Protection (3)

Protection (3)

Aridel  vit un visage se pencher sur lui. Il lui fallut un certain temps pour associer un nom à cette tête. Domiel. Le mage guérisseur qui l’accompagnait lors de … Tout lui revint d’un seul coup : l’attaque de Fisimkin, sa capture, sa fuite vers Sortel et la bataille. Qu’était-il donc arrivé ?

– Doucement sergent, dit Domiel. Je n’ai pas envie de refaire vos points de suture.

– Où… sommes-nous ? demanda Aridel, la voix pâteuse.

– Où nous sommes ? Quelque part sur l’Ikrin, en aval de Sortel.

– Sur l’Ikrin ?

Aridel regarda autour de lui, et vit qu’il se trouvait effectivement sur un radeau de fortune, l’eau l’entourant de toute part. Seul Domiel et lui étaient présent sur la petite embarcation.

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– Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda le mercenaire.

Domiel se mit à rire.

– Et bien, j’ai tout simplement suivi vos instructions. Voyant que vous n’étiez plus en état de courir ni même de marcher, je me suis mis à la recherche d’une embarcation capable de nous faire descendre le fleuve. N’en trouvant pas, j’ai fabriqué ce radeau de fortune. Je vous ai transporté dessus, et cela fait plusieurs heures que nous naviguons en suivant le courant.

Aridel réalisa alors ce qu’avait fait le mage.

– Maître Domiel, vous m’avez sauvé la vie. Je suis votre obligé.

– Oh ne vous inquiétez pas, je pense que vous aurez rapidement l’occasion d’éponger cette dette. On peut raisonnablement supposer que la bataille de l’Ikrin est perdue, et que la chute de Sortel n’est qu’une question de jours. Dans ces conditions, l’aide d’un combattant telle que vous me sera très utile pour survivre.

– Je vous remercie néanmoins d’avoir pris soin de moi.

– J’ai pris soin de vos blessures physiques, mais à en juger par le cauchemar que vous venez de faire, vos lésions les plus graves sont clairement celles de l’esprit.

– Tout soldat fait des mauvais rêves. Cela fait partie du métier. Nous avons tous vu et fait des choses que certains jugeraient innommables.

– Cela fait parfois du bien d’en parler. Ne laissez pas vos cauchemars vous ronger de l’intérieur.

Aridel hésita un instant, mais le souvenir de Kiborûn lui était encore trop douloureux.

– Je ne préfère pas, finit-il par dire.

– Très bien, à votre guise. Peut-être un jour serez-vous prêt à m’en parler. Et aussi à m’expliquer ce qu’un noble d’Omirelhen fait en tant que sergent dans l’armée de Sortelhûn.

– Noble d’Omirelhen ? mais je…

– Ne vous fatiguez pas à protester. Votre accent quoique discret vous trahit comme natif d’Omirelhen, et votre façon de parler le Dûeni est bien trop cultivée pour être celle d’un simple mercenaire. J’en déduis que vous avez reçu une éducation digne d’un membre de la noblesse. Mais ne vous inquiétez pas, votre secret est bien gardé avec moi. J’espère juste qu’un jour vous me ferez assez confiance pour le partager en entier.

Aridel était abasourdi. Comment avait-il pu être percé à jour si facilement ? Lui qui avait vécu plus de huit ans sous cette identité, il ne pensait pas que son passé puisse ressurgir de cette manière. Il hésita un instant à se confier au mage, mais se ravisa. Plus tard peut-être. Pour l’instant, il devait se concentrer sur le présent. Il leur fallait absolument atteindre la ville de Telmar, à la frontière de Setirelhen, au plus vite.