Nemosor (15)

Nemosor (15)

Nemosor s’assit, suivant les indications du garde l’accompagnant, sur un banc situé au premier rang de la salle d’audience. La pièce, bien que vaste, était étrangement sobre. Les murs étaient nus et le seul mobilier présent  était constitué de rangées de bancs réservées au public et aux témoins, et bien sûr de la vaste table ou siégeaient les juges. Ces derniers étaient au nombre de trois, des archimages appartenant chacun à un ordre différent de Dafashûn. Ils n’étaient pas encore présents au moment où Nemosor était arrivé.

Malgré sa grande capacité, la salle accueillait en général peu de monde. Les procès étaient en effet, dans la plupart des cas, des affaires privées qui n’intéressaient que les personnes y étant impliquées. Le cas d’Egidor était cependant une exception, et, après l’ouverture des portes, la salle se remplit quasi-instantanément. Codelia faisait partie des nouveaux arrivants et  vint s’asseoir auprès de Nemosor. La jeune fille semblait avoir retrouvé un peu de ses couleurs, mais son regard trahissait le tourment qui l’animait. Elle était un témoin clé de l’affaire et une forte pression reposait sur elle. Nemosor allait lui dire un mot quand une porte située sur le coté de la salle s’ouvrit brusquement, laissant apparaître un greffier qui annonça :

« La cour ! »

Les trois archimages entrèrent alors, impressionnants dans leur robes colorés, et prirent place sur leurs sièges. Le plus agé des trois prit alors le marteau se trouvant devant lui et frappa trois fois, intimant le silence à la salle.

« Nous sommes réunis aujourd’hui pour décider du sort d’Egidor d’Apiadomar, étudiant à l’école des Sûblûnen. Faites le entrer si’il vous plait. »

Un garde ouvrit alors une porte, laissant apparaître Egidor qui vint se placer en face des juges. A sa vue, Codelia détourna le visage, n’osant regarder son ancien ami dans les yeux. Le juge reprit alors :

« Egidor, voici la liste des accusations vous concernant : vol à l’université de Dafakin; possession illégale de dragon; accès illicite à l’enceinte du Noyau; collusion avec les mages Noirs, aussi connus sous le nom de Sarblûnen; et  enfin crime de haute trahison envers le Royaume de Dafashûn. Nous examinerons bien sûr ces chefs d’accusation un par un, mais tout d’abord, avez-vous quelque chose à dire pour votre défense ? »

Egidor ne semblait pas le moins du monde impressionné, et sa détermination paraissait plus forte que jamais, comme s’il savait qu’il ne risquait rien. Nemosor peinait toujours à comprendre son attitude.

« Je ne peux que vous affirmer que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour pouvoir permettre à Dafashûn d’accomplir sa véritable destinée. »

Une clameur s’éleva dans la salle. Les juges eux même parurent surpris de cette réponse. Le président dut jouer du marteau pour pouvoir parler de nouveau.

« Vos propos ont été notés, dit il. Nous pouvons a présent commencer l’examen des pièces d’accusation. »

S’ensuivit alors une série de témoignages sur les vols qui avaient été commis à l’université, ainsi que sur les agissements du cercle de la tunique noire. Nemosor savait à présent que ce cercle était en fait une cellule d’espionnage mise en place par les mages noirs. Ces derniers étaient, d’après ce qu’avait compris Nemosor, un ordre de mages rebelles dont le but avoué était la restauration à n’importe quel prix de l’empire de Blûnen, la nation des Anciens. Les Sarblûnen avaient été chassés il y a longtemps par les autorités de Dafashûn, mais constituaient un danger permanent.  Nemosor n’avait pas pu en apprendre beaucoup plus car tout ce qui concernait les mages noirs relevait presque du secret d’état. Alors qu’il réfléchissait encore à la nature des mages noirs, le jeune homme fut appelé à la barre.

Nemosor appréhendait bien sûr ce moment, mais sa résolution n’était pas moins forte que celle de son ancien ami. Évitant soigneusement de regarder Egidor, il relata  les événements des dernières semaines, n’omettant aucun détail. Il savait que son témoignage était sans appel, et même lors du contre-examen, l’avocat d’Egidor ne put y trouver aucune faille.

Nemosor alla se rasseoir à la fin de son récit et Codelia fut à son tour appelée à témoigner. Elle était bien plus hésitante que Nemosor et jetait des regards fuyant à Egidor qui restait, quant à lui, impassible. Le témoignage de Codelia, bien que moins détaillé que celui de Nemosor, ne laissa lui aussi aucune chance à Egidor. Ainsi lorsqu’elle eut terminé, les juges annoncèrent :

« Nous allons à présent nous retirer pour délibérer. Nous reprendrons dans une heure. »

Tous trois quittèrent alors la salle, suivis de près par Egidor. Le public fut ensuite prié de sortir. Nemosor en profita pour interpeller Codelia.

« Comment te sens-tu, Codelia? »

Les yeux de la jeune fille semblaient voilés de tristesse.

« Aujourd’hui, j’ai trahi l’homme que j’aurais voulu épouser, Nemosor. Tu comprendras donc que je n’ai pas trop envie de parler. »

Nemosor ne put cependant s’empêcher de répliquer :

« C’est Egidor qui nous a trahi tous les deux. Nous lui avons donné plusieurs occasions de se racheter et il les a rejeté. Ce qui lui arrive est de son fait et tu n’as rien à te reprocher. »

Pour toute réponse, le jeune fille s’éloigna de Nemosor, les larmes aux yeux.

***

La cour fut rappelée une heure plus tard comme prévu. Contrairement au début de l’audience, Cependant, les juges restèrent debout, faisant amener Egidor devant eux.

« Egidor d’Apiadomar, nous avons décidé d’un verdict vous concernant. Etes vous prêt à l’entendre ? »

Egidor acquiesça.

« Nous vous déclarons coupable de tous les chefs d’accusation. Les crimes que vous avez commis sont impardonnables et doivent être sévèrement punis. Etant donné votre jeune âge nous avons cependant décidé d’épargner votre vie. Nous vous condamnons donc au bannissement à vie. Vous serez conduit à la prison de Dafakin où un implant vous sera inséré nous permettant de savoir si vous vous trouvez sur le sol de Dafashûn. Une fois cet implant posé, vous rejoindrez Sorcasard par le premier bateau en partance de Sorcastel et vous pourrez vivre là votre vie. Mais si jamais vous remettez un jour les pieds en Dafashûn, nous n’aurons d’autre choix que de vous mettre à mort. Comprenez vous cette sentence ? »

Egidor acquiesça. Il n’avait pas cillé à un seul instant. D’un geste, le juge le fit sortir, indiquant que l’audience était terminée. Le sort d’Egidor était scellé, mais Nemosor savait qu’il se devait de le revoir une dernière fois avant qu’il ne parte…