’ambassade d’Omirelhen ? demanda Aridel, un peu étonné de la proposition de l’ambassadrice.

– Pour deux raisons, Ari. Premièrement, de manière très pratique, l’ambassade de Sûsenbal se trouve au nord de la vieille ville, plus proche de nous que celle d’Omirelhen, au Sud. Et deuxièmement, je dispose ici d’un réseau d’informateurs qui pourront me renseigner sur la situation politique avant de nous rendre au capitole. Et puis, je pourrais plus facilement expliquer la présence d’un Sorcami à mes cotés que vous, je pense.

La dernière phrase avait été prononcée d’un ton malicieux et presque moqueur, qui vexa légèrement Aridel. L’ex-mercenaire se renfrogna sans rien dire, se contentant de suivre Shari tandis qu’elle les menait d’un pas sûr à travers Niûsanin.

***

L’ambassade de Sûsenbal donnait directement sur la place que Shari avait nommé Shidigat, et qui se tenait à l’emplacement d’une des anciennes portes de la ville. Le bâtiment était orné d’un toit étrange, dont les coins étaient recourbés. Aridel n’eut cependant pas le temps de s’y attarder car Shari les pressa d’entrer à l’intérieur. Celui-ci contrastait agréablement avec le brouhaha de la rue. Il y régnait une atmosphère de calme, rythmée par le bruit de l’eau coulant d’une petite fontaine.

Un homme aux yeux en amande s’approcha du groupe. Il se tenait courbé, dans une attitude de déférence presque comique. Lorsqu’il arriva près de Shari, la jeune femme retira sa capuche afin de montrer son visage. L’inconnu marqua une pause puis se courba plus profondément encore. Il prononça quelques paroles en Sorûeni oriental auxquelles Shari répondit. Après quelques minutes de ce dialogue, Shari fit signe à ses compagnons de la suivre. Elle désigna deux portes à Aridel et Domiel.

– Voici vos quartiers temporaires. On va s’occuper de vous préparer pour une audience au capitole. Nous devons nous y rendre sans plus tarder, les nouvelles sont inquiétantes, et l’ambassadeur actuel, Shîdin, s’y trouve déjà. Quant à vous, maître Daethos, suivez-moi.

Le ton impérieux de la jeune femme ne laissait pas place à la discussion. Aridel pénétra donc à l’intérieur de la pièce qui lui avait été assignée. Il fut surpris d’y découvrir qu’une jeune servante l’y attendait, ainsi qu’un bain chaud, un luxe qu’il n’avait pas connu depuis son départ d’Omirelhen. Ce séjour à Niûsanin allait peut-être se révéler plus agréable que prévu, se dit Aridel en observant son hôtesse.