Serpents (6)

Serpents (6)

C’était comme si l’univers était en feu. Le ciel lui même semblait fait de flammes brûlantes. Shari était au milieu d’une fournaise infernale, et pouvait à peine respirer au milieu des fumées et de l’odeur de souffre. A coté d’elle, des gens hurlaient et appelaient une aide qui ne venait pas. La jeune femme n’arrivait pas à distinguer leurs traits qui semblaient perdus dans le brouillard toxique.

Levant les yeux, Shari remarqua alors une ombre qui se détachait au lointain. C’était un bâtiment à la forme géométrique quasi parfaite, représentant un polyèdre à douze faces, un dodécaèdre. Le bâtiment lui aussi était pris par les flammes, et sa peinture blanche se noircissait à vue d’œil.

Prise par cette vision d’apocalypse, Shari se mit à crier à pleins poumons, et tout devint silencieux alors que la jeune fille sombrait dans un gouffre lumineux.

Lorsque Shari se réveilla, elle était couchée sur une paillasse, confortablement installée dans une hutte. Qu’était-il arrivé ? Où était-elle ? Ses yeux mirent un moment à s’habituer à la clarté du jour, mais elle ne tarda pas à reconnaître la forme familière d’Aridel, penchée sur elle. L’ex-mercenaire semblait à la fois inquiet et soulagé.

– Ne bougez pas, Shari, dit-il d’un ton qui lui était inhabituel. Vous êtes encore sous l’effet du poison.

– Poi… poison ? La bouche de Shari était sèche et pâteuse, et les mots en sortaient difficilement.

– Vous ne vous rappelez pas ?

Au moment même où Aridel prononçait ces mots, la mémoire revint à la jeune femme. Saisie par la vision de l’horrible créature qui s’était emparée d’elle, Shari se redressa d’un bond, pour se rallonger aussitôt, prise de vertiges.

– Ne vous inquiétez pas, vous êtes en sécurité, ici. Vous avez été bien soignée.

C’était la voix de Domiel. Le mage se tenait près d’Aridel, et son visage arborait un calme qui contrastait étrangement avec l’attitude du prince d’Omirelhen.

– Où … sommes-nous ?

– Dans le village d’Inokos, en plein cœur de la forêt d’Oniros.

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Shari réalisa alors ce que signifiaient ces paroles.

– Nous… avons réussi ? Nous sommes dans le village Sorcami ?

– Oui Shari, répondit Domiel. Et dès que vous vous sentirez mieux, je vous présenterai au Shaman Daethos, qui m’a été d’un très grande utilité dans mes recherches.

– Que… voulez-vous dire ?

– Que grâce aux indications de Daethos, nous allons sûrement pouvoir retrouver les ruines de la cité d’Onirakin. Et à partir de là, je ne devrais pas avoir trop de mal à localiser ce que nous cherchons, le portail d’activation du bouclier.

Shari tenta une nouvelle fois de se relever, avec un peu plus de succès.

– Vous en êtes certain ? Nous…

Shari s’interrompit. Un Sorcami de grande taille venait d’entrer dans la hutte. Son visage était couvert de tatouages étranges qui se mêlaient au vert de sa peau écailleuse. Domiel et Aridel, suivant le regard de la jeune femme, se tournèrent vers le nouvel arrivant.

– Ah ! Daethos, vous arrivez juste à temps pour saluer le troisième membre de notre groupe. Je vous présente Shasri’a, princesse de Sûsenbal, et ambassadrice à la cour d’Omirelhen. Shari, voici Daethos dont je vous parlais à l’instant.

Le Sorcami inclina respectueusement la tête. Shari tenta de faire de même sans grand succès.

– Bienvenue princesssse-Shasri’a, dit Daethos dans un Dûeni sifflant à l’accent archaïque. J’espère que vous vous sentez mieux. Le poison du Soksunir est puissant, et il inspire parfois des visions troublantes.

La fournaise que Shari avait vu en rêve était en effet toujours présente dans un coin de son esprit. Elle tentait en vain de se défaire de ces horribles images.

– Je vois à votre regard que vous en avez eu m’expérience. Ne tentez pas de reléguer ces visions au rang de simple rêve. On raconte parmi mon peuple que le poison du Soksunir permet de voir l’avenir.

– Eh bien j’espère que ce que j’ai vu n’est pas notre avenir, répliqua Shari un peu sèchement. On aurait plutôt dit une vision de l’enfer qu’autre chose.

Le Sorcami allait répondre, mais Aridel le coupa.

– Je pense que nous devrions laisser Shari seule, à présent. Si nous voulons partir demain pour la cité des Anciens, il lui faut du repos.

– De sages paroles, homme-Aridel, répondit Daethos. Venez, mage-Domiel, nous n’avons plus rien à faire ici.

Tous trois quittèrent la hutte, laissant Shari seule dans ses pensées. La jeune femme, épuisée, ne tarda pas à se rendormir d’un sommeil sans rêves.