Nemosor (3)

Nemosor (3)

Nemosor était encore en train d’observer le dôme. Depuis son arrivée à Dafakin, la structure n’avait cessé de le fasciner. Elle était déjà très impressionnante vue de l’extérieur, mais ce n’était rien comparé à ce qu’on pouvait voir une fois à l’intérieur. Le dôme était composé d’une multitude de facette hexagonales reflétant les rayons les plus nocifs du soleil pour ne laisser passer que sa lumière bénéfique. Il était comme la peau de Dafakin, la protégeant du monde extérieur, lui permettant de réguler sa température et son humidité, et lui conférant sa beauté d’un autre âge. Mais c’était lorsque venait la nuit que le dôme révélait sa véritable magie. Lorsque le soleil se couchait, chacune des faces du dôme retenait la douce lueur rougeâtre de ses derniers rayons et la restituait tout au long de la nuit, offrant à Dafakin une lumière ininterrompue du coucher au lever du soleil. Cette lumière restait cependant faible, permettant aux habitants de la ville de dormir sans être gênés.

Enfin, presque tous les habitants, se dit Nemosor avec un sourire. Le jour perpétuel était en effet une aubaine pour tous les étudiants en magie de la cité qui en profitaient pour faire la fête, évacuant la pression de leurs longues journées. Le nombre de bars et d’établissements musicaux était d’ailleurs très élevé à la périphérie du dôme, et ces derniers ne désemplissaient pas. C’était à l’entrée de l’un de ceux-ci que se trouvait à présent Nemosor, accompagné d’Egidor et de Codelia. L’étudiante de deuxième année s’était en effet improvisée guide auprès des deux jeunes hommes, souhaitant leur montrer les « endroits intéressants » de la ville. Ceux-ci étaient si nombreux qu’au bout de deux mois les trois compagnons n’en avaient toujours pas fait le tour. Ils visitaient ce jour là le « Ciel des Anciens », un établissement particulièrement réputé.

« Tu es sûre qu’il nous laisseront entrer, Codelia? » demanda Egidor.

« Je ne suis sûre de rien. Il se peut très bien qu’en voyant deux imbéciles de votre espèce, les gardes décident de nous refouler. Mais je suis déjà entrée plusieurs fois, donc restons confiants. »

Tout en parlant, les trois compagnons s’étaient rapprochés de l’entrée du bar où un homme corpulent menait la garde. A la vue des nouveaux arrivants, il se plaça devant la porte.

« Vos certificats, s’il vous plait. » demanda l’homme d’un ton sévère.

Il parlait bien sûr des certificats d’étude qui avaient été remis à tous les élèves mages, leur donnant accès à l’ensemble des institutions de Dafakin, mais aussi à ses lieux de loisirs. Une fois qu’Egidor, Codelia et Nemosor eurent présenté leurs papier, le vigile ouvrit la porte, les faisant entrer dans l’enceinte du « Ciel des Anciens ».

L’établissement méritait bien son nom. Il était constitué d’une grande salle dont le plafond voûté atteignait une hauteur phénoménale. Des lumières colorées le parcouraient, brisant par intermittence la douce pénombre de la pièce. Au centre se trouvait une scène sur laquelle un groupe de musiciens jouaient une musique entraînante. Autour de la scène se trouvaient d’ailleurs un grand nombre de jeunes élèves mages, dansant sans retenue. Au fond de la pièce se trouvait un bar duquel originaitl’âcre odeur de bière qui emplissait la pièce. C’est vers ce dernier que Codelia se dirigea sans hésiter, les deux nouveaux à sa suite.

Bientôt les trois compagnons se retrouvèrent assis à une table, une bière à la main. Aucun d’entre eux n’avait particulièrement envie de danser et ils se contentaient donc de discuter de tout et de rien.

Alors qu’Egidor et Codelia entamaient une conversation sur les divers ordres de mages, un homme vient s’asseoir à leur table sans y être invité. Surpris, les deux étudiants stoppèrent net, observant le nouvel arrivant. Celui-ci semblait être un plus âgé qu’eux, plus proche de trente ans que de vingt. Sirotant une bière, il dit d’un ton moqueur :

« Alors les nouveaux on profite de la vie nocturne de Dafakin ? Je suis sûr que vous en avez encore beaucoup à découvrir. Mais avant toute chose, avez-vous pensé à rejoindre un cercle? »

« Un cercle ? » Nemosor regarda Codelia d’un air interrogateur, mais la jeune fille semblait tout aussi ignorante que lui et Egidor.

« Oui un cercle. C’est ainsi que nous nommons les groupes d’étudiants se formant autour d’un intérêt commun. Il y en a plusieurs dans la ville. Mon nom est Lonin, et je fais partie du cercle de la tunique noire. Nous cherchons en ce moment de nouveaux membres, donc si vous êtes intéressés, rejoignez moi demain soir à huit heures près de la fontaine de Focrûn. Je vous ferai passer le test. »

« Le test ? quel test ? » Le dernier mot de Nemosor s’adressa cependant à une chaise vide. Le dénommé Lonin était parti comme il était venu, laissant ses interlocuteurs face à leur curiosité. Nemosor se tourna vers Codelia.

« Sais-tu de quoi il parle ? »

« Absolument pas. Je n’ai jamais entendu parler de ces cercles. Mais cela ne fait qu’un an que je suis ici, il me reste encore plein de choses à voir. Je vous propose de suivre son invitation. Vous êtes d’accord ? »

« Oui ! » répondirent les deux jeunes hommes, excités à l’idée de découvrir un nouvel aspect de leur ville d’adoption. Mais alors que, leurs bières vidées, ils partaient se mêler à la foule des danseurs, un léger doute vint s’insinuer dans l’esprit de Nemosor. N’était-il pas dangereux de se rendre tête baissé à un rendez-vous fixé par un inconnu ? Le jeune homme effaça cependant bien vite cette inquiétude. Il se trouvait à Dafakin, la cité la plus sûre de tout Erûsarden. Les cercles étaient probablement juste une manière de s’y intégrer plus facilement. Et sur cette réflexion, le jeune homme se laissa totalement porter par la musique, dansant sans penser au lendemain.