Nord (1)

Nord (1)

Taric marchait à coté de Chînir, circulant d’un pas rapide dans les rues du bazar Nord. Tous deux se dirigeaient vers l’arène illégale de Shimith. Ils savaient qu’il n’y avait pas une minute à perdre, s’ils voulaient le prévenir à temps des intentions de la garnison impériale. Chînir semblait très inquiet.

– J’espère que Shimith acceptera de m’écouter, dit soudainement le chef nomade. Il peut être très têtu quand il s’y met… Je sais qu’il cherche à se venger de la façon dont j’ai utilisé son arène. Et dans un certain sens, je ne peux pas lui donner tort. Ce qui arrive maintenant est en grande partie de ma faute.

– Vous aviez vos raisons, répondit Taric. Et je ne connais pas vraiment Shimith, mais le peu de contact que j’ai eu avec lui m’a laissé l’impression d’un homme pragmatique. Si sa vie est en jeu, il compromettra.

Chînir ne répondit pas, continuant à afficher son air soucieux. Ils arrivèrent à l’entrée de l’arène. Descendant les marches de l’escalier principale quatre à quatre, les deux hommes se rendirent directement dans les tribunes. Quelques spectateurs étaient déjà là, attendant probablement le début du premier combat de la journée. Shimith était parmi eux, les exhortant à parier. Chînir se dirigea sans attendre vers lui, Taric sur ses talons. Le maître de l’arène vantait les mérites de ses gladiateurs, racontant à ses clients leurs prouesses au combat. Chînir lui posa la main sur l’épaule, et il s’interrompit, visiblement irrité. Lorsqu’il reconnut le chef nomade, son expression vira à la colère.

– Chînir ! Je croyais avoir été clair la dernière fois que tu es venu ! Je ne veux plus te revoir ici, toi et ta maudite résistance !

Chînir dut visiblement se dominer pour répondre calmement.

– Ce n’est pas le moment de régler nos comptes, Shimith. Les impériaux ont décidé de nettoyer le bazar Nord, à commencer par cette adresse. Je suis venu te prévenir pour que tu fasses partir tout le monde avant qu’il ne soit trop tard.

Le criminel serra les poings, prêt à frapper le chef nomade.

– Tu dis quoi ? Tu viens jusque dans mon arène en brandissant je ne sais quelle menace afin de me faire évacuer ? Tu crois que je vais me faire avoir si facilement ? Je vois très bien qu’il s’agit d’un plan pour m’éliminer discrètement. Tu es un bon combattant mais un piètre menteur.

Chînir, ne se retenant plus, gifla Shimith avec force, le faisant se reculer de quelques pas.

– Voilà qui devrait te remettre les idées en place ! L’empire est à tes portes et tout ce que trouve à faire, c’est argumenter ? Tu es encore pire que ce que je pensais !

Les hommes avec qui Shimith discutait à leur arrivée semblaient stupéfaits de la scène. Taric décida de profiter de leur surprise pour agir.

– Vous avez entendu ? leur dit-il. Prévenez tous ceux que vous pouvez et partez ! L’empire sera bientôt là ! Quittez le bazar nord au plus vite !

Les spectateurs ne demandèrent pas leur reste. Pris de panique, ils bondirent vers la sortie, hurlant à tous ceux qu’ils croisaient qu’il fallait fuir. Efficace, pensa Taric, un léger sourire aux lèvres. Shimith les observa, le visage rouge de colère. Il s’empara alors du couteau qui pendait à sa ceinture et se jeta sur Chînir.

– Attention ! cria Taric.

Le chef nomade avait cependant déjà vu le mouvement de son adversaire, et esquiva le coup avec la fluidité d’un combattant entraîné. Il frappa le dos de Shimith du tranchant de la main, envoyant le criminel à terre. L’homme resta alors au sol sans bouger, à la grande surprise de Taric. Chînir l’avait-il assommé d’un simple coup sur le dos ? Le chef nomade semblait cependant tout aussi surpris que lui de la réaction du criminel. Taric s’agenouilla, prenant Shimith par l’épaule, et le secoua un peu. Pas de réponse. Il le retourna et constata avec horreur que l’homme s’était planté son couteau dans la poitrine en tombant. Sa tunique était couverte de sang et ses yeux vides de toute vie. Quelle stupide façon de mourir ! Taric allait dire quelque chose, mais un bruit attira son attention.

Il tourna la tête vers l’entrée de l’arène, et vit un flot d’hommes en uniforme noir s’y déverser.

– Trop tard ! cria Chînir. Ils sont déjà là.

Taric dut lutter contre la panique qui s’emparait de lui. Les soldats impériaux, lances à la main, s’emparaient de tous ceux qu’ils trouvaient sur leur chemin. Les rares courageux qui avaient le malheur de leur résister se retrouvaient promptement embrochés.

– Venez, Taric, reprit Chînir. Il n’y a plus rien à faire ici. Nous pouvons peut être encore nous enfuir par l’entrée des combattants.

Le chef nomade se mit alors à courir vers l’arène elle même, et sauta sur le sable. Taric le suivit sans hésiter. Derrière eux les cris et les bruits de pas des soldats impériaux s’intensifiaient. Chînir guida Taric vers une porte en bois qu’il ouvrit d’un coup de pied. Tous deux coururent alors dans des couloirs sales emplis d’une odeur de sang et de sueur. Seuls les combattants passaient là, en temps normal. Au bout d’un moment, il passèrent une autre porte et sentirent sur leurs visages l’air frais de la nuit.

Mais la terreur ne s’était pas arrêtée aux portes de l’arène. Les rues grouillaient de soldats en uniformes noirs qui entraient dans les maisons environnantes et y capturaient les habitants sans aucune retenue. Des hommes et des femmes étaient rassemblés en milieu de la rue sous la surveillance d’un officier impérial. Chînir fit signe à Taric de se baisser et tous avancèrent prudemment, sous couvert de l’obscurité.

– Ne nous arrêtons pas, chuchota le chef nomade. Nous ne pouvons pas aider ces malheureux. Mais notre vengeance sera terrible.

Taric toussa, reprenant son souffle devant l’horreur qui s’offrait à lui. Il sentit un peu de sang perler sur sa main. Ce n’était pas le moment. Il avait trop à faire pour contempler sa propre mortalité.