Odyssée (3)

Odyssée (3)

Niûrelhin. La capitale du Royaume de la Sirène ne ressemblait pas du tout à ce qu’Ayrîa s’était imaginé. Elle avait espéré découvrir une ville similaire aux capitales impériales Dûeni décrites dans ses livres, resplendissantes de marbre et d’or, comme Goderif. Niûrelhin était loin de cette opulence. La ville ressemblait plutôt à la grise Leofastel, son architecture faisant passer le pragmatisme militaire devant l’esthétique.

La cité était tout de même d’une taille plus que respectable, et un grand nombre de rues et de bâtiments se trouvaient en dehors des murs de l’enceinte centrale. Ayrîa savait que cela allait grandement leur compliquer la tâche, s’ils souhaitaient vraiment s’emparer de Niûrelhin par la force. Les mille cinq cents hommes que le comte Omasûan avait mobilisé, ne seraient pas suffisants pour venir à bout des murailles, sans parler des combats urbains qui les attendaient avant même d’arriver jusqu’à elles.

Aridel ne semblait cependant pas très inquiet. Il avait de toute évidence un plan dont il avait fait part à Djashim et au comte. Ayrîa n’avait pas voulu participer à leurs discussions tactiques, mais elle le regrettait à présent. Elle était curieuse de savoir comment le souverain légitime d’Omirelhen comptait reprendre sa capitale. Puisse le ciel éviter la confrontation ne se transforme pas en un bain de sang, pensa-t-elle. Elle avait assez vu de morts en Sorûen.

Une cloche se mit à sonner au lointain. Sûrement l’alerte indiquant à la population de la ville qu’une armée était en approche. Les autorités de Niûrelhin étaient probablement déjà au courant depuis plusieurs jours déjà, mais c’était vraisemblablement la première fois que les gardes civils apercevaient la menace.

Ayrîa se dirigea vers l’endroit où se trouvaient Aridel, Djashim et Omasûan. Tous trois étaient debout autour d’une pierre improvisée en table sur laquelle était posée une carte de la ville.

– Un peloton d’une cinquantaine d’homme devrait être largement suffisant, dit Aridel. Je suis sûr que nous pouvons éviter une bataille si mon idée fonctionne.

– Je reste dubitatif, répliqua le comte. Même si vous parvenez aux portes du palais, les hommes de Delia ne vous laisseront pas entrer. Les gardes lui sont fidèles, et…

Un officier s’approcha d’eux et se mit au garde à vous, le poing sur le cœur. Omasûan lui fit signe de parler.

– Excellence, nos éclaireurs ont repéré les artilleurs de Niûrelhin. Ils positionnent leurs pièces sur les murs.

Un grondement sourd vint ponctuer les propos de l’homme. Aridel sourit.

– Effectivement, lieutenant, nous pouvons les entendre. Toujours aussi rapide et efficace, la garde royale. Nous sommes hors de portée, mais nous voilà à présent mis en garde. Vous pouvez disposer.

Une fois l’officier parti, les trois hommes reprirent leur discussion.

– Nous allons devoir agir rapidement, si nous voulons suivre votre plan, majesté. Nous ne pouvons pas tenir un siège, et plus nous attendons, plus nous laissons l’opportunité à Delia de s’organiser et de monter la population contre nous.

– Oui, vous avez raison. Cinquante hommes, c’est tout ce que je vous demande. Et si vous voulez venir, Djashim, Ayrîa, je serai ravi de vous avoir à mes cotés également. Nous partirons cet après-midi.

***

Les rues étaient désertes. Les habitants s’étaient visiblement calfeutrés chez eux, barricadant même portes et fenêtres à l’aide de solides planches de bois. Ayrîa pouvait presque sentir la peur qui se dégageaient de ces maisons fermées.

Il fallait dire, que malgré leur nombre limité, la petite troupe avait un aspect menaçant. Aridel était en tête, le drapeau blanc d’un émissaire à la main, son cheval avançant au pas, comme celui de Djashim et d’Ayrîa. Les hommes du comte suivaient à pied, leurs épées au fourreau et leurs lances en position de marche.

Ayrîa se demandait toujours pourquoi Aridel n’avait pas revêtu son armure. Il était dangereusement exposé dans des rues hostiles et cela inquiétait la jeune femme. Même si Aridel était un Dasam, il n’était pas immortel, et elle espérait qu’il savait ce qu’il faisait.

Le bruit des canons retentissait à intervalle régulier, le sifflement de leurs boulets passant au dessus de la petite troupe. Une tactique psychologique visant à montrer la supériorité des défenseurs tout en intimidant l’armée du comte restée en retrait.

Après une demi-heure de marche, ils arrivèrent devant les murs de la ville, derrière lesquels se trouvait le cœur de Niûrelhin et surtout le palais royal. La porte principale était fermée, bien sûr.

– Qui ose se présenter en armes devant les portes de Niûrelhin ? demanda une voix au dessus d’eux d’un ton menaçant.

– Nous sommes des émissaires du comte Omasûan de Leofastel. Nous avons des doléances à soumettre à la couronne. Nous ne souhaitons pas recourir à la violence, mais nous nous défendrons si nous y sommes forcés.

– Aucune doléance ne peut être soumise à la pointe de l’épée et le comte Omasûan le sait. Qu’il revienne parler lors du prochain conseil. La reine Delia lui promet un sauf conduit s’il retire son armée sur le champ.

– Notre requête est urgente et ne peut attendre. Nous sommes peu nombreux et ne représentons aucun danger pour la défense de Niûrelhin. Si nous sommes simplement entendus, j’ai ici la preuve écrite et signée de la main du comte que son armée quittera Niûrelhin.

La voix resta silencieuse un long moment. Elle finit par dire, d’un ton un peu plus avenant :

— Très bien. Mais seul une dizaine d’entre vous seront autorisés à entrer. Et toute tentative de combat sera considérée comme une trahison, punissable par la mort.

— Nous acceptons ces conditions, répondit Aridel.

La voix se tut, mais moins d’une minute plus tard, la lourde porte s’ouvrit lentement, le métal des gonds grinçant sous l’effort.

Aridel fit signe à Ayrîa, Djashim et cinq soldats tirant un chariot de le suivre à l’intérieur. Ayrîa réalisa alors ce que comptait faire Aridel. Elle sourit intérieurement en pensant à la surprise qui attendait les Omirelins.

Une fois qu’ils eurent passé l’arche d’entrée, Ariddel leva la main. Il ne fallut que quelques secondes pour que l’armure qui se trouvait dans le chariot le recouvre, le transformant en Dasam resplendissant. Les gardes qui les attendaient derrière la porte n’eurent pas le temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Aridel tonna alors, sa voix amplifiée par l’armure :

— Omirelins ! Votre roi légitime est de retour. Mon nom est Berin, Leotelsûn et je suis là pour reprendre ce qui me revient de droit. Le règne illégal de ma soeur a assez duré. Delia est une usurpatrice, qui a renié sa famille et son pays. J’en veux pour preuve cette armure, forgée à Dalhin et qui m’a été remise par Erû lui-même, faisant de moi un Gardien d’Erûsarden !