Résistance (3)

Résistance (3)

La bataille avait pourtant si bien commencé ! Au début, le plan d’Aridel avait marché à la perfection : Oeklos n’avait clairement pas fait usage de son arme, et les Raksûlaks n’arrivaient pas à approcher des bâtiments défendus par les archers de Setirelhen. Les Sorcami avaient subi de lourdes pertes sur la grand place, et leurs cadavres jonchaient encore le sol.

Les Sorcami étaient cependant des experts du combat, et même le décès de leur chef n’avait pas altéré leur détermination. Les hommes-sauriens étaient de plus très nombreux, et malgré les pertes que leur infligeaient les archers, ils avaient réussi à progresser dans les rues de la ville.

Le capitaine Omanir, hésitait à envoyer ses hommes se battre contre les hommes-sauriens. Il savait, tout comme Aridel que les volontaires Setirelins se feraient écharper par les puissants guerriers à la peau écailleuse. Il dut cependant s’y résoudre lorsque les Sorcami mirent le feu à certains des bâtiments où étaient installés les archers, afin de les forcer à sortir.

C’était Aridel qui avait mené le premier assaut, et il avait alors compris avec admiration de quelle trempe étaient faits les hommes de Setirelhen. Malgré leur terreur, les volontaires, dont certains n’avaient jamais combattu de leur vie, s’étaient jetés dans le bataille comme un seul homme, brisant d’un coup l’avance Sorcami.

Les combats avaient été d’une férocité incomparable. Les hommes se battaient comme des diables, mais leurs adversaires leurs rendaient coup pour coup. Et les rues de la ville étaient à présent teintées de rouge. Il était étrange de voir que dans la mort, Sorcami et humains étaient identiques, leur sang se mêlant comme s’ils étaient frères.

Aridel, avait fini par faire sonner la retraite. Le jeune lieutenant avait survécu plus par chance que par réelle habileté, et rendait grâce à Erû pour sa miséricorde. Plus des trois quarts de son peloton étaient soit morts soit mourants, et les survivants affichaient tous des blessures ou coupures plus ou moins graves.

Le jeune lieutenant, une fois arrivé à la capitainerie, alla faire son rapport au capitaine Omanir. La situation n’était pas brillante.

« Nous perdons la ville secteur par secteur, Aridel. Votre plan nous a permis de retarder l’ennemi, mais les Sorcami sont tout simplement trop nombreux. Tous les pelotons se sont repliés dans le quartier de la capitainerie et du port. Il va falloir se rendre à l’évidence : nous avons perdu… »

Aridel pensa à Domiel. Le mage guérisseur était en bas, à soigner les innombrables blessés qui affluaient de tous les coins de la ville. Ils avaient donc survécu à la bataille de l’Ikrin pour venir mourir à Thûliaer. C’était si absurde… Si seulement…

Un cri retentit :

« Voile à l’horizon ! »

Immédiatement le capitaine Omanir et son subordonné se précipitèrent dans la tour de la capitainerie. Les Sorcami avaient-ils donc décidé de les attaquer aussi par la mer ? Aridel prit une longue vue, posée sur la table se trouvant près de lui. La mer était remplie de navires. Il y en avait au moins une trentaine. C’était clairement des vaisseaux de guerre dont la forme menaçante se rapprochait insensiblement de Thûliaer. Mais, alors que tout espoir quittait Aridel, il distingua le pavillon du plus proche des bâtiments. Il représentait une sirène…

Une sirène !

– C’est Omirelhen ! s’exclama Aridel. Omirelhen est venu !

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Et d’un seul coup, Aridel sentit ses forces revenir. Tout n’était pas perdu. Ils devaient tenir encore un peu. Si les Omirelins arrivaient à débarquer, les Sorcami seraient pris en étau entre la défense de Thûliaer et l’armée d’Omirelhen.

Le capitaine Omanir, qui venait de regarder dans la longue vue, avait bien sûr lui aussi vu cette opportunité.

– C’est bien la flotte d’Omirelhen. Lieutenant, faites passer le mot : nous devons tenir jusqu’à leur arrivée.

Le sourire du capitaine en disait long sur son état d’esprit. Immédiatement, Aridel dévala les marches de la tour. Arrivé dans la cour intérieure, il cria :

« Tous les hommes valides avec moi ! Nous devons défendre ce bâtiment coûte que coûte. La flotte d’Omirelhen arrive ! Si nous tenons jusqu’à leur arrivée, la victoire est à nous ! Courage ! »

De nombreux hommes se levèrent, et même certains blessés répondirent à l’appel d’Aridel. Tous se précipitèrent vers la porte et les meurtrières de la capitainerie, l’arc où la lance à la main. L’espoir se lisait sur tous les visages. Peut-être survivraient-ils à cette épreuve…