Prisons (5)

Prisons (5)

L’hôpital de Trûpidel était situé au nord-est de la ville. C’était là que les autorités portuaires avaient conduit les blessés qui se trouvaient à bord du Dragon de Mer. Djashim, bien que sa blessure fût presque complètement cicatrisée, avait dû les suivre. L’endroit où ils avaient été amenés était sans aucun doute le plus propre que le jeune garçon ait jamais vu. Les murs et les lits étaient d’une blancheur immaculée, et seule l’odeur piquante des potions et onguents qui étaient utilisés pour nettoyer les blessures et les râles occasionnels des patients trahissaient la fonction de l’établissement.

Les lits étant en nombre limité, Djashim avait été placé avec les blessés les plus légers, dans une salle d’attente. Le jeune garçon n’vait rien à faire. Seule la présence sporadique des infirmières venant vérifier leurs bandages et nettoyer leurs plaies venait tromper son ennui mais cela ne durait jamais très longtemps. Entre ces visites, Djashim ne pouvait s’empêcher de penser à Domiel. Qu’avait-il donc fait pour être arrêté, et dans son propre pays qui plus est ? Où les gardes l’avaient-il donc emmené ? Djashim brûlait d’envie de quitter cet hôpital pour trouver les réponses à ces questions.

Perdu dans ses pensées, le jeune garçon remarqua à peine la femme qui venait de rentrer dans la salle d’attente. Ce n’était clairement pas une des infirmières. Elle semblait chercher quelqu’un désespérément.

– Excusez-moi, dit-elle dans un Sorûeni approximatif. Étiez vous à bord du navire Dragon de Mer ?

Voyant que personne ne lui répondait, Djashim s’approcha.

– M’dame, dit-il en tirant sur sa robe. Moi j’étais sur le Dragon de Mer.

La nouvelle arrivante se tourna vers Djashim et demanda d’un ton pressé :

– Je cherche un mage qui était à bord. Il s’appelle Domiel. Sais-tu où il se trouve ?

Djashim chancela sous l’effet de la surprise et se rattrapa de justesse. Encore quelqu’un qui cherchait Domiel ? Qui était cette femme au juste ? Il fallait être prudent et ne pas attirer d’autres ennuis à celui qu’il considérait comme son ami.

– Je connais Domiel, dit-il d’un ton circonspect. Mais pourquoi vous le cherchez, m’dame ?

La jeune femme émit un soupir de soulagement. Elle était très belle, sa peau blanche surmontée d’une longue chevelure rousse. Elle ne ressemblait en rien aux femmes de Niûsanif.

– Peux-tu me conduire à lui ? Il est en grave danger en venant ici, il faut absolument que je le prévienne avant que la garde pourpre ne l’arrête.

En prononçant ces mots, la jeune femme avait l’air sincèrement inquiète, mais Djashim n’arrivait pas à décider s’il devait ou non lui faire confiance. Après une longue hésitation, il finit par dire :

– J’ai bien peur qu’il ne soit trop tard, m’dame. Les gardes l’ont arrêté alors qu’il était encore à bord.

La jeune femme émit un petit cri de désespoir. Elle semblait dévastée.

– Non ! Impossible ! dit-elle avant de se ressaisir. Il faut que j’aille à Dafakin, chuchota-t-elle, se parlant à elle même. Elle se tourna alors vers Djashim. Merci de ton aide, dit-elle, lui glissant une pièce entre les mains.

La jeune femme quitta alors la pièce à toute vitesse, laissant la porte de la salle d’attente ouverte. Le sang de Djashim ne fit qu’un tour : il fallait qu’il la suive. Se saisissant de ses béquilles, il passa à son tour la porte, marchant clopin-clopant sur les pas de son interlocutrice. Il fallait qu’il sache ce que cette femme voulait à Domiel.

***

Djashim se retrouvait dans les rues de Trûpidel, une ville qu’il ne connaissait absolument pas. Il y avait cependant peu de monde à s’y promener, eu égard à la chaleur moite qui régnait dans la ville. Le jeune garçon n’eut donc aucun mal à repérer celle qu’il suivait. Elle était loin devant lui, mais il pouvait encore la prendre en filature, comme il l’avait si souvent fait dans les ruelles de Niûsanin.

Les béquilles empêchaient Djashim d’avancer aussi vite qu’il l’aurait souhaité, mais il parvint quand même à se glisser derrière sa cible, alors qu’elle tournait et virait dans des rues de plus en plus larges.

Ils finirent par arriver devant un étrange bâtiment. Il ressemblait à un énorme cube gris sans fenêtres, une excroissance en plein centre de la ville. La seule entrée était une gigantesque porte de métal, qui s’ouvrit automatiquement lorsque la jeune femme s’en approcha. Sans réfléchir, Djashim se faufila à sa suite, juste au moment où la porte se refermait derrière elle.

Le jeune garçon se retrouvait dans une salle sombre dont le seul mobilier était une rampe d’escalier s’enfonçant dans les profondeurs de la terre. La femme s’y était engouffrée sans hésitation. Elle n’avait pas vu Djashim, et ce dernier décida de continuer à pousser sa chance. Il se mit donc à descendre l’escalier à son tour, gardant une distance respectable.

La descente paraissait interminable. L’escalier en colimaçon semblait conduire tout droit aux enfers. La curiosité de Djashim était cependant la plus forte, et il continua jusqu’à atteindre une sorte de plate-forme. Une lumière étrange qui semblait venir de nulle part éclairait l’ensemble, et Djashim resta dans l’escalier pour ne pas être vu.

Au milieu de la plateforme se tenait un grand tube en verre, haut comme deux hommes et large comme dix. Djashim ne pouvait s’empêcher de se demander à quoi il servait. Sûrement un artéfact magique… Il était après tout en Dafashûn. La curiosité du jeune garçon fut en partie satisfaite lorsqu’il vit le tube s’ouvrir, laissant apparaitre plusieurs rangées de sièges en cuir. La jeune femme s’y précipita et s’assit sur le siège le plus proche d’elle. Le tube commença alors à se refermer.

Il ne restait plus qu’une chose à faire, se dit Djashim. S’il laissait la jeune femme disparaitre dans ce tube, il n’obtiendrait aucune réponse. Il lâcha alors ses béquilles qui ne faisaient que l’encombrer et se précipita en boitant vers l’engin. Il parvint de justesse à s’y glisser, tombant lourdement sur le sol. Au moment où il se relevait, il sentit une force qui le tirait vers l’arrière et il rechuta. Au bout d’un moment, il parvint cependant à se relever. Se retournant, il se trouva nez à nez avec la jeune femme qu’il avait suivi. Elle avait visiblement l’air très surprise :

« Que fais-tu ici ? »