Retour (7)

Retour (7)

Shari fut réveillée par un grattement à sa porte. Le jour venait de se lever, et les rayons rouges du soleil matinal peinaient à éclairer la chambre de la jeune femme.

– Qu’y a-t’il ? demanda t’elle d’une voix marquée par le sommeil.

– Pardonnez-moi de vous réveiller, excellence, dit une voix, probablement le valet qui avait été assigné à l’ambassadrice, mais sa majesté le roi vous demande, ainsi que le prince Berin, de toute urgence.

Instantanément, Shari se leva. Le roi Leotel allait les recevoir ? Après trois jours d’attente, peut-être allaient-ils enfin en savoir plus sur le mal qui le rongeait ? Delia, la soeur d’Aridel, était restée très évasive à ce sujet, et même Redam Nidon ne parlait que très peu de l’état de santé du souverain. Shari avait d’ailleurs été surprise du climat de défiance qui régnait au palais. Cela contrastait étrangement avec ses précédents séjours à Niûrelhin. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de penser qu’il s’était passé quelque chose de grave pendant leur absence, et elle souhaitait absolument découvrir quoi.

Shari s’habilla en toute hâte avant de rejoindre le serviteur qui l’attendait derrière la porte de sa chambre. Ce dernier la conduisit alors vers les appartements du roi, où l’attendaient déjà Aridel et Daethos. Si l’expression du Sorcami était, comme à son habitude, indéchiffrable, le regard interrogateur d’Aridel indiqua à Shari que la raison de cette convocation était pour lui aussi un mystère. La jeune femme n’eut même pas le temps de saluer ses compagnons de voyage, car déjà ils étaient invités à entrer dans la chambre royale.

Shari eut peine à reconnaitre le roi Leotel. Son visage était émacié, et son teint grisâtre indiquait qu’il n’avait pas vu la lumière du jour depuis longtemps. Le souverain d’Omirelhen était alité, et semblait bouger avec une extrême difficulté. Il n’était plus que l’ombre de lui-même, songea Shari. Seuls ses yeux, toujours empreints de sagesse, rappelaient l’homme majestueux qu’elle avait rencontré pour la première fois un an auparavant.

Delia était assise au coté de son père, le regard soucieux. Maître Nidon se trouvait quant à lui de l’autre coté du lit, examinant son souverain avec attention. Aridel, Daethos et Shari s’inclinèrent respectueusement.

– Ber… Aridel, dit le roi d’une voix éraillée, et vous, excellence, je suis très heureux vous revoir ! Je salue aussi votre nouveau compagnon, Daethos du clan d’Inokos. Delia m’a conté vos exploits. Je suis fier de ce que vous avez accompli pour Omirelhen.

Le ton du roi se voulait enjoué mais sa voix faisait peine à entendre. Malgré tout, il semblait parfaitement lucide, et capable de donner des ordres.

– Merci, majesté, dit Shari, devançant Aridel. Nous sommes également ravis d’être de retour, mais attristés de constater votre état.

Le roi eut un petit rire faible.

– Je ne suis en effet pas au sommet de ma forme, mais maître Nidon m’assure que j’irai mieux bientôt. Ne vous en faites donc pas pour moi, il s’agit juste d’un peu de fatigue. J’espère que vous me pardonnerez cependant d’aller droit au but, je vais avoir besoin de vous.

– Nous sommes a votre service, père, répondit Aridel, plus rapide que Shari cette fois.

– Merci, mon fils. Je regrette que nous n’ayons pu passer plus de temps ensemble. Je reconnais enfin en toi un véritable prince d’Omirelhen, et en tant que tel, je vais hélas devoir te mettre de nouveau à l’épreuve.

Le roi toussa avant de reprendre.

Vous avez appris, bien sûr, que notre ennemi, le baron Oeklos, s’était rendu maître des royaumes des Nains, au nord, et de Setirelhen, à l’ouest, faisant de son territoire un véritable empire. Il est a présent le souverain incontesté de plus de deux tiers du continent, et la seule force qui s’oppose à lui est l’alliance que nous avons conclu avec Niûsanif.

Leotel marqua une pause, reprenant son souffle.

Nous devons cependant nous montrer réalistes. A plus ou moins long terme, cette alliance ne fera pas le poids face aux forces d’Oeklos. Nous devons donc chercher de l’aide supplémentaire ailleurs si nous voulons survivre. Le royaume des mages restant sourd à nos appels à l’aide, il ne nous reste plus qu’une option…

Shari comprit tout de suite où le roi voulait en venir. Comment n’y avait-elle pas pensé elle même ?

– Sûsenbal, dit-elle, presque involontairement.

– Et oui, excellence, Sûsenbal. Votre patrie est depuis longtemps le partenaire commercial d’Omirelhen. Mais à présent c’est de sa marine de guerre que nous avons besoin. Pensez-vous pouvoir convaincre votre père, l’empereur, de nous venir en aide ?

Shari resta silencieuse. Retourner à Sûsenbal ? N’était-ce pas quelque part l’aveu d’un échec ? La jeune femme ne savait trop quoi en penser. Mais comment refuser la demande d’un roi, malade de surcroît ?

Comme en réponse aux pensées de Shari, le souverain d’Omirelhen eut un léger sourire.

– Je perçois votre hésitation excellence, et je sais que ce ne sera pas une tâche aisée. Je compte donc bien envoyer avec vous mon fils Aridel, qui sera là pour montrer à l’empereur la gravité de la situation. A vous deux, je sais que vous êtes capable d’accomplir des miracles, comme vous l’avez fait à Niûsanif.

La surprise qu’afficha le visage d’Aridel était presque comique. Ce sentiment s’effaça cependant bien vite car le roi se mit à tousser violemment.

– Sa majesté doit se reposer, à présent, indiqua alors maître Nidon. Je vous demanderai donc de vous retirer, s’il vous plait.

Shari et ses compagnons n’avaient plus qu’à obéir. Le roi leur fit un petit signe alors qu’ils quittaient sa chambre. Shari regarda une dernière fois le vieil homme malade d’un air triste. Elle n’aimait pas partir en le laissant dans un tel état après cette trop brève visite, mais elle n’avait pas le choix. Il lui fallait commencer les préparatifs pour partir vers Sûsenbal. Le roi d’Omirelhen avait parlé, et il n’y avait pas à discuter ses ordres. Aridel et Daethos le savaient également, et leur devoir était a présent de rejoindre l’archipel au plus vite.