Sirènes (4)

Sirènes (4)

Cela faisait maintenant plus d’une heure que Domiel, Itheros et Redam Nidon étaient penchés sur le vieux grimoire. Shari avait bien tenté de les aider, mais le décryptage de ce texte cabalistique dépassait de loin ses connaissances. La jeune femme s’ennuyait ferme. Elle se demandait ce qu’étaient en train de se dire Aridel et son père. Sauraient-ils se réconcilier seuls ? Shari brûlait de le savoir.

Alors qu’elle était plongée dans ses pensées Shari entendit un cri.

« Ca y est ! J’ai trouvé ! »

C’était Domiel qui avait ainsi laissé exploser sa joie. Itheros et Redam Nidon se regardèrent d’un air perplexe (du moins dans le cas du vieil homme, les expressions du Sorcami restant indéchiffrables).

« Regardez, dit Domiel. Ces trois runes étranges : ONK. Ce sont les marques que les Anciens attribuaient à leurs ports aériens : les endroits où décollaient et atterrissaient leurs machines volantes, celles que vous appelez dragons. Il y en avait généralement un par grande ville. A une époque je les connaissais par cœur, c’est une des choses qu’on nous force à apprendre à l’université de Dafakin. ONK… ONK… »

Le jeune mage réfléchit un moment. Puis il reprit :

« Oui il me semble bien que ONK était associé à la cité d’Onirakin. Mais cela nous avance peu, car j’ignore totalement où se trouvait cette ville. »

Domiel eut un soupir de dépit. Mais alors qu’il s’apprêtait à reprendre les recherches, maître Nidon le coupa.

« Onirakin ! Mais oui bien sûr ! J’ai déjà vu ce nom là. Et je crois savoir où. »

Se précipitant vers une des étagères, Redam Nidon en sortit un livre poussiéreux à la couverture de cuir passée. Le titre était clairement écrit à la main, et une partie des runes était effacée. Shari reconnut pourtant immédiatement les mots qui étaient écrits :

HÎNKON ARDAYN

C’était du Sorûeni occidental, un langage très proche de son dialecte natal et cela signifiait « Terres Inconnues ».

Captivée par l’ouvrage et sentant qu’elle pouvait se rendre utile, Shari se rapprocha de maître Nidon. Le vieil homme feuilletait les pages avec frénésie, cherchant une référence à la ville dont avait parlé Domiel.

Tout d’un coup Shari s’écria :

« Là ! »

Et elle posa le doigt sur un passage du livre. Redam Nidon la regarda avec étonnement, puis voyant le mot qui se trouvait sous le doigt de Shari, dit :

« Bravo, excellence. Vous avez le regard vif. » Le vieil homme prit une expression approbatrice. « Faites nous les honneurs, je vous prie. Votre Sorûeni est probablement bien meilleur que le mien. »

Shari ne se fit pas prier et traduisit à haute voix le texte en Dûeni :
« Liri’a, je vous confie, à Lyotus et toi, la mission de mettre en lieu sûr le trésor de ma famille. Il s’agit d’objets de grande valeur qui m’ont été transmis de génération en génération. Vous devrez les transporter jusqu’à la forêt d’Inokos qui se trouve au nord de Sorkhoroa, et qui recouvre les ruines de l’ancienne cité d’Onirakin. »

Ce fut au tour d’Itheros de s’exclamer.

– Sorkhoroa ! Bien sûr. La forteresse avait forcément été construite aux abords de l’ancienne ville.

Les trois autres le regardèrent fixement. Redam Nidon prit la parole.

– Itheros, que voulez-vous dire ?

– Sorkhoroa était une ancienne cité de mon peuple. Elle a été construite peu après la destruction de l’empire des mages, et c’était au départ une forteresse dominant l’une de leurs anciennes villes. Au fur et à mesure que le temps a passé, la forêt a recouvert la ville des Anciens, mais Sorkhoroa est restée. Jusqu’à l’arrivée des hommes de Dûen, qui l’ont détruite, il y a quatre siècles.

– Et savez-vous où se trouvait Sorkhoroa ?

– Bien sûr, une cité humaine a été construite sur ses ruines : Sorelmûnd, dans la république de Niûsanif.

– Sorelmûnd. Redam Nidon s’empara d’une carte. Cela signifie donc que la forêt d’Inokos est ce que nous appelons maintenant Oniros.

niusanif

– Et par conséquent, reprit alors Domiel, les ruines de la cité d’Onirakin sont dans cette forêt d’Oniros, et avec elles le second bouclier. C’est donc là qu’il nous faut aller.

Tous se regardèrent d’un air satisfait.

« Il faut sur le champ en informer le roi ! », dit alors Shari, avant de se précipiter vers le cabinet royal.