Quête (4)

Imela leva les yeux vers Omacer, ne pouvant cacher son incrédulité. L’abus d’alcool avait-il définitivement fait perdre la raison au mage ?

– Dalhin ? Soyez sérieux, Omacer ! Dalhin est la cité céleste où se réfugient les âmes après la mort. Le seul moyen d’y accéder, c’est de quitter ce monde. Ce n’est pas cette tablette qui va nous permettre d’y entrer !

Omacer se tourna vers la jeune femme. Son regard semblait parfaitement lucide, et toute trace de l’ivrogne qu’ils avaient traîné jusque là avait disparu.

– J’oublie parfois l’ignorance dans laquelle votre peuple est restée, dit-il d’un ton légèrement condescendant. Les archives de Dafakin sont… (Omacer hésita et son regard s’assombrit) ou plutôt étaient, formelles. Dalhin n’est pas simplement un mythe. C’est une cité qui existe réellement, elle est juste hors de notre portée, cachée à notre regard par le savoir des Anciens. Et cette tablette semble décrire un moyen de l’atteindre, en tout cas c’est ce qui y est indiqué.

– Expliquez-vous, alors, dit Imela, ignorant la remarque acerbe du mage.

– Regardez simplement le premier mot écrit.

Imela et Daethos se penchèrent de nouveau sur la tablette.

– Je lis Pironal, dit Imela. Je ne vois pas bien le rapport avec Dalhin.

– Et pourtant… commença Omacer. Pironal signifie « Oiseau de Feu » et c’est, dans les textes antiques que nous possédions à Dafakin, le nom que les Anciens donnaient à la cité céleste. Ces mêmes documents en parlaient comme de la ville que les premiers hommes auraient quitté pour coloniser le monde. Si je me souviens bien, la cité aurait d’ailleurs eu un autre nom dans une langue encore plus ancienne. Un nom qui a finit par être traduit en Pironal.

– Mais le nom Dalhin n’a rien a voir avec Pironal, protesta Demis. Le second du Fléau des Mers était extrêmement religieux, et il n’aimait visiblement pas le tour que prenait la conversation.

– Non, répondit Omacer, qui semblait captivé par ce qu’il avait sous les yeux, mais ce n’est qu’après la défaite des Anciens face aux Sorcami qu’Erûdrin le prophète est apparu. Le terme de Dalhin, ou Dalfkin, la cité des sages, provient de ses écrits, qu’il a probablement volontairement rendus cryptiques pour éviter les troubles.

Imela, même si elle était plus ouverte que son second sur les questions religieuses, restait perplexe.

– Admettons, Omacer, que vous ayez raison. Si cette tablette est une carte pour Dalhin, que signifie le reste de ce charabia ?

– La première partie du texte est assez simple à comprendre, c’est de l’ancien Dûeni, du Blûnen. Je vous le traduit :

Pironal : Porte d’accès Interne
Réservée au personnel autorisé
Suivez les instructions ci-dessous

C’est assez clair, je pense.

– Oui, dit Imela. J’avais compris que ce texte recelait des instructions, mais je n’ai pas réussi à comprendre ce qu’il y’a en dessous.

– C’est bien là le problème, reprit Omacer. J’ai l’impression que les véritables instructions de la tablette ont été volontairement effacées. Voyez cette marque en plein milieu… Et le texte qu’il y a dessous n’est pas écrit en ancien Dûeni.

– Oui je l’avais deviné également. Connaissez-vous ce langage ?

– Je devine qu’il s’agit de Setini, le langage du Nord, probablement un dialecte parlé par les nains. Laissez moi un peu de temps, je vais tenter de le traduire.

Imela s’écarta afin de laisser Omacer griffonner sur un morceau de papier. Le regard de la jeune femme se porta sur Aridel. Le mercenaire se tenait à l’écart de la conversation, perdu dans ses pensées. Il ne prêtait aucune attention à la tablette. Imela se demandait ce qui pouvait lui torturer l’esprit à ce point. Était-ce la présence des assassins ? L’épisode n’avait pourtant pas l’air de l’avoir beaucoup marqué. Imela doutait fortement que cet homme soit un simple soldat. Plus elle le regardait, plus elle détectait en lui des signes d’appartenance à la noblesse. Il avait beau avoir l’air crasseux, on devinait qu’il cachait un lourd secret derrière son visage triste.

Son regard croisa soudain celui d’Imela. Confuse, la jeune femme détourna la tête. Elle se promit cependant de chercher à en savoir plus au sujet d’Aridel une fois qu’il serait à bord du Fléau des Mers.

– J’ai fini ! La voix d’Omacer vint interrompre les pensées de la jeune capitaine.

Elle se tourna vers lui.

– Dites, ordonna-t’elle.

Le mage se mit à lire :

Moi, Chelkiri, nain de la famille des Echitel, ai trouvé cette tablette. J’ai suivi ses instructions et trouvé la porte de la cité de Dalhin. Étant indigne de sa splendeur, l’entrée m’en a été refusée. Si vous voulez suivre mes pas, cherchez la pierre du rêve dans le continent de l’ouest.

– C’est du grand n’importe quoi ! explosa alors Demis. Le second semblait prêt à frapper Omacer. Maintenant un nain prétend qu’il a vu la cité céleste ? On aura tout entendu. Capitaine, vous ne pouvez pas croire à ces balivernes.

– Du calme, Demis, tempéra Imela. Personnellement je vois une certaine logique à ce texte. Le nain qui a trouvé cette tablette a découvert quelque chose en suivant ses instructions. Dalhin ou non, cela l’a tellement marqué qu’il a voulu le cacher. Cela me parait digne d’intérêt, surtout quand on connait la ferveur religieuse d’une partie de la population naine…

En prononçant ces paroles, la jeune femme sentit un frisson lui parcourir l’échine. Était-il vraiment possible qu’elle ait en main un indice pour trouver la cité céleste ? C’était un trésor plus fabuleux encore que tout ce qu’elle avait pu espérer.

– Cela ne nous aide pas beaucoup, capitaine, la refroidit Demis. Son ton était plus posé. C’est une perte de temps. Quand bien même cette tablette serait authentique, comment trouver une « pierre du rêve » en Sorcasard ? Pour peu que continent de l’ouest signifie bien cela… Et je passe sur le fait que notre traduction provient d’un ivrogne !

– Un peu de respect, protesta Omacer. J’ai été un mage et…

– Si je peux me permettre, interrompit alors Daethos de sa voix sifflante d’homme-saurien.

– Oui ? l’encouragea Imela, curieuse de savoir ce qu’il avait à dire.

– Ce n’est pas la première fois que je rencontre ce terme de « pierre du rêve » .

Tous se tournèrent vers lui.

– Que voulez vous dire ? le pressa Imela.

– Sans entrer dans les détails, je l’ai entendu de la bouche de l’ancien Ûesakia de mon peuple, Itheros.

– Celui qu’Oeklos a évincé du pouvoir avant la guerre ? demanda Imela.

– C’est cela même. Je l’ai rencontré avant mon départ de Sorcasard, répondit Daethos à la question silencieuse d’Imela, mais j’ai peur de ne pouvoir vous en dire plus sur les circonstances exactes de notre entretien. Je peux cependant vous dire qu’Itheros a passé de nombreuses années à étudier les textes anciens des hommes et de mon peuple. Il n’a pas le savoir des mages, mais sa sagesse est grande. Il m’a dit qu’en Sorcamien existait un temple dont le joyau le plus précieux était une pierre du rêve. Je n’en sais hélas pas plus car notre conversation a dérivé sur d’autres sujets par la suite.

Imela, prise d’une soudaine impulsion, serra la main du Sorcami.

– C’est la providence qui vous a mis sur notre chemin. Nous avons donc simplement à trouver votre Ûesakia pour en savoir plus sur la pierre du rêve.

– Capitaine, je … commença Demis.

-Silence, Demis ! Nous n’avons pas d’autre piste pour découvrir les richesses potentielles auxquelles cette tablette pourrait nous conduire. Et je suis prête à prendre le risque de faire confiance à ce Sorcami. Il n’a aucune raison de nous mentir.

Imela cacha à son second qu’elle était guidée par un rêve récurrent ou un étranger lui remettait des clés en lui murmurant : « Voici l’espoir du Monde… ». Cette vision la hantait depuis qu’elle avait trouvé la tablette, et elle était à présent persuadée, sans pouvoir se l’expliquer, qu’elle faisait référence à Daethos.

Daethos, reprit-elle pouvez vous nous conduire à Itheros ? Savez vous où il se trouve ?

La tête du Sorcami se tourna alors vers Aridel, qui était toujours perdu dans ses pensées. N’arrivant pas à accrocher son regard, il finit par dire :

– Aux dernières nouvelles, Itheros se trouve dans le royaume d’Omirelhen, prisonnier de la reine Delia.

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