Résistance (5)

Résistance (5)

Les cors retentirent dans toute la ville. Ils avaient un son clair et pur, un son qu’Aridel avait appris à reconnaitre dans son enfance.

« Ca y est, dit-il à ses hommes. Les troupes d’Omirelhen sont à nos portes. Un dernier effort, et nous serons hors de danger. »

Les Setirelins étaient épuisés. Il n’y en avait pas un seul qui ne portait les stigmates du combat, et même Aridel avait sur le visage et les bras de nombreuses balafres. Le lieutenant faisait cependant fi de toute douleur car il savait que son travail n’était pas terminé.

La capitainerie avait tenu. Les Sorcami s’y étaient brisés sans pouvoir y pénétrer. La cour intérieure avait été le théâtre de sanglants combats. Les hommes qui gardaient la porte défoncée avaient fait preuve d’un courage héroïque, et nombre d’entre eux gisaient là, témoins de la détermination de Setirelhen. Beaucoup, grièvement blessés, se trouvaient maintenant dans l’infirmerie, où Domiel tentait de sauver le plus grand nombre.

Mais les survivants n’avaient pas le temps de se reposer : déjà les Sorcami se préparaient à un nouvel assaut. Le capitaine Omanir, qui avait rejoint ses hommes dans la cour cria :

« Pour Setirelhen ! »

Aridel leva, pour la énième fois, son épée, et courut à la suite de son capitaine qui rejoignait la porte. Les Sorcami étaient déjà pratiquement sur lui, leurs lances mortelles pointées vers leurs ennemi. Aridel esquiva d’un mouvement de hanches le premier Sorcami, et, profitant du déséquilibre de son adversaire, lui fracassa le crâne avec son épée. Il se tourna ensuite vers un autre homme saurien dont il coupa la lance en deux. D’un geste sûr, il enfonça alors sa lame dans le torse de son adversaire. La bouche reptilienne du monstre se remplit de sang et il s’écroula.

Le lieutenant entendit soudain un cri qui lui glaça le sang. Il se retourna et vit le capitaine Omanir, une lance fichée entre les omoplates. L’officier s’écroula, tandis qu’Aridel tranchait d’un coup la gorge de son assaillant.

Le lieutenant se précipita vers son supérieur. Il tenta de le relever mais l’homme était déjà mort. Aridel comprit alors que cela faisait de lui le responsable de la défense de la capitainerie. Il ne devait pas flancher. Il continua à se battre, exhortant ses hommes à en faire de même.

***

L’attaque avait été repoussée, mais à quel prix… Le capitaine était mort, et il ne restait en tout et pour tout qu’une centaine d’hommes en état de se battre dans la capitainerie. Les forces de Setirelhen ne seraient pas capable de résister à un nouvel assaut et…

Le son d’un cor retentit, cette fois beaucoup plus près que tout ce qu’Aridel avait entendu jusqu’alors. A son grand soulagement, il vit apparaître la bannière de la sirène portée par un homme à l’armure dorée couverte de sang. Derrière l’homme, qui agitait d’une main la bannière et de l’autre son épée, venait tout un peloton de soldats à l’uniforme rouge typique d’Omirelhen. Les Omirelins se dirigeaient tout droit vers les Sorcami postés près de la capitainerie.

Aridel fit se lever ses derniers hommes valides et ordonna un assaut sur les Sorcami. Il fallait les prendre en étau en une attaque combinée.

Les Setirelins se levèrent et coururent derrière leur lieutenant. Devant eux, l’avant garde d’Omirelhen avait déjà engagé les Sorcami en une horrible mêlée. Les hommes-sauriens semblaient en fâcheuse posture, et l’arrivée sur leur arrière des hommes d’Aridel eut clairement l’effet attendu.

Aridel, tout en se battant, observait l’homme à l’armure dorée qui se battait comme un diable. Il connaissait cette silhouette… Mais oui, c’était forcément lui. Seul lui aurait eut la témérité de…

Aridel s’arrêta net. Venue d’on ne sait où,une lance s’était fichée dans la poitrine de l’homme que le lieutenant dévisageait. Il s’écroula sur le sol sans un son.

Aridel cria : « Sûnir ! ».

Et, dans un accès de rage meurtrière, il se mit a massacrer tous les Sorcami qui se trouvaient entre lui et le prince Sûnir, jusqu’à arriver aux cotés de l’homme blessé. Il le prit alors dans ses bras, se rendant à peine compte que des larmes perlaient sur ses joues.

– Sûnir, c’est bien toi… dit Aridel. Qu’on aille chercher Domiel ! cria-t’il à ses hommes, oublieux de la bataille qui se terminait, les derniers Sorcami abattus.

Le visage du prince d’Omirelhen était gris et un filet de sang coulait de sa bouche. Il eut cependant un petit sourire quand il vit Aridel.

– Ber… Berin… Je savais que… tu ne… pouvais pas être mort.

– Ne parle pas, nous allons te soigner, nous…

Quelqu’un poussa Aridel. Il s’apprêtait à le tuer quand il vit qu’il s’agissait de Domiel, qui déjà s’occupait du prince blessé…