Résistance (6)

Résistance (6)

Shari était en train d’aider des hommes à transporter un blessé lorsqu’elle vit l’amiral Omasen arriver. L’homme était couvert de sang et avait une expression d’une tristesse infinie. Immédiatement, la jeune femme sut qu’il s’était passé quelque chose. Son coeur s’emballait déjà lorsqu’elle demanda :

– Qu’y a-t’il, amiral ?

– Excellence, le prince Sûnir est grièvement blessé. Il vous demande… Je pense que vous devriez venir de toute urgence.

Les yeux de Shari s’emplirent de larmes. Elle réussit cependant, par un effort surhumain, à ne pas fondre en sanglots.

– Guidez-moi, amiral, dit elle simplement d’une voix tremblotante.

Omasen et Shari durent presque courir à travers les rues de Thûliaer. Des combats sporadiques éclataient ça et là, mais la brigade Sorcami avait été pratiquement anéantie. Il ne restait de la bataille que les corps des soldats morts ou gémissants. Shari était cependant indifférente à tout ceci car son esprit était entièrement focalisé sur Sûnir… Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallu qu’il se batte ? Qui l’avait blessé ? Pouvait-il être sauvé ? La jeune femme n’osait poser à l’amiral toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête. Elle se doutait qu’il ne saurait de toute manière pas y répondre.

Ils arrivèrent enfin près d’un bâtiment qui ressemblait à une forteresse, tout au bord de l’eau. Le nombre de cadavres était impressionnant. Mais tout ce qui comptait pour Shari était l’homme en armure allongé non loin du mur du bâtiment. Shari courut vers lui.

Deux hommes se trouvaient aux cotés de Sûnir. L’un deux était un homme aux cheveux et la barbe blanche qui, bien que jeune, semblait s’occuper de la blessure de Sûnir avec des mains expertes. L’autre était un homme en uniforme de lieutenant de Setirelhen couvert de sang. Il semblait épuisé par le combat, et son regard était d’une infinie tristesse. Il avait des cheveux noirs, mais son visage rappelait étrangement à Shari celui de Sûnir.

Sûnir qui… Shari n’osait affronter la terrible réalité. Elle se mit à genoux prêt de l’homme aux cheveux blancs et se pencha vers son amant.

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– Sûnir… commença t’elle.

Le prince ouvrit les yeux.

– Ah Shari… dit-il d’une voix faible. Je suis… content. J’aurais pu te voir… avant de partir.

Sûnir se tourna vers le lieutenant Setirelin.

– Il faudra que tu… prennes soin d’elle… pour moi, Berin… Elle… t’aidera… avec père… pardonne-lui…

Les propos du prince devenaient incohérents. Il se tourna une dernière fois vers Shari.

– Je… t’aime, dit-il.

Les yeux du prince se révulsèrent alors et il poussa un dernier soupir.

« C’est fini… » dit l’homme aux cheveux blancs.

Shari ne put se retenir cette fois ci. Elle éclata en sanglots, ses larmes tombant doucement sur le corps de Sûnir.

Le lieutenant Setirelin, dans un élan de sympathie, se dirigea alors vers elle et la prit dans ses bras. Pendant plusieurs minutes, Shari resta là, pleurant sur l’uniforme du soldat.

Au bout d’un moment, la jeune femme leva le regard, et vit que le visage du lieutenant était lui aussi mouillé de larmes. Se rappelant les dernières paroles de Sûnir, elle demanda.

– Qui êtes-vous, vous que Sûnir semblait tenir en si haute estime ?

Le jeune homme prit une longue inspiration avant de répondre, comme s’il hésitait.

– Bien que l’on me connaisse ici sous le nom d’Aridel, je me nomme en réalité Berin, fils de Leotel. Je suis le frère cadet de Sûnir et à présent, je le crains, héritier du trône d’Omirelhen…