Nemosor (2)

Nemosor (2)

L’amphithéâtre était déjà noir de monde et les étudiants continuaient à affluer par les portes se trouvant en haut de la salle. La plupart étaient comme Nemosor de jeunes adultes découvrant les merveilles de Dafakin pour la première fois. Le brouhaha était assourdissant, chacun souhaitant montrer à son voisin qu’il en savait plus que lui. La vérité, se disait Nemosor, était probablement que personne ne savait rien de ce qui allait être dit ce jour, et tous étaient à la fois anxieux et énervés.  Il s’agissait tout de même de la session d’accueil des étudiants de première année, et ils avaient hâte de savoir ce qui les attendait.

Nemosor était assis à coté d’Egidor, le garçon d’Apiadomar qu’il avait rencontré la veille. Ils s’étaient en effet liés d’amitié après que Codelia les ai mené jusqu’aux logement étudiants. Leurs chambres étaient en effet très proches l’une de l’autre, et ils avaient discuté jusqu’à très tard dans la nuit, échangeant leurs points de vue et leurs rêves d’avenir. Egidor, timide de premier abord, s’était révélé bien plus ouvert après que les deux étudiants se soient installés. Le jeune homme avait même révélé à Nemosor qu’il était musicien à ses heures perdues, jouant de la guitare et du violon.  Il était donc naturel que les deux jeunes hommes se soient rendus ensemble à leur premier cours.

Alors que Nemosor se remémorait la soirée de la veille, le brouhaha se tut soudainement. Un homme âgé était apparu sur la scène de l’amphithéâtre et avait levé les deux mains, intimant le silence à la salle. Ce mage portait une longue robe pourpre, indiquant qu’il occupait une position d’autorité dans l’ordre des Dalfblûnen. Il se mit alors à parler, sa voix retransmise par des appareils se trouvant tout autour de la salle.

« Bienvenue à tous ! Mon nom est Amisor et je suis le doyen de l’université de Dafakin. C’est à moi qu’incombe la lourde tâche de vous accueillir au sein de ce temple du savoir. Vous avez tous passé le test d’admission, mais sachez que pour vous, les difficultés ne font que commencer. Le chemin à suivre pour devenir un mage de Dafashûn est long et difficile, et certains d’entre vous devront probablement s’arrêter en route. Votre motivation et votre soif de savoir seront mises à rude épreuve, mais les récompenses seront à la hauteur… »

Le doyen marqua une pause, laissant à son auditoire le temps de réfléchir à ses propos. Puis il reprit :

« Sachez que nous tous, vous comme moi, sommes des privilégiés. Nous sommes en effet les derniers habitants de ce monde à posséder le savoir des Anciens, ou du moins une partie de celui-ci, ce que nous avons pu sauver de la destruction des hommes-sauriens. Cela nous donne un grand pouvoir sur les autres peuples de cette planète, mais nous apporte aussi une lourde responsabilité. Il nous incombe de rester humbles face à ce savoir et de l’utiliser  avec parcimonie. C’est notre règle la plus importante, et je tiens à ce que vous la reteniez : n’utilisez jamais votre savoir à des fins personnelles et ne bravez jamais les interdits de l’université. C’est en maintenant ces règles strictes que nous éviterons de retomber dans les erreurs qui ont causé la chute des Anciens. »

Amisor s’arrêta de nouveau, observant les étudiants qui semblaient rivés à ses propos.

« Pour revenir à un aspect plus pratique, sachez que la formation de mage s’effectue sur un minimum de sept ans. Les deux premières années, vous devrez maîtriser les savoirs de base nécessaires à tous les mages. Si vous arrivez au bout de cette formation initiale, vous pourrez alors choisir une ou plusieurs spécialisations : physique, biologie, botanique, médecine, ingénierie, pilotage de dragon. Vous approfondirez alors vos connaissances dans ces spécialités pendant les cinq ans à suivre, jusqu’à ce que vous soyez en mesure d’effectuer vos propres recherche où de partir en mission sur les autres continents. »

Nouvelle pause du doyen qui jeta un regard appuyé à son auditoire.

« C’est à peu près tout ce que j’avais à vous dire, mais avant de laisser ma place à maître Wicor qui va vous donner votre premier cours, j’aimerais ajouter une dernière pensée. La chose la plus importante qu’un mage doit apprendre est de séparer la réalité de l’illusion. Vous manipulerez tous les jours des forces qui vous sembleront incompréhensibles. Et bien sachez que rien n’est au dessus des lois de la nature, et votre travail en tant que mage sera d’appréhender et d’analyser tout ce qui vous entoure. Ce n’est que lorsque vous aurez intégré cette philosophie que vous pourrez vraiment vous considérer comme mage de Dafashûn… »

Le doyen s’écarta légèrement, alors qu’un nouveau personnage s’approchait.

« Voici donc maître Wicor qui va vous parler de l’histoire des Anciens. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance, et pour les plus doués d’entre vous, rendez-vous dans sept ans. »

Amisor s’en alla alors comme il était venu, laissant la place à son subordonné. Nemosor avait à peine eu le temps de digérer le discours du doyen que déjà son premier cours commençait. Ce discours, loin de le rassurer, lui avait plutôt fait douter du bien-fondé de sa présence à l’université. Serait-il vraiment capable de devenir un mage ? Mais le jeune homme n’avait pas le temps de s’attarder sur ces sombres pensées. Maître Wicor avait déjà commencé à parler et il devait suivre son cours avec attention. Ses inquiétudes devraient attendre : le travail était sa première priorité.