Sable (6)

Sable (6)

Aridel fut réveillé par le son cristallin d’un cor l’appelant au combat. Lorsqu’il entendit ces notes claires, le sang de l’ex-mercenaire ne fit qu’un tour. Il se leva instantanément et s’empara sans attendre de son casque, son épée et son bouclier. Il sortit de la tente tout en attachant la sangle de son heaume.

Il faisait encore jour sur le désert et la chaleur était proprement intolérable. Aridel n’avait cependant pas le choix : tous les réflexes qu’il avait acquis au cours de sa carrière de soldat s’étaient mis en branle. Il constata que la plupart des hommes de Takhini étaient déjà sur le pied de guerre, formant un cercle protecteur autour du campement. Les Sûsenbi étaient pour la plupart équipés de lances, mais certains des plus gradés portaient à la ceinture un sabre à la lame légèrement recourbée, si caractéristique des armes orientales. Le général était auprès d’eux, vérifiant leur formation. Aridel s’approcha du vieil homme.

– Un groupe de Sorcami armés s’approche de nous, expliqua Takhini en réponse à la question muette de l’ex-mercenaire.

– Combien sont-ils ? demanda Aridel.

– D’après les éclaireurs, au moins une cinquantaine, si ce n’est plus, dit le général d’un ton grave.

– Cinquante ! s’exclama l’ex-mercenaire. Nous sommes en infériorité numérique, général. Ne devrions nous pas tenter de battre en retraite ? Notre mission est de protéger l’ambassadrice, pas d’engager le combat.

– Il est trop tard pour cela, Aridel. Les Sorcami ont été plus malins que nous et nous ont déjà encerclés. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous battre.

– Nous devrions au moins tenter d’éloigner Shari ! Où est Daethos ? Il peut peut-être la mener en lieu sûr.

– L’ambassadrice est incapable de bouger à l’heure actuelle, je le crains. Le Sorcami lui a fait ingérer une substance qui l’a profondément endormie. Mais il est auprès d’elle, et à son expression, si un de ses semblables arrive à s’approcher d’eux, il lui fera passer un sale…

Takhini s’interrompit. « Les voilà ! »

Aridel ne pouvait plus s’attarder sur le sort de Shari. Il fallait à présent qu’il se concentre sur le combat qui approchait. Les Sorcami étaient en effet déjà en vue, la poussière de sable soulevée par leurs pas formant un mur menaçant. Le prince d’Omirelhen tira son épée du fourreau, et sa lame étincela au soleil alors qu’il prenait sa place dans la ligne de défense.

L’air féroce des Sorcami qui approchaient ne laissait aucun doute quant à leurs intentions belliqueuses. L’un d’entre eux portait un étendard frappé d’une orbe noire qui était la marque de leur allégeance à Oeklos. Étrangement, Aridel ne ressentait aucune peur face à ces monstrueux guerriers. Il n’y avait en lui que calme et détermination. Était-ce l’enseignement de Takhini qui avait porté ses fruits ? Ou autre chose ? Aridel se sentait prêt comme il ne l’avait jamais été.

L’un des hommes-saurien se mit à hurler, et tous chargèrent en direction des défenseurs, leurs lances acérées pointées vers eux. Aridel cria à son tour en Sûsenbi.

– Tenez la ligne ! Ils ne peuvent rien contre nous si nous agissons comme un seul homme !

Le prince d’Omirelhen rabattit sa visière et plaça son bouclier devant, prêt à absorber le choc des assaillants…

Qui ne vint jamais. Aridel sentit soudainement l’air siffler autour de lui et vit le Sorcami le plus proche de lui tomber, le visage et le torse criblés de flèches.

L’ex-mercenaire entendit soudainement un nouveau cri de guerre, apparemment en Sorûeni, retentir derrière lui. Surgis de nulle part, des guerriers vêtus de tuniques couleur sable se jetèrent sur les Sorcami qui avaient échappé au déluge de flèches. Leurs vêtements, qui leur couvraient intégralement le corps, la tête et le visage, les cachaient si bien qu’ils semblaient presque invisibles.

Aridel, impressionné par la bravoure de ces inconnus qui venaient à leur secours, décida qu’l ne pouvait les laisser se battre seuls. Poussant un cri de rage, il se mit lui aussi à courir pour rejoindre le combat. Les Sûsenbi, également inspirés par les étrangers, se mirent à la suivre, et tous foncèrent vers les hommes-sauriens.

Aridel évita un coup de lance porté avec une force phénoménale, et, se baissant, transperça de sa lame le flanc de son adversaire, faisant jaillir un flot de sang qui vint humidifier le sable chaud. Le Sorcami mortellement blessé s’écroula ainsi dans la mare que formait son propre sang. Le prince d’Omirelhen para alors de son bouclier le coup que tenta de lui porter un autre homme-saurien et lui trancha la gorge de la pointe de son épée. Oubliant tout le reste, le prince d’Omirelhen continua ainsi à se battre pendant de longues minutes, se frayant un chemin et terrassant ses adversaires, jusqu’à ce qu’il n’aie plus devant lui que le sable jonché de cadavres.

Il sentit alors une vague d’euphorie le gagner. Contre toute attente, les Sorcami avaient été vaincus. Le prince d’Omirelhen leva son épée au ciel et cria :

Sami nite ! (Victoire aux hommes)

A sa grande surprise, tous les guerriers autour de lui, Sûsenbi ou inconnus, l’imitèrent et reprirent ce cri en frappant leurs boucliers. L’un des inconnus s’approcha alors d’Aridel, et lui parla en Dûeni.

– La paix soit sur toi, grand guerrier, dit il en s’inclinant, les mains croisées sur sa poitrine. Tu t’es battu avec honneur aujourd’hui et mérite mon respect et celui de mes hommes. Je suis Chînir, du clan des Saüsham, et je te souhaite la bienvenue sur mes terres.