Serpents (4)

Serpents (4)

Lorsque Shari se réveilla, elle était seule.

Seule !

Où donc étaient Domiel et Aridel ? Étaient-ils partis chercher du bois ? Ou autre chose ? Ils ne devaient pas être partis bien loin… Que s’était-il passé ?

Shari se leva, le cœur palpitant. Ses deux compagnons ne pouvaient pas l’avoir laissée seule sans raison. Leurs affaires étaient d’ailleurs toujours là. Pourquoi donc ne l’avaient-ils pas réveillée pour qu’elle puisse prendre son quart ? Il s’était clairement produit quelque chose d’inhabituel. D’instinct, la jeune femme se saisit de la dague qu’elle gardait cachée dans la bottine de son vêtement de voyage.

Il n’y avait rien autour d’elle, et la forêt était étrangement silencieuse. Que faire ? Shari essayait de ne pas céder à la panique. Elle n’avait que deux options possibles : soit elle partait à la recherche de ses compagnons, soit elle retournait à Sorelmûnd chercher de l’aide.

Shari écarta rapidement la seconde option. Cela signifiait l’échec de leur mission, et ce n’était pas acceptable. Il y avait trop en jeu. Elle n’avait donc plus qu’à chercher où étaient Aridel et Domiel. Elle commença par les appeler, dans le vain espoir qu’ils soient encore à portée de voix. Elle n’eut bien sûr aucune réponse.

La jeune femme ne connaissait rien à la traque, mais décida que le plus probable était que ses deux compagnons, d’une manière ou d’une autre, avaient été amenés à l’intérieur de la forêt. Prenant son courage à deux mains, Shari pénétra donc dans le tissu de verdure, nourrissant le vain espoir de trouver quelque indice qui lui indiquerait où se trouvaient les deux hommes.

La végétation était si dense que Shari devait se frayer un chemin à l’aide de sa dague. Elle regrettait de n’avoir pas pris une machette, qui lui aurait été beaucoup plus utile que ce poignard de poche. La progression de la jeune femme était difficile, et en une heure, elle n’avait pas parcouru plus d’un quart de lieue, sans trouver le moindre indice d’Aridel ou de Domiel.

La lumière du jour filtrait à peine au travers des épais branchages qui la surplombaient. La forêt semblait plongée dans une perpétuelle pénombre qui rendait les recherches de Shari encore plus difficiles.

Une heure s’écoula. L’ambassadrice de Sûsenbal était crottée et couverte de griffures et piqûres d’insectes. C’était inutile ! Elle ne trouverait rien dans ce dédale vert. Elle décida de rebrousser chemin et de retourner au camp où elle avait dormi. Il lui suffirait de suivre ses traces. La végétation coupée par la dague serait…

Shari s’arrêta net. Elle s’était retournée, mais il n’y avait aucune trace des branches qu’elle venait de trancher avec sa dague. C’était comme si la végétation s’était refermée sur elle.

b7645f0541966f1d0b27d60d7f998bc9

Une peur panique commença à s’emparer de le jeune femme. C’était de la magie ! Comment la forêt pouvait-elle se reformer aussi vite ? Elle se rappela alors qu’elle se trouvait probablement non loin des ruines d’une ville des Anciens. Qui pouvait savoir comment la proximité de leur pouvoir affectait la forêt ?

Il ne restait qu’une chose à faire : avancer tout droit, en espérant que la ligne qu’elle suivrait lui permettrait de sortir de la forêt avant la nuit. Combattant le désespoir qui s’emparait d’elle, Shari se mit en marche.

Elle marcha pendant plusieurs heures, s’épuisant sans trouver de sortie. C’était comme si une force inconnue la retenait dans cet enfer vert. Alors qu’elle était au comble du désespoir, elle entendit un son.

C’était un étrange bruit de succion, très peu en accord avec les bruissements normaux d’une forêt.

Shari s’arrêta.

Le bruit se rapprochait. Slurp… Pop. Slurp… Pop. Slurp… Pop. La répétition avait quelque chose d’hypnotisant, qui venait presque endormir l’angoisse de Shari.

Le bruit était à présent juste derrière Shari. Elle se retourna d’un coup, pour se retrouver face à face avec la créature la plus horrible qu’elle aie jamais vu.

C’était une pieuvre ! Une pieuvre gigantesque qui se déplaçait dans les branchages en utilisant de long tentacules noirâtres, à l’origine du son que Shari avait entendu. La tête de la bête était aussi horrible que son corps. Elle n’avait pas d’yeux, seulement d’immenses mandibules qui claquaient dans le vide.

Surmontant l’horreur qui s’emparait d’elle, Shari tenta, avec sa dague, de couper l’un des tentacules qui s’approchait d’elle. La petite arme blanche ne fit que s’enfoncer dans le membre gluant, sans freiner la créature.

Le tentacule s’empara du bras de Shari. Le contact était affreux et visqueux, et lorsqu’un autre tentacule serra le cou de la jeune femme, elle s’évanouit.