Roche (5)

Roche (5)

Les yeux de Lanea mirent un long moment à s’habituer à l’obscurité qui régnait à l’intérieur de la montagne. La bienfaisante chaleur qui l’envahissait doucement était cependant si agréable qu’elle supportait avec plaisir ce petit inconfort visuel. Le froid constant qui l’avait fait souffrir durant les jours précédents avait presque totalement disparu. La jeune femme se retourna pour voir la lumière extérieure et constata avec surprise que le Portail des Anciens s’était refermé, ne laissant apparaitre qu’un matériau uniforme qui recouvrait tout les murs autours d’elle.

L’obscurité n’était pas totale, heureusement. De petites lampes rouges accrochées à intervalles réguliers sur le mur émettaient un faible lumière. Le couloir dans lequel se trouvaient les trois compagnons était ainsi parfaitement tracé, s’enfonçant au cœur de la montagne, si profondément qu’on n’en voyait pas le bout. C’était sans l’ombre d’un doute l’entrée du complexe des Anciens qu’ils recherchaient. Il était cependant abandonné depuis si longtemps que tout les systèmes d’éclairage étaient passés en hibernation afin d’économiser l’énergie.

Lanea, fouillant dans ses vêtements, prit la lampe qui ne la quittait jamais et l’alluma. La lumière blanche vint frapper les murs, les éclairant violemment. Ignorant le regard ébahi de Djashim, la jeune femme s’approcha des murs et se mit à la parcourir du regard, à la recherche de quelque signe ou inscription qui les aiderait à savoir exactement où ils se trouvaient. Domiel, qui ne l’avait pas attendue, faisait de même, palpant les parois à la recherche de quelque invisible indication. Son regard, même s’il présentait toujours en partie l’aspect fiévreux des jours précédent, semblait plus lucide. Le mage redevenait progressivement lui-même. Lanea ignorait toujours ce qui s’était réellement produit lorsqu’il avait franchi le cercle de pierre. Elle soupçonnait qu’il avait été victime d’une antique manipulation mentale destinée à fournir la position de ce portail. Ce n’était cependant qu’une supposition, et la jeune femme ne saurait probablement jamais la vérité sur ce qui s’était passé. Tout ce qu’elle espérait, c’était que Domiel redevienne rapidement l’homme qu’elle aimait maintenant qu’il était parvenu à ses fins.

– Tu cherches quelque chose en particulier, Domi ? lui demanda-t’elle

– Le plan, bien sûr ! dit-il d’un ton irrité. Il tourna cependant le regard vers la jeune femme, et un sourire fendit son visage, le premier depuis plusieurs semaines. Désolé Lanea, s’excusa-t’il. Je n’ai pas été de très bonne compagnie ces dernières temps, et j’ai un peu l’impression de sortir d’un rêve pour revenir à la réalité. Il soupira. Je crois que le mieux à faire pour moi est de me concentrer sur ce qui nous attend. Pour répondre plus précisément à ta question, je suis certain que les Anciens, tout comme nous, plaçaient, pour raison de sécurité, des plans d’évacuation à l’entrée de leurs installations. Si nous arrivons à en trouver un, nous pourrons savoir exactement où nous sommes et surtout où aller. Je …

Le mage fut interrompu par un cri de Djashim :

– Regardez !

Domiel se précipita vers le jeune garçon. Il se tenait devant un cadre de métal légèrement rouillé accroché au mur. A l’intérieur du cadre se trouvait une grande plaque noire faite d’un matériau qui ressemblait à du verre extrêmement bien poli.

– Un écran ! réalisa Lanea

– Oui, un écran, répondit Domiel. J’aurais dû me douter que les Anciens n’utiliseraient pas le papier pour afficher un plan s’ils avaient un moyen de le mettre à jour à distance.

– Mais du coup, il ne nous est d’aucune utilité, s’attrista la jeune femme. Nous ne pourrons rien tirer de cet appareil.

Domiel eut un sourire amusé.

– Ne sois pas défaitiste, Lanea. Je n’ai pas dit mon dernier mot. Éclaire moi, s’il te plait.

Lanea projeta le faisceau de sa lampe en direction de son compagnon. Le mage, sans attendre, avait lui aussi sorti sa lampe, mais, au lieu de l’allumer, il entreprit de la démonter. Lanea, surprise, allait lui demander ce qu’il faisait, mais elle se ravisa lorsqu’elle compris l’idée de son compagnon. Il allait utiliser la batterie du petit appareil pour tenter d’alimenter l’écran. La jeune femme s’approcha donc de Domiel pour lui donner plus de lumière afin d’effectuer ce travail délicat.

D’un geste sûr, Domiel avait déja retiré de la lampe le petit objet cylindrique qui en était la source d’énergie. Il s’approcha alors de l’écran et se mit à en palper les bords, cherchant un endroit où connecter la batterie. Au bout d’un moment, il passa la main derrière l’écran et en sortit deux fils d’un geste triomphant. Il prit alors son couteau et les dénuda, puis les plaça aux deux extrémités de la batterie.

Lanea vit un petit arc électrique apparaître près de l’un des fils, et l’écran se mit à projeter une faible lueur. Une série de caractères runiques se mirent à défiler sur ce dernier, puis l’image se stabilisa.

On y voyait un schéma, très clairement un plan de coupe d’une partie de la montagne, probablement la portion où les trois compagnons se trouvaient. Sur ce plan étaient indiqués toute une série de pièces et de couloirs. A droite de l’écran, Lanea reconnut le symbole qu’elle avait vu sur le portail. Un long couloir partait de ce point pour rejoindre une salle aux proportions gigantesques. Lanea s’empara d’un carnet pour noter ce qu’elle voyait, mais il était déjà trop tard : l’écran ayant rapidement épuisé l’énergie stockée dans la petite batterie s’était éteint. Lanea poussa un cri de frustration.

– Non !

Domiel se releva.

– Ne t’inquiète pas, Lanea, dit-il. Nous trouverons sûrement d’autres indications en avançant. Nous savons déjà que ce couloir ne bifurque pas avant très longtemps, nous pouvons le suivre pour le moment et nous aviserons après.

Le ton confiant du mage rassura la jeune femme. Elle se sentit gagnée par une certaine excitation. Elle réalisait soudainement qu’elle se trouvait au beau milieu d’une des plus antiques construction des Anciens, un endroit dans lequel aucun mage n’avait mis les pieds depuis peut-être des centaines d’années. Et si tout allait bien elle découvrirait bientôt ce qui avait permis à ses ancêtres de coloniser le monde. Lanea commençait à comprendre la fièvre qui s’était emparée de Domiel. Imaginer toute cette histoire était proprement vertigineux. Il fallut la voix de Djashim pour la sortir de sa rêverie.

– Vous pensez qu’Oeklos est venu ici ? demanda le jeune garçon.

Bien sûr ! Ils n’étaient pas là en simple curieux. Ils avaient une mission à accomplir. Il fallait comprendre ce qu’était cet endroit et savoir si Oeklos pouvait s’en servir pour nuire à Dafashûn.

– Je l’ignore encore Djashim, répondit Domiel à la question de leur jeune compagnon. Mais j’ai dans l’idée que nous n’allons pas tarder à le découvrir. Allons, en avant !

Et sans plus attendre, le mage s’engouffra dans le long couloir qui s’étendait devant eux.