Nemosor (13)

Nemosor (13)

La piste d’essai de la faculté des Sûblûnen se trouvait à l’extérieur du dôme de Dafakin, et il fallut plus d’une demi-heure avant que Nemosor et le capitaine Semorel arrivent en vue des premiers hangars. L’alerte avait apparemment été donnée car il régnait sur place une effervescence que Nemosor n’avait jamais vue, même lors des exercices les plus intenses. Les mages chargés de l’entretien des dragons semblaient bouleversés. Quelque chose de terrible s’était peut-être déjà produit.

Le capitaine Semorel n’avait pas manqué de remarquer cet état de fait et il attrapa au vol l’un des Sûblûnen.

« Que s’est il passé, ici ? » demanda-t-il d’un ton impératif.

Le mage allait répliquer mais lorsqu’il vit la tunique rouge de son interlocuteur, il se ravisa.

« Un des élèves de la faculté s’est emparé d’un dragon sans que nous puissions rien faire. Et tous les pilotes sont en ce moment à l’autre bout de la ville, nous n’avons personne à envoyer à sa poursuite. »

Semorel et Nemosor se regardèrent. Ils étaient arrivé trop tard encore une fois. Mais une idée venait de germer dans l’esprit de Nemosor.

« Depuis combien de temps est-il parti ? » demanda-t-il au technicien.

« Un quart d’heure environ. »

Il était donc peut-être encore temps d’agir.

« Capitaine Semorel, je suis pilote. En partant tout de suite j’ai peut être une chance de rattraper Egidor : se croyant seul il ne va sûrement pas utiliser la puissance de réserve de son dragon, nous laissant ainsi un espoir. Mais il faut agir vite. »

Le capitaine sembla hésiter une seconde, mais il savait que le temps était essentiel s’ils voulaient rattraper Egidor.

« Très bien, dit il. Trouvez un dragon pour ce jeune homme et faites le partir sur le champ. Nous n’avons pas une seconde à perdre. »

Semorel s’était adressé au Sûblûnen qui le regarda d’un air incrédule. Le mage n’osa cependant pas contredire le garde pourpre qui semblait savoir ce qu’il faisait.

***

Nemosor n’avait jamais été aussi rapide à décoller dans un dragon. Il s’était à peine passé dix minutes entre le moment où lui et Semorel étaient arrivé à l’aéroport et l’instant où les roues du dragon avaient quitté le sol.

Se sachant pressé par le temps, Nemosor poussa la manette des gaz de l’appareil à fond, et une fois passé le seuil d’altitude de deux mille pieds, il enclencha la réserve de puissance d’urgence, qui n’était normalement à utiliser qu’en cas de guerre. Le jeune homme se retrouva collé sur son siège, écrasé par l’incroyable accélération de l’appareil. Nemosor savait que le dragon ne pourrait pas tenir cette allure plus d’une heure avant que le moteur ne  surchauffe, et il espérait que cela serait suffisant pour rattraper Egidor. Le dragon de ce dernier apparaissait comme un petit point vert avançant lentement vers l’ouest sur l’écran se trouvant en face de Nemosor et à cette allure, il pourrait probablement le rejoindre en une demi-heure.

Il ne fallut en fait que vingt minutes à Nemosor pour commencer à distinguer la forme noire de l’appareil de son ami. Celui-ci avait dû le détecter car il s’était mis à accélérer. Il était cependant trop tard pour lui. Nemosor avait un clair avantage en altitude et en vitesse. Il lui suffirait de piquer pour intercepter Egidor. Nemosor envoya donc un signal au dragon de son adversaire lui intimant de se rendre, signal qu’Egidor ignora superbement.

Nemosor n’avait plus le choix. Egidor avait beau être son ami, il ne pouvait pas le laisser détruire tout ce en quoi il croyait. Il devait agir. Le jeune homme activa donc le viseur de son dragon ainsi que ses armes. Celles-ci consistaient, en plus du lance-flamme utilisé pour détruire les cibles au sol, en deux canons de gros calibre capable de percer le métal le plus solide.

Une fois le viseur en place, Nemosor baissa le nez de son appareil, amenant l’hélice du dragon d’Egidor dans la cible. Ce dernier avait cependant dû se rendre compte du danger qui le guettait car il s’était mis a zigzaguer enchainant sans répit des manœuvres toutes plus dangereuses les unes que les autres.

Ce n’était cependant pas suffisant pour semer Nemosor dont l’avantage ne pouvait être comblé. Le jeune homme pouvait suivre sans peine les mouvements  de son adversaire. Ajustant son viseur pour prendre en compte la déflection du tir, Nemosor appuya douchement sur la gâchette de son arme.

Les vibrations du canon secouèrent le dragon, faisant presque perdre prise à Nemosor. Les projectiles, sortant à une vitesse supérieure à celle du son, vinrent frapper de plein fouet la queue du dragon d’Egidor, détruisant son gouvernail.

L’appareil était à présent incontrolâble et Nemosor le vit avec horreur partir en vrille. C’était la première fois qu’il tirait à balle réelle, et à présent qu’il était confronté à la dure réalité de son acte, le remords l’envahissait.

Egidor n’avait cependant pas perdu tout contrôle. Il avait réussi à ouvrir la verrière de son dragon et en était sorti. Nemosor vit avec soulagement un parachute s’éloigner de l’appareil en perdition. Il lança immédiatement un appel de détresse afin que l’on vint secourir Egidor, et surtout l’arrêter…