Symboles (3)

Symboles (3)

Domiel observait le ciel avec attention. Depuis son évasion de la prison de Dafakin, il craignait que les autorités royales n’envoie à sa recherche des escadrons de Dragons. Les véhicules aériens des mages étaient en effet si performants qu’ils pouvaient parcourir l’ensemble du territoire de Dafashûn en quelques heures. Si un seul d’entre eux apercevait les trois compagnon, c’en était fini pour eux. Et Domiel n’avait aucune envie de revoir les murs de sa cellule. Il se tenait donc aux aguets, et dès qu’il apercevait la moindre tâche sombre obscurcissant le ciel, il enjoignait à Lanea et Djashim de se cacher sous un arbre ou derrière un rocher.

Il n’y avait cependant rien en vue ce jour là. Cela faisait à présent plus de deux semaines et demi que les deux mages et le jeune garçon, devenus de fait des hors-la-loi, avaient quitté la capitale de Dafashûn. Plus le temps passait et moins les mages avaient de chance de les retrouver, ce qui était rassurant. La menace des Dragons était donc beaucoup moins présente qu’au début de leur périple.

Ils approchaient de la frontière Nord du Royaume des Mages, et seraient bientôt hors de portée des engins volants. Leur progression avait été lente et difficile, et sans les connaissances en botanique de Lanea, jamais ils n’auraient pu tenir. Les maigres provisions qu’ils avaient emportées avaient en effet vite disparu, et comme il était vital qu’ils évitent tous les centres de population, leur seule source de nourriture était les plantes et racines qu’ils trouvaient. De temps en temps Djashim tendait des collets pour attraper des lapins ou autres rongeurs, mais cela ne leur avait fourni que peu de repas. A présent tous trois étaient crottés et couverts de poussière : ils ressemblaient plus à des mendiants ou à des sauvageons qu’a des mages. C’était pour Domiel une bonne chose, car cela leur permettrait probablement de rester incognito une fois la frontière de Dafashûn passée.

– Tu as déjà été au nord de Lanerbal ? demanda Lanea de but en blanc.

La jeune femme semblait fatiguée mais, depuis leur départ, Domiel ne l’avait jamais entendue se plaindre. Ses yeux avaient un éclat presque farouche, comme si le fait de quitter Dafakin avait éveillé quelque chose en elle. Cela la rendait encore plus attirante, pensa le mage.

– Non, répondit-il. En quittant Dafakin, j’ai tenu à mettre la plus grande distance entre moi et ce qui représentait mon passé. Lanerbal n’était donc pas vraiment une option. Je ne sais même pas à quoi ressemble le nord de notre île, mis à part ce qu’en disent les cartes.

Djashim, qui ne perdait jamais une occasion de satisfaire sa curiosité, enchaîna alors sur une autre question.

– Il y a des gens qui habitent là ? demanda-t’il.

Domiel ne put réprimer un sourire. L’énergie du jeune garçon était phénoménale. Sa jambe était à présent totalement guérie, et il marchait plus vite que ses aînés. C’était rafraichissant pour le mage de voyager avec quelqu’un d’aussi jeune. Il allait répondre à sa question, mais Lanea le devança.

– C’est assez compliqué, Djashim, expliqua-t’elle. Officiellement, le nord de Lanerbal est une province de l’Empire de Dûen. Il y a même un duc qui habite dans la capitale de Lanerhin, tout au Nord. En pratique, cependant, seul l’ouest de la province, principalement la péninsule de Lanermar, est habitée par les Dûeni. Le centre de l’île et le massif des Lanerpic où nous nous rendons sont peuplés par une multitude de petites tribus semi-nomades qui vivent de la chasse et du commerce qu’elles entretiennent avec l’Empire. On sait cependant bien pu de choses sur ces peuplades qui d’après les rumeurs sont restées très sauvages.

– Il y a aussi quelques mages qui habitent là, compléta Domiel. Autrefois, ces terres faisaient partie de Dafashûn, et lorsque l’Empire les a réclamés, certains ont préféré se couper du monde et rester là, à vivre en ermites dans des monastères reculés.

– Mais si ça appartenait à Dafashûn, pourquoi ne pas l’avoir gardé ? demanda Djashim.

– Une bonne question, Djashim. Lorsque l’Empire de Dûen a tenté d’envahir le Royaume des Mages, il y a sept siècles, nous n’avons pu contenir l’armée impériale que grâce à nos escadrilles de dragons. Le massif des Lanerpic est bien trop dangereux pour le vol, et nous avons préféré le laisser afin de concentrer notre défense. Après notre victoire, nous l’avons donc cédé à l’Empire en échange d’un accès à Erûsard. Mais peut-être avons nous eu tort, termina Domiel, pensif.

– Pourquoi ? enchaîna Djashim.

Lanea rit.

– Assez de questions pour aujourd’hui, petit curieux ! Nous t’expliquerons cela un autre jour.

Djashim fit une moue de déception, mais continua de marcher en silence. Ils avancèrent ainsi près de deux heures, lorsque, arrivés au sommet d’une petite colline, Domiel les arrâta. Il pointa du doigt l’horizon, ou se découpait une masse sombre qui semblait balafrer le ciel.

– Voici les Lanerpic, dit-il, et L1, la plus haute montagne du monde. Nous en sommes encore loin, mais chaque pas que nous faisons sous rapproche de notre destination. Courage !