Rapaces (4)

Rapaces (4)

Shari ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Pourquoi les Omirelins se manifestaient-ils maintenant ? Qu’est ce qui avait pu pousser l’ambassadeur d’Omirelhen à envoyer des hommes en armes au Capitole ? Agissait-il sur de nouvelles instructions du roi Leotel ? Cela semblait peu correspondre au caractère du souverain… Alors qu’elle réfléchissait à ces diverses implications, Shari vit un nouveau groupe d’homme armés s’approcher du magister d’un pas martial. On devinait aisément, à leur plastron orné d’un tigre, symbole de Niûsanif, qu’ils constituaient la garde personnelle du chef du sénat. C’était l’unité d’élite la plus convoitée du pays. La confrontation entre ces hommes et les Omirelins promettait d’être tendue.

Arrivé à près de cinq toises des visiteurs, sur le pont Shidibrûg, le magister s’arrêta et demanda d’une voix forte, en Dûeni.

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– Que se passe-t’il ici ? L’ambassadeur d’Omirelhen aurait il oublié toutes les règles de bienséance ? Quel est votre but, soldats ?

Un des hommes s’approcha alors. Il parut étrange à Shari. Son uniforme était clairement Omirelin, mais sa peau basanée lui donnait plutôt un air de Niusanifais, ou de Sorûeni.

– Nous venons chercher notre prince, détenu illégalement !

L’accent de l’homme n’était clairement pas celui d’un homme habitué à parler le Dûeni, et Shari commença à soupçonner que quelque méfait était à l’œuvre. Elle s’apprêtait à répliquer mais Aridel la devança.

– Je suis le prince Berin, soldat, et je vous informe que je ne suis aucunement prisonnier ici ! Retournez dire cela à l’ambassadeur et cessez ce scandale.

– Nous avons ordre de repartir avec vous, de gré ou de force, répondit alors le soldat, l’air mauvais.

Et sans un mot supplémentaire, il tira son épée, imité par ses hommes.

La confusion qui s’ensuivit resta gravée dans la mémoire de Shari, lui rappelant les noirs moment qu’elle avait vécu sur la mer d’Omea. Les « Omirelins » se jetèrent sur les gardes du magister qui prirent à leur tour les armes pour défendre leur maître. Bientôt, l’air fut empli des bruits métalliques des épées s’qui s’entrechoquaient et des cris des combattants. C’était totalement incompréhensible ! Pourquoi le roi Leotel aurait-il donné de tels ordres alors qu’il avait lui même approuvé le départ de son fils ?

Aridel semblait lui aussi tout aussi stupéfait. Il criait aux Omirelins de cesser ce stupide assaut, mais personne ne semblait l’entendre.

Du coin de l’œil, Shari vit que deux hommes s’approchaient du groupe qu’ils formaient avec le magister. Il s’agissait apparemment de gardes du capitole, venus prêter main forte à leurs compagnons en plein combat. Les derniers s’arrêtèrent cependant près du magister et de Shari et se mirent à les entourer. Une mesure de protection supplémentaire ? se demanda Shari.

– Votre honneur, nous ne devons pas rester ici ! Suivez-nous s’il vous plait, ordonna l’un deux. Il avait un accent étrange, mais Shari n’y prêta guère attention. Ses yeux étaient rivés sur le combat.

A ce moment, la jeune femme distingua une forme beaucoup plus petite se rapprochant de la zone du combat en courant. Son allure lui paraissait familière… Se pouvait-il que ? Mais oui, c’était Djashim ! Que faisait-il là ? Le jeune garçon réussit par miracle à se faufiler entre les combattants et à se rapprocher à portée de voix de Shari. Il cria :

– Attention Shari ! Ce sont des faux gardes ! Ils veulent assassiner le magister !

Le sang de Shari ne fit qu’un tour ! Sans réfléchir, elle vint se placer entre les « gardes » et le magister, alors que ceux-ci se rapprochaient dangereusement de leur cible.

– Reculez-vous, votre honneur, ce ne sont pas des hommes à vous !

Entendant ces mots, l’un des faux gardes dégaina son épée et fonça sur Shari. C’était sans compter sur Daethos, qui, voyant la jeune femme en danger, s’était précipité sur l’homme. D’un puissant coup de point, le Sorcami envoya son adversaire à terre. L’homme tenta de se relever mais il reçut le pied du Sorcami en pleine figure et s’écroula de nouveau, définitivement.

Son compagnon n’avait cependant pas abandonné la partie. Profitant du fait que le Sorcami avait le dos tourné , il tenta de lui asséner un coup d’épée. Sa lame fut cependant détournée par celle d’Aridel qui était venu se positionner entre Daethos et son assaillant.

Aridel était un bien meilleur combattant que le faux garde et le mit rapidement sur la défensive. L’homme tenta de contre-attaquer, mais le prince d’Omirelhen esquiva sans problème et d’un geste fluide enfonça son épée dans la poitrine de l’assassin, laissant apparaître une tâche pourpre.

Au moment même où le faux garde tombait à terre, Shari vit que les Omirelins s’enfuyaient sans demander leur reste. La jeune femme comprit alors la signification de ce qui venait de se produire. Cette tentative d’assassinat avait été très bien menée, de manière à porter les soupçons sur le royaume d’Omirelhen. Sans l’intervention de Djashim, celui qui avait planifié ce coup d’état aurait fait d’un pierre deux coups : éliminer le magister, et réduire à néant tout espoir d’alliance avec Omirelhen…