Secrets (3)

Secrets (3)

Djashim se tenait au sommet d’une colline surplombant une vallée verdoyante. Plusieurs routes serpentaient dans ce vallon, toutes se dirigeant vers une construction dont les dimensions dépassaient l’entendement. C’était un dôme aux proportions gigantesques, haut comme cent hommes et large de plusieurs lieues. Il était constitué d’innombrables plaques de forme hexagonale. Le matériau qui les composait, de couleur rouge, renvoyait la lumière du soleil vers les yeux du jeune garçon, l’aveuglant presque. Le dôme était parcouru par un anneau d’habitations aux formes très variées. Les routes traversaient cette ceinture extérieure avant d’arriver au pied de la titanesque structure. Cette dernière était percée de plusieurs portes par lesquelles un flux quasi-continu d’hommes et de véhicules sans chevaux entraient et sortaient. C’était une vision qui dépassait tout ce qu’avait pu imaginer Djashim, une plongée dans un passé où l’Empire des Anciens existait encore et s’étendait sur le monde entier. Il avait sous les yeux Dafakin, capitale du Royaume des Mages, cité du savoir, le plus grandiose héritage que les Blûnen avaient laissé au monde. Djashim se sentait tout petit face à ce panorama. Aucune ville d’Erûsarden ne pouvait prétendre rivaliser avec la splendeur de cette cité, joyau écarlate au milieu d’un écrin de verdure. Le jeune garçon était comme hypnotisé. Il resta un long moment bouche bée, subjugué par la vision qui s’offrait à lui.

La voix de Lanea le tira de sa rêverie.

– Djashim ! Il ne faut pas traîner ici. Tu ne parles pas très bien le Dûeni, et il ne vaut mieux pas que tu aies à répondre à des questions.

Le jeune garçon secoua sa tête. Lanea avait raison. Il fallait qu’ils bougent. Il s’arracha donc à l’attrait qu’exerçait sur lui Dafakin et se tourna vers la jeune femme.

– Oui m’dame, se contenta-t’il de répondre. Et, sa curiosité reprenant le dessus, il finit par demander : On va où ?

– Ma famille possède une résidence secondaire dans la banlieue extérieure. Il ne devrait y avoir personne qui l’habite en ce moment. C’est un bon endroit pour nous reposer, et réfléchir à nos plans. Allons, suis-moi.

Lanea commença à descendre la colline en direction de la cité, empruntant une des routes que Djashim avait aperçues. Contrairement à tout ce que le jeune garçon avait connu auparavant, ce chemin n’était pas pavé, mais recouvert d’une sorte de goudron mêlé de gravier qui lui donnait un aspect à la fois lisse et rugueux. Les deux compagnons se rapprochèrent ainsi insensiblement de l’anneau d’habitation extérieur. Les bâtiments qui le composait, qui avaient semblé petits à Djashim en comparaison du dôme lui même étaient en fait très grands, les plus réduits ayant la taille des villas sénatoriales de Niûsanin. Leur architecture était très étrange, tout en angle et en arête, et la plupart avaient, en guise de mur, de grandes baies vitrées. C’était tout l’opposé des habitations de Niûsanin.

Lanea les fit bifurquer pour pour pénétrer dans les artères secondaires de l’anneau. Là où elle emmenait Djashim, il y avait très peu de monde, mais à chaque fois qu’ils croisaient quelqu’un, Lanea, faisait signe au jeune garçon de se rapprocher d’elle. Sûrement pour maintenir l’illusion de la maîtresse et de son apprenti, pensa Djashim. Les mages qu’ils rencontraient ne semblaient pour la plupart faire aucune attention à eux. Ils étaient perdus dans leurs pensées, ou discutaient entre eux de manière animée. Une grande majorité d’entre eux était, tout comme Djashim et Lanea, vêtue de tuniques colorées. Le jeune garçon devait apprendre plus tard que les couleurs de ces vêtements marquaient l’appartenance de celui qui les portait à un ordre de magie bien précis.

Après une demi-heure de marche, Lanea s’arrêta devant une bâtisse de forme rectangulaire d’un blanc éclatant.

– Attends moi ici, chuchota-t’elle, je vais vérifier s’il y a quelqu’un.

La jeune femme posa sa main sur une plaque située à coté de la porte d’entrée. Cette dernière s’ouvrit toute seule, et Lanea entra dans la maison, laissant Djashim seul. L’attente du jeune garçon ne fut pas longue, mais elle parut durer une éternité. Djashim poussa un soupir de soulagement quand il la vit enfin ressortir, lui faisant signe de la suivre à l’intérieur.

Ils se trouvaient dans une sorte de salon dont les murs étaient d’un blanc aussi immaculé qu’à l’extérieur.

– Assieds-toi là, ordonna Lanea en désignant un fauteuil gris qui se trouvait près de Djashim. J’ai quelques appels à passer et nous discuterons ensuite d’un plan d’action.

Le jeune garçon obéit sans mot dire. Il n’avait pas vraiment saisi ce que voulait dire la jeune femme, mais il n’osait plus lui demander quoi que ce soit. Tout était bien trop étrange. Pour l’heure, il ne pouvait faire qu’attendre.