Secrets (1)

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Chapitre III – Secrets

Djashim se releva sans un mot. Le sol vibrait d’une manière étrange sous ses pieds. Le jeune garçon leva les yeux et croisa le regard de la femme qu’il avait suivie depuis l’hôpital de Trûpidel. Cette dernière le regardait avec une expression de surprise qui n’avait rien de simulé. Djashim crut également deviner une pointe de colère dans les yeux verts qui le dévisageaient. Il ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt.

– Tu ne peux pas être ici ! finit par reprocher la jeune femme d’un ton peu amène. Seuls les mages ont accès au Tube. Comment es-tu entré ?

Djashim n’avait plus rien à perdre. Il n’avait pas fait tout ce chemin pour faire demi-tour. Et de toute manière il était probablement trop tard. Quelles que soient les intentions de la femme rousse, il était à présent à sa merci. Le jeune garçon décida donc de jouer la carte de l’honnêteté.

– Je vous ai suivie, répondit-il. J’ai réussi à me glisser derrière vous juste quand les portes se refermaient. Je… suis désolé, ajouta-t’il d’un ton d’excuse, espérant que cela attendrirait son interlocutrice.

Cette stratégie fonctionna, car le regard de la jeune femme sembla s’adoucir un peu.

– Pourquoi as-tu décidé de me suivre ? Tu ne te rends pas compte de la situation dans laquelle tu t’es mise, sans parler de ce que je risque également. Tu viens de briser une des règles les plus sacrées du Royaume des Mages !

– Je ne savais pas m’dame, tenta d’expliquer Djashim, d’un ton penaud. Je voulais juste savoir ce que vous vouliez à Domiel. C’est le seul mage que je connaisse et il m’a sauvé la vie, à bord du Dragon de Mer. Et c’est aussi en partie grâce à lui que j’ai pu quitter les rues de Niûsanif. Je lui dois beaucoup, et je voulais tout faire pour l’aider. Je me suis dit que je vous suivais, vous me conduiriez à lui…

La jeune femme soupira.

– Tu nous as tous les deux mis dans un beau pétrin. Mais, si tu es sincère, tes intentions étaient louables, et je ne peux pas te blâmer d’avoir tout tenté pour aider Domiel. A présent nous n’avons pas le choix, nous sommes obligé d’aller ensemble à Dafakin. Mais nous avons un peu de temps devant nous. Il faut que, d’une manière ou d’une autre, nous réussissions à te faire passer pour un mage. Quel est ton nom ?

– Djashim, répondit l’intéressé.

– Et bien enchanté, Djashim, je m’appelle Lanea. Tout comme Domiel, je suis une Agoblûnen, une mage guérisseuse. Lui et moi avons étudié ensemble à l’université de Dafakin il y a plus de dix ans, et j’ai en quelque sorte une dette envers lui depuis tout ce temps. C’est en grande partie à cause de moi qu’il a dû s’exiler de Dafashûn…

Lanea marqua une pause. Son regard semblait perdu dans de tristes pensées. Elle finit par reprendre.

Il y a deux jours, j’ai appris, presque par hasard, que Domiel avait pris place à bord d’un navire qui faisait voile vers Dafashûn. Puis j’ai découvert que les autorités de Dafakin projetaient de l’arrêter pour haute trahison. Je ne connais pas exactement le crime dont il est accusé, mais je sais que cela à a voir avec ce qu’il a fait à Niûsanif. Comme je te l’ai dit, j’ai une dette envers Domiel, et j’ai donc résolu de partir pour Trûpidel dès que possible afin de l’avertir du danger qui le guettait. Il m’a hélas fallu deux journées entières avant d’être libérée de mes obligations. Et quand je suis enfin arrivée, tu m’as appris qu’il était trop tard. Je suis donc repartie pour Dafakin, sans me douter que tu étais sur mes talons… J’avais l’intention de rendre au palais de justice pour plaider la cause de Domiel, mais cela m’est à présent impossible…

Djashim trouvait étrange que, après lui avoir souligné l’urgence de la situation, la jeune femme prenne le temps de lui expliquer ses actions. C’en était presque trop pour lui. Il avait d’ailleurs à peine écouté les explications de la jeune femme. Son esprit s’était arrêté à cette simple phrase : il était en route pour Dafakin. Lui, le garçon des rues de Niûsanin allait voir la légendaire cité des mages ! Et c’était sans même parler de l’appareil magique qui le transportait actuellement à une vitesse bien plus rapide qu’un cheval au galop. Dans quelle aventure s’était-il donc lancé ?

– Je veux vous aider, dit-il de but en blanc à Lanea. Je peux faire quoi pour me rattraper ?

La femme aux cheveux roux sourit.

– J’admire ton enthousiasme, Djashim. Mais comprend bien notre situation : ta présence à bord du Tube en route vers Dafakin est complètement illégale. Nous risquons tous les deux la mort pour avoir enfreint cette règle. Il est à présent hors de question pour nous de pénétrer sous le dôme. Si nous voulons aider Domiel à présent, notre seule option est de trouver un moyen de le faire évader.

Djashim était abasourdi.

– Évader ! pensa-t’il tout haut. Mais comment voulez-vous le faire évader si nous ne pouvons pas entrer dans la ville ?

– Heureusement pour nous, la prison se trouve un peu à l’extérieur. Mais ne crois pas que nôtre tâche sera facile. Ton aide me sera sûrement précieuse. En attendant, il faut te trouver d’autres vêtements. Ton apparence n’est clairement pas celle d’un mage.

La jeune femme semblait retrouver son sens pratique. Elle se pencha sous son siège et en retira une petite valise qu’elle ouvrit.

– Tiens, enfile cette toge blanche. Si tu ne parles pas, tu pourras passer pour un apprenti, bien que tu sois un peu jeune.

Djashim s’empressa de se changer. Le tissu du vêtement était léger et agréable au toucher.

– Nous allons sous arrêter aux portes de Dafakin, expliqua alors Lanea. Sans carte d’accès, tu ne pourras bien sûr pas entrer dans la ville, mais en nous montrant prudents, nous devrions pouvoir nous déplacer sans encombre dans la zone extérieure.

Djashim acquiesça sans trop comprendre, et s’assit en silence à coté de la jeune femme. Ils restèrent ainsi côte à côte pendant près d’une heure, quand je jeune garçon sentit une force le tirer vers l’avant : la machine ralentissait. Bientôt elle s’arrêta complètement et le tube de verre s’ouvrit.

– Suis-moi, souffla Lanea, descendant du Tube.

Djashim lui emboîta prestement le pas et ils montèrent un escalier en colimaçon identique en tout point à celui de Trûpidel. Au bout de quelques minutes de cette ascension, ils finirent par atteindre la surface. Djashim se trouva alors face à la vision la plus stupéfiante de sa vie.