Passé (3)

Passé (3)

Lanea était face à un dilemme de taille et le temps lui manquait pour prendre une décision. Elle savait que son mari ne tarderait pas à s’apercevoir de son absence. Il fallait à agir rapidement, si elle voulait avoir une chance d’aider Domiel. Elle avait un plan mais le rôle qu’elle réservait à Djashim lui semblait inacceptable. Elle ne pouvait pas exposer un enfant à de tels risques. Il ne voyait pourtant aucune autre alternative. Le danger était grand, mais tout ce qu’elle avait pu imaginer d’autre était bien plus risqué.

Bien sûr, Lanea se doutait que la vie de Djashim avait probablement été bien plus difficile que celle des enfants privilégiés du royaume des mages, et il accepterait sûrement mieux d’affronter le danger. Cet argument n’arrivait cependant pas à convaincre la jeune femm : on n’envoyait pas un enfant braver la mort. Pourtant c’était la seule solution s’ils voulaient avoir une chance de réussir à libérer Domiel. Lanea finit donc par décider de laisser le jeune garçon faire son propre choix. Elle allait lui exposer son plan, et voir s’il acceptait volontairement d’y prendre part.

Inspirant profondément, elle entra dans le salon. Djashim était assis exactement à l’endroit où elle l’avait laissé, attendant patiemment. Il semblait si mûr, bien plus que tous les enfants qu’elle avait pu voir en Dafashûn. Etait-ce là le résultat de la dure vie qu’il avait mené ? L’enfance semblait vite disparaître lorsque l’on était confronté à la misère et à la guerre.

Le jeune garçon se leva lorsqu’il vit la jeune femme.

– Rassieds-toi, Djashim, lui dit-elle en Sorûeni. Sa maîtrise de la langue orientale n’était pas parfaite, mais elle préférait donner l’avantage au jeune garçon, en s’exprimant avec ses propres mots. Je crois que j’ai trouvé un moyen d’aider Domiel, mais il présente de gros risques pour nous deux.

– Je suis prêt à vous aider, répondit spontanément le jeune garçon.

– Attends avant de me donner ta réponse définitive. Je vais d’abord t’expliquer mon idée, et tu me diras ensuite si tu souhaites toujours y participer.

Le jeune garçon acquiesça d’un signe de la tête et s’assit.

– La prison de Dafakin est interdite d’accès au public, mais les gardes pourpres peuvent y rentrer sans autorisation préalable s’ils ont une bonne raison. Il se trouve que je peux me procurer assez facilement un uniforme d’officier de la garde, mais pour entrer la prison, il me faut une excuse crédible, et cette excuse, ce sera toi, si tu acceptes.

Djashim écarquilla les yeux. Lanea marqua une pause, observant attentivement son expression.

– Moi ? finit-il par dire d’un ton interrogatif.

– Oui, Djashim. Tu es de toute évidence un étranger ici, et la cité de Dafakin est interdite aux non-mages. Donc je me propose de te faire passer pour un hors-la-loi que je viens faire incarcérer. Ainsi, nous pourrons entrer dans la prison. Une fois à l’intérieur, nous aurons moins à nous soucier de la sécurité, et nous pourrons nous déplacer plus ou moins librement. Il nous sera donc possible de rejoindre la cellule de Domiel et de l’en faire sortir. Je lui fournirai ensuite un deuxième costume de garde pourpre, et nous repartirons de la prison par la grande porte, pendant que tu resteras dans sa cellule.

Djashim eut un hoquet d’exclamation.

– Attends, reprit Lanea, je n’ai pas fini. Une fois Domiel sorti, je reviendrai te chercher, prétextant que les juges veulent te voir immédiatement. Il nous faudra alors quitter la prison et fuir le plus rapidement possible avant que le subterfuge ne soit découvert. Je ne te cache pas que ce plan est très dangereux, et il ya un très grand risque que tu restes dans cette cellule ou que nous soyons découverts… Tu as donc le droit de dire non…

Djashim sembla hésiter.

– Vous avez un autre plan pour faire sortir Domiel ?

– Hélas non, Djashim. Nos options sont très limitées, et nous avons peu de temps.

– Alors je vous suivrai. Domiel a sauvé ma vie, c’est le moins que je puisse faire !

Lanea ne put s’empêcher d’admirer cette réponse. Même si elle aussi prenait un grand risque personnel dans cette tentative d’évasion, elle ne s’était pas attendue à voir tant de courage chez quelqu’un de si jeune. Elle commençait à comprendre pourquoi Domiel avait choisi de vivre en Sorcasard après son départ de Dafashûn : si tous les hommes du continent était fait de la même trempe que Djashim, il devait s’y être senti bien plus à l’aise que dans le royaume des mages.