Odyssée (1)

Odyssée (1)

Lanea était partagée entre l’exaltation de pouvoir raconter sa découverte à Erûciel, et le soulagement de se retrouver enfin au chaud. L’herboristerie qui leur servait de quartier général se trouvait au milieu d’Oeklhin, l’horrible forteresse qu’Oeklos osait appeler sa capitale. Malgré cela, la petite boutique était devenue comme un foyer pour la jeune femme. Elle arrivait parfois même à y oublier la grisaille de l’Hiver Sans Fin.

Lanea retira les pelisses humides qui la recouvrait, approchant ses mains blanchies par le froid du feu crépitant dans l’âtre. Elle regarda autour d’elle. Personne. Étonnant, Erûciel n’avait pas pour habitude de laisser la boutique sans surveillance. L’ex-archimage avait probablement ses raisons, mais Lanea ne put s’empêcher de ressentir une certaine curiosité mêlée d’inquiétude.

La porte d’entrée s’ouvrit brusquement, laissant apparaître le vieil homme, accompagné d’un soldat portant la tenue de la garde impériale.

– Pas d’inquiétude, Samecel, il y a tout ce qu’il faut ici pour votre dos. Il ne doit vraiment pas être facile pour vous de rester debout toute la journée, surtout avec ce misérable temps !

Erûciel porta alors le regard vers Lanea, et eut un petit mouvement de surprise.

– Vous êtes de retour, ma chère Lanea, dit-il au bout de quelques secondes. Pile au bon moment ! Vous allez pouvoir me dire où se trouvent les baumes musculaires. Si vous voulez bien patienter un instant, Samecel, nous allons chercher tout cela dans l’arrière boutique.

– Je vous en prie, répondit le garde avec un sourire forcé, peinant à masquer sa douleur.

Lanea, intriguée, suivi son ainé derrière le comptoir, vers la petite salle où ils stockaient leurs décoctions. Une fois à l’intérieur, elle lui jeta un regard interrogateur, avant de commencer à parler.

– Erûciel, je…

– Je suis sûr que vous avez des nouvelles, coupa alors le mage, brisant ses habitudes de politesse, mais ce que j’ai à vous dire ne peut pas attendre. Samecel, que vous voyez là, est de garde près de la Tour. Une chance pour nous, il ne sait pas tenir sa langue, surtout quand il s’agit de se plaindre.

Instantanément, Lanea porta toute son attention sur les paroles d’Erûciel.

– Qu’avez vous appris ? demanda-t-elle.

– Apparemment, Oeklos a décidé d’envoyer la flotte Dûeni en Sorcamien.

Lanea accusa le coup.

– Quoi ! s’exclama-t-elle, ne pouvant contenir sa surprise.

Erûciel mit un doigt sur ses lèvres, lui intimant d’être plus discrète.

– Je vais apporter son baume à Samecel, dit-il. Une fois qu’il sera parti, nous pourrons discuter plus librement.

Lanea acquiesça et regarda le mage s’en aller, rongée par la curiosité. Il revint a bout de cinq minutes qui parurent durer une éternité.

– Dites-moi tout ! ordonna-t-elle sans préambule.

Le mage ne put s’empêcher de sourire.

– Vous êtes toujours aussi impatiente, à ce que je vois. Mais dans ce cas, c’est avec raison. Les nouvelles sont graves. Samecel n’est, comme je vous l’ai dit, qu’un simple garde et je suis loin d’avoir autant de détails que je le voudrais. Il est cependant assez facile de deviner ce qui est train de se tramer. La situation en Sorûen est loin de tourner en faveur d’Oeklos. Il est raisonnable de penser qu’il envisage d’y renvoyer une armée Sorcami afin de reprendre les territoires qu’il a perdu. Les hommes-sauriens n’ayant pas une flotte très développée, il me parait clair qu’il souhaite utiliser les vaisseaux Dûeni pour transporter leurs troupes.

– Vous êtes certain de ce que vous avancez ? demanda Lanea.

– Samecel a vu de ses yeux les ordres de l’empereur, alors qu’il nettoyait le bureau de son général. Je n’ai pas de raison de douter de ses dires, mais il est vrai que nous ne pouvons pas écarter une tentative de désinformation.

Lanea resta silencieuse, absorbant ces paroles. Même s’il s’agissait de désinformation, les nouvelles étaient trop graves pour pouvoir être ignorées. Si Oeklos avait décidé d’impliquer l’armée Sorcami, la rebellion Sorûeni, et donc Djashim, étaient en grand danger. Il fallait agir pour les aider.

– Nous devons prévenir les Sorûeni, dit-elle.

– Oui, je suis d’accord. Mais il va falloir agir vite tout en redoublant de prudence. Toutes les communications et le trafic vers Erûsard sont très surveillés. Évitons de nous révéler. Je suis sûr que Walron n’attend qu’une occasion pour nous éliminer.

Lanea repensa alors à ce que l’infâme conseiller de l’empereur avait fait subir à Taric. Elle ne laisserait pas une telle chose se reproduire.

– Je vais m’en occuper personnellement, dit-elle. Je ne veux plus laisser les autres prendre les risques à ma place. Avant que je parte, cependant, pouvez vous essayer d’en apprendre plus de Samecel ?

– Je ne suis pas sûr que j’approuve le fait que vous partiez, mais je le comprends. Quant à Samecel, il n’est, comme je le disais, qu’un simple garde. Sans espion plus haut placé, je doute que nous puissions découvrir tous les détails du plan d’Oeklos.

Lanea rageait intérieurement en entendant ses paroles. Si seulement Djashim avait pu… Elle se reprit. Le sort en avait décidé autrement. Le sort ? Ou les habitants de Dalhin ? Cette pensée la ramena soudainement à la raison pour laquelle elle s’était rendue dans les ruines de Dafakin.

– J’ai moi aussi des nouvelles, Erûciel, dit alors la jeune femme. Il est possible qu’Oeklos ne soit pas le plus puissant des ennemis que nous ayons à affronter.