Symboles (1)

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Chapitre V – Symboles

Le visage d’Aridel était complètement engourdi. La seule sensation qui lui parvenait était celle d’un froid humide qui revenait à intervalle régulier. Pour le reste, c’était comme si tous ses sens avaient décidé de cesser d’exister. Il ne savait même plus où il se trouvait. Il tenta d’ouvrir la bouche pour crier à l’aide, mais tout ce qu’il parvint à faire fut d’avaler une gorgée de liquide froid et extrêmement salé qu’il recracha immédiatement.

De l’eau de mer ! C’était donc le mouvement du ressac qui venait frapper son corps meurtri. Péniblement, l’ex-mercenaire ouvrit les yeux. La lumière du jour était aveuglante. C’était comme si sa tête, vrillée de mille aiguilles, était sur le point d’exploser. Il fallut un long moment à Aridel pour surmonter cette douleur. Petit à petit, cependant, il commença les détails de ce qui l’entourait. Le sol était composé d’un sable fin et sombre, humidifié par la marée.

Le prince d’Omirelhen était allongé sur une plage, à l’endroit où les vagues, dans leur linceul d’écume blanche, venaient mourir sur le rivage. Ses jambes étaient presque totalement immergées dans l’eau glacée, mais sa tête était au sec. Il fallait qu’Aridel bouge s’il ne voulait pas mourir de froid. Il se mit donc péniblement à ramper vers la partie la plus sèche de la plage mais dut bientôt s’arrêter, de nouveau pris par la douleur. Son corps, épuisé et meurtri, ne répondait plus…

Comment était-il arrivé là ? C’était un véritable miracle qu’il soit encore vivant. Il se rappelait la tempête, et comment il était passé par dessus bord, pensant se noyer irrémédiablement. Était-ce Daethos qui l’avait sauvé et ramené sur la plage ? Il avait vaguement le souvenir de formes mi-humaines, mi-poisson, le tirant dans à travers les vagues. Des sirènes ? Probablement un rêve.

Perdu dans ses pensées, l’ex-mercenaire sentit à peine qu’on l’empoignait. Il leva la tête et vit une tête verte qui lui était devenue familière. Daethos ! Jamais Aridel n’avait été aussi content de voir le Sorcami. L’homme-saurien utilisa sa force surhumaine pour le relever, et le prince d’Omirelhen commença à sentir de nouveau ses jambes. Tout son corps et ses membres étaient pétris de douleur, mais il se sentait revivre petit à petit. Rassemblant toute son énergie, il parvint à grogner. Sa bouche était pâteuse.

– Mer… merci, dit-il à Daethos.

L’homme-saurien, qui semblait à peine affecté par son séjour dans la mer, avait cependant clairement la tête à autre chose. Son regard était perdu vers l’horizon, comme s’il recherchait quelqu’un.

– Savez-vous où nous nous trouvons, prince-Aridel ? finit-il par demander, d’un ton calme qui impressionna ce dernier.

– Peut-être sur la côte Nord d’Eabal, répondit-il après avoir tenté en vain de s’éclaircir la voix. Nous n’en étions pas loin lorsque nous avons sombré.

– Je vois une habitation là-bas. Avez-vous la force de marcher ?

– Je… je pense, si vous m’aidez.

Aridel passa son bras autour des larges épaules du Sorcami, et tous deux se mirent à avancer en direction de la petite maison que l’homme-saurien avait vu. Ce n’était qu’une simple baraque en bois, mais pour les deux naufragés, mouillés et transis de froid, elle aurait tout aussi bien pu être le palais de Sûsenbhin. Une fumée aussi grise que le ciel s’échappait de la cheminée. Il y avait donc quelqu’un à l’intérieur. Cet occupant ne tarda d’ailleurs pas à sortir, ayant sûrement aperçu les deux nouveaux arrivants. Il s’agissait d’un homme trapu et sec, aux cheveux noirs et raides et aux yeux tout aussi sombres. Il était vêtu d’habits grossiers en peau de mouton, et son visage était buriné par les ans et la mer. Il s’adressa à ses visiteurs en Sorûeni.

– Bienvenue, étrangers ! dit-il d’un ton amène qui surprit Aridel. L’homme ne semblait pas le moins du monde étonné de voir débarquer sur le pas de sa porte un Sorcami accompagné d’un humain. Mon nom est Takhini. Venez donc chez moi, un bon feu vous attend.

Les deux compagnons ne se firent pas prier et entrèrent dans la maison. L’intérieur semblait, à l’instar de son propriétaire, très chaleureux. Le sol était fait d’une sorte de tapis d’osier agréable sur lequel étaient posés de confortables coussins. Il régnait dans la pièce principale une température agréable, qui réchauffa Aridel. L’ex-mercenaire, épuisé, se laissa tomber sur un des coussins et s’endormit instantanément.