Nemosor (7)

Nemosor (7)

Le laboratoire de physique appliquée était un grand bâtiment tout en verre non loin des quartiers où dormaient Nemosor et Egidor. C’était en ce lieu qu’avait été perpétré le premier vol : une petite quantité d’adakan, un métal lourd aux propriétés étranges, avait disparu. Ce métal était peu utilisé dans les machines des mages : il émettait une faible radiation qui le rendait potentiellement dangereux. Il y en avait d’ailleurs très peu à l’état naturel sur toute la surface d’Erûsarden. La disparition d’un simple pincée de ce métal avait cependant mis en émoi tout le département de physique, et Nemosor se demandait pourquoi. Il avait donc décidé d’interroger l’un de ses instructeurs, un mage âgé du nom de Leokil. Ce dernier était dans son laboratoire, penché sur un appareil émettant des crépitements étranges. Il semblait très concentré et sursauta lorsque Nemosor l’interpella :

« Bonjour, maître ! »

« Qui… Quoi ? Ah Nemosor c’est toi ? Je suis en train d’analyser la quantité de radiation qui est émise par ce liquide. Je voudrait savoir s’il contient de l’adakan. Que puis-je faire pour toi ? »

« Je viens vous parler de l’adakan, justement. Je voulais savoir pour quelle raison quelqu’un voudrait en voler. C’est un métal inutilisable, non ? »

Leokil se releva, le regard soudain très sérieux. Nemosor ne lui avait jamais vu cette expression.

« Tu me poses là une excellente question, Nemosor, et même si je ne suis pas sensé pouvoir te répondre à ce stade de ta formation, je vais le faire quand même car il est important de comprendre les dangers de l’adakan. »

« Dangers ? Que voulez-vous dire ? »

« Ne m’interromps pas s’il te plait. Comme tu le sais, l’adakan émet des radiations qui peuvent, à long terme, se révéler dangereuses pour la santé. La source de ces radiations est une réaction prenant place au cœur même de l’atome d’adakan. Cet atome, en libérant une partie de sa masse, produit de l’énergie : c’est cette énergie qui se traduit sous forme d’ondes nocives. A l’état naturel, très peu de cette énergie est produite, car la réaction est très faible, mais il est possible de catalyser artificiellement cette réaction pour produire une puissance incommensurable. C’est un fait que connaissaient très bien les anciens, et ils ont, dans les premiers temps de l’empire de Blûnen, utilisé l’adakan pour créer des bombes dont la puissance rivalisait avec celle du soleil. Ils l’ont aussi utilisé afin de produire l’énergie de leurs villes, mais l’ont rapidement abandonné après la construction des producteurs géothermiques. Mais je m’égare. Les bombes à l’adakan étaient les armes les plus meurtrières que l’humanité ait construit. C’est pour cela que lorsque nos ancêtres ont fondé le royaume de Dafashûn, ils se sont interdit l’utilisation de ce métal. Ainsi, nous éviterions les erreurs du passé. C’est bien pour cela que le vol d’adakan est pour nous un acte très grave : il faut absolument éviter qu’il ne tombe entre de mauvaises mains. »

« De mauvaises mains ? A qui pensez vous ? » Nemosor n’en revenait pas. Il n’aurait jamais pensé que l’adakan puisse être si dangereux.

« Je t’en ai déjà trop dit Nemosor. A présent laisse moi, je t’en prie, je suis justement en train de mettre au point un détecteur qui nous permettra de trouver où se trouve l’adakan volé. »

Nemosor n’insista pas et quitta le laboratoire la tête pleine de questions. Il faillit presque ne pas voir Egidor qui venait à sa rencontre.

« Salut Nemosor ! Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être en train de réviser à cette heure ? »

« Salut Egidor. Pour te dire la vérité, j’étais en train de me renseigner sur l’adakan qui a été volé. Apparemment c’est une substance qui était utilisée par les anciens pour produire des armes très puissantes. J’espère que ceux qui l’ont pris ne cherchent pas à recréer ces armes. »

Le visage d’Egidor prit une expression indéchiffrable. Après un petit instant de réflexion il finit par dire.

« Vraiment ? Je trouve cela étrange que l’on ne nous ait jamais mentionné cette utilisation de l’adakan auparavant. Encore un de ces stupides interdits qui nous empêchent d’utiliser le savoir des anciens à son plein potentiel. »

Ce fut au tour de Nemosor de regarder son ami avec surprise. Il n’arrivait pas à croire que de tels propos sortaient de sa bouche.

« Les interdits sont là pour nous permettre d’éviter de reproduire les erreurs des anciens. »

« Tu parles ! Ils sont là pour que les mages aux pouvoirs le restent. Sans ces stupides interdits, cela ferait longtemps que nous aurions pu faire renaître l’empire des anciens. Aucun autre pays, pas même l’empire de Dûen, n’aurait été capable de résister à notre puissance.  Au lieu de cela nous nous complaisons dans notre petit confort à Dafakin, sans apporter notre savoir au reste du monde. »

Nemosor était abasourdi. Jamais il n’aurait pensé que son ami avait de telles idées. Se pouvait-il qu’elles aient été inspirées par le cercle de la tunique noire ? Nemosor s’apprêtait à mentionner l’organisation mais Egidor le devança.

« Je dois te laisser Nemosor. J’ai un rendez-vous important dans moins de dix minutes. On se revoit ce soir, d’accord ? »

« D’accord. », répondit Nemosor, prit par surprise.

Alors qu’il regardait son ami s’éloigner, une pensée se forma dans l’esprit de Nemosor. Il allait le suivre discrètement. Comme cela, peut-être pourrait-il en apprendre plus sur le cercle de la tunique noire…