Requins (4)

Djashim attendait, debout sur les marches de l’escalier d’honneur du Capitole. Depuis qu’il avait, par son intervention, permis à Shari et ses compagnons de sauver la vie du magister, la vie du jeune garçon avait changé du tout au tout. Parfois, lorsqu’il se regardait dans le miroir de sa chambre, il ne se reconnaissait plus. Oublié, le garnement des rues qui faisait les poches des passants. A présent Djashim était toujours richement vêtu, et la petite épée qui pendait à sa ceinture le faisait ressembler à l’héritier d’une famille noble. Le jeune garçon logeait dans l’ambassade de Sûsenbal, et il faisait l’objet d’un respect auquel il n’avait jamais été habitué. Shari avait insisté pour qu’il apprenne à lire et à écrire, et ses leçons avaient débuté deux jours après son arrivée.

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L’ambassadrice de Sûsenbal avait été souvent là, au début, à encourager les progrès de son petit protégé, mais au fur et à mesure que le temps passait, ses affaires l’obligeaient a rester longtemps au Capitole, et l’ambassade semblait bien vide sans elle. Ainsi s’était écoulé près d’un mois, pendant lequel Djashim avait non seulement appris à lire et à écrire, mais aussi le maniement de l’épée et l’histoire de Niûsanif. Il ne voyait à présent Shari que ponctuellement, et c’est pourquoi il avait été surpris lorsqu’il avait reçu de la jeune femme une invitation à se rendre au Capitole. Il se demandait à présent ce que l’on pouvait bien attendre de lui.

Un homme âgé s’approcha de Djashim, et après un bref salut de la tête, dit :

« Vous devez être Djashim. Veuillez me suivre, le magister vous attend. »

Le jeune garçon se leva, son interrogation muette s’éteignant sur ses lèvres. Le magister voulait le voir ? Lui ? Que pouvait-il donc lui vouloir ? Autant de questions qui se bousculaient dans la tête de Djashim alors qu’il emboitait le pas au vieil homme. Ce dernier le conduisit jusqu’à un bureau gigantesque où l’attendaient cinq personnes.

Assis derrière le bureau se trouvait bien sûr le magister Nidjîli, maître de Niûsanif, qui observait Djashim d’un air solennel. Autour de lui, Shari et ses trois compagnons étaient là. Djashim commençait à bien les connaître. Daethos, l’imposant et silencieux Sorcami, Domiel, venu du lointain Royaume des Mages, Dafashûn, et Aridel, le prince d’Omirelhen. Le jeune garçon s’inclina respectueusement, comme il l’avait appris.

A sa grande surprise, le magister Nidjîli se leva et s’approcha. Il prit alors Djashim par les épaules, le faisant se relever.

– Nul besoin de toute cette cérémonie, jeune Djashim. Je n’ai pas oublié ce que tu as fait pour moi et à quel point je te suis redevable. Nous avons tous été très occupés ces derniers temps mais je tiens à te récompenser comme il se doit. L’ambassadrice Shasri’a et moi-même avons une proposition à te faire.

Le jeune garçon était encore sous l’effet de la surprise, et mit un certain temps à digérer les paroles du maître de Niûsanin. Il finit par bredouiller.

– Je… je remercie votre honneur. Je suis à votre service.

– Tu n’as peut-être pas suivi les derniers événements, reprit alors le magister, mais sache que Niûsanif est à présent en guerre contre le baron Oeklos. Pour cela nous avons formé une alliance avec Omirelhen et nous nous apprêtons à lancer notre première offensive. Nous avons rassemblé une armada qui aura pour objectif la destruction de la flotte d’Oeklos sur la côte est de Sorcasard, tandis que la flotte d’Omirelhen s’occupera de la côte Est.

Djashim écoutait sans dire un mot, curieux de voir où le magister voulait en venir.

Notre flotte est puissante, poursuivit Nidjîli, mais manque d’officiers. Nous avons besoin d’hommes loyaux et intelligents pour mener ce combat à bien. Je me suis laissé dire que tu remplissais parfaitement ces critères, et l’ambassadrice de Sûsenbal est d’accord avec moi. Je te propose donc un poste d’aspirant à bord du Tigre Blanc, notre navire amiral. Je suis certain que d’ici un ou deux ans nous pourrons faire de toi un grand capitaine. Qu’en penses-tu ?

Le jeune garçon était sans voix. C’était le plus beau cadeau qu’on lui aie jamais fait. Il allait devenir officier de la marine de Niûsanif. C’était incroyable !

– J’accepte avec grand plaisir votre honneur ! Je ne vous décevrai pas.

Le magister eut un sourire.

– Je n’en attendais pas moins de ta part. J’admire cette esprit d’aventure et de mépris du danger. Si tous nos hommes sont comme toi, Oeklos n’a qu’à bien se tenir… Bienvenue dans la flotte d’Omirelhen, aspirant Djashim !

Alors même que le magister finissait sa phrase, Shari s’approcha de Djashim et, le prenant dans ses bras, lui planta un baiser sur la joue.

– Bonne chance à toi dit-elle, alors que le jeune garçon devenait tout rouge.

– Le chancelier T’rifays va te conduire à tes nouveaux quartiers. Que ton courage serve d’exemple à tous.

Et alors qu’il quittait la pièce, Djashim ne put s’empêcher de frissonner de plaisir à l’idée de l’aventure qui l’attendait.

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