Rêves

Rêves

Ce petit texte constitue à la fois l’épilogue des Mémoires d’Erûsarden et le prologue des Gardiens d’Erûsarden… Bonne lecture et bonnes fêtes.

Son esprit s’éveilla lentement, encore perdu dans les brumes des souvenirs qu’il venait de revivre. Il avait l’impression de fonctionner au ralenti, comme si le temps s’était étiré sous l’effet d’une singularité. Cette sensation mit un moment à se dissiper alors qu’il prenait conscience de l’instant présent. Il fut alors saisi par une vision qui, malgré toutes ces années, n’avait rien perdu de sa beauté.

Au dessous de lui s’étendait majestueusement un globe bleu marbré de vert et blanc. Les rayons du soleil apparaissant à l’horizon faisaient flamboyer son atmosphère d’un éclat rougeoyant. Erûsarden, le monde qu’il s’était juré de protéger. Sa vision était un spectacle envoutant. Le pôle nord était parcouru d’une lumière bleu-vert : une aurore boréale, causée par la rencontre des vents solaires avec l’atmosphère de la planète. Plus au sud, on distinguait les formes brun-vert des îles d’Oritebal et de Ginûbal, et plus bas encore, les trois continents d’Erûsarden : Erûsard, Lanerbal et Sorcasard, là où l’histoire de son peuple avait commencé, plus de quatre mille ans auparavant.

NASA

C’était sur ces terres que s’étaient déroulés tous les évènements qu’il venait de revivre. Il était encore imprégné des émotions de ces hommes et femmes qui avaient parcouru Erûsarden, sans connaître le sort qui leur était réservé. Tant d’espoir, souvent déçu, tant de souffrances, et pourquoi ? Il était difficile de justifier toutes ces morts si réelles par une vision abstraite de l’avenir, surtout après avoir partagé les souvenirs de ceux qui les avaient vécues…

C’était pourtant ce qu’il devait continuer à faire. C’était sa mission, et il savait que le plus dur restait à venir. La renaissance était proche, et comme toute création, elle se déroulerait dans la douleur.

Un mouvement attira son attention. C’était un des satellites du Grand Ver qui venait de se repositionner, indépendamment de sa volonté. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : Oeklos, tel qu’il se faisait appeler à présent, en avait enfin pris le contrôle. Tout se déroulait donc comme prévu : tous les événements, débutés quinze cents ans auparavant, abordaient la dernière phase de la spirale de convergence.

Le satellite, concentrant la lumière du soleil, se mit à luire faiblement, puis de plus en plus fort, se transformant petit à petit en l’un des objets les plus brillant du ciel, éclipsant même l’éclat de la Lune.

Tout d’un coup un rayon jaillit du satellite, se dirigeant vers le coeur du continent de Sorcasard, plongé dans l’obscurité.

La Guerre avait commencé…