Nemosor (12)

Nemosor (12)

Le noyau était véritablement le point central du bâtiment administratif. Tout comme ce dernier, la salle avait une forme dodécaédrique, donnant à l’ensemble une architecture fractale. Les douze faces du Noyau étaient recouvertes de machines et d’écran, toutes émettant un bourdonnement qui en devenait presque assourdissant. Même le sol, protégé par une dalle de verre renfermait une partie de la machine. A l’intérieur de ces murs se trouvait regroupé l’ensemble du savoir des mages, un fait qui imposait à tous les visiteurs un silence révérencieux.

Nemosor n’aurait jamais crû pouvoir pénétrer un jour dans ce saint des saints et malgré les circonstances hautement inhabituelles et urgentes qui entouraient sa visite,  le jeune homme ne put s’empêcher de marquer une pause.

Il fut cependant vite ramené à la réalité : la salle, qui était sensée rester vide en temps normal, contenait déjà une présence humaine, en plus de Nemosor et du capitaine Semorel. Egidor les avait devancé et était en train de travailler sur une des machines, Codelia à ses côtés.

Il ne fallut pas longtemps à Nemosor pour se rendre compte que la jeune fille n’était pas là de son plein gré. Elle était bâillonnée, ses mains ligotées, une corde les reliant au poignet d’Egidor. Ce dernier se rendit quasi-instantanément compte de la présence de Nemosor et du capitaine. A leur approche, il leva sa main, qui contenait un petit appareil.

« N’approchez plus ! J’ai recouvert Codelia d’une ceinture de poudre explosive, que je peux faire sauter d’une simple pression sur ce détonateur. Vous pourrez alors dire adieu à Codelia et à votre précieux Noyau. Je savais que tu préviendrais la sécurité, Nemosor, et je suis venu préparé, comme tu peux le voir. »

C’est à ce moment que Nemosor remarqua que son ami portait une tenue de pilote de dragon, combinaison qui apportait une excellente protection contre le feu. Ce fait plus que tout autre convainquit le jeune homme que la menace d’Egidor était sérieuse. Jusqu’où était-il donc prêt à aller pour accomplir ce qu’il croyait être sa mission ? Nemosor tenta tout de même une dernière fois de le raisonner.

« Je t’en prie, Egidor : arrête cette folie avant que quelqu’un ne soit blessé. Même si tu parviens à sortir d’ici  avec l’information que tu souhaites, tu ne pourras jamais terminer ta machine maintenant que la garde pourpre est au courant. »

« Ça c’est ce que tu crois. Permets-moi de douter de la capacité de la garde à déjouer mon plan. »

Ce fut le capitaine Semorel qui répondit.

« Ne soyez pas stupide. Nous sommes parfaitement au courant de la présence de mages noirs au sein de Dafakin, et à l’heure qu’il est mes hommes doivent déjà être en train de les arrêter. Vous n’avez aucune chance. »

Un éclair de colère passa devant les yeux d’Egidor.

« C’est ce que nous verrons », dit-il simplement. Il retourna alors à son travail. Ni Nemosor ni Semorel n’osaient s’approcher. D’autres gardes étaient entrés, mais le capitaine leur avait fait signe de s’arrêter, conscient du danger qu’ils risquaient.

Ce statu quo dura une dizaine de minutes qui parurent une éternité à Nemosor. Egidor finit alors par se relever et poussa d’un geste Codelia, coupant la corde qui la reliait à lui. Il lâcha alors un « Merci de votre coopération. » sarcastique avait de disparaître dans un éclair aveuglant. Le téléporteur, bien entendu.

Malgré son désir de réconforter Codelia, Nemosor n’avait pas le temps de s’attarder sur le sort de la jeune fille. Dans un éclair de lucidité, il avait deviné le plan d’Egidor, et il fallait agir vite s’il voulait le contrecarrer.

« Je suis certain qu’il se rend à la piste d’essai des dragons de la faculté des Sûblûnen. » dit-il au capitaine Semorel. « Il a probablement l’intention de voler un dragon pour s’enfuir de Dafakin. »

Le capitaine regarda le jeune homme d’un air surpris puis répondit au bout d’un moment.

« Cela parait en effet logique. Les téléporteurs sont difficile à utiliser sur de grande distances, car notre maîtrise de la grille dimensionnelle est bien plus faible que celle des Anciens. Votre ami va donc en effet chercher un autre moyen de transport, et sa tenue est un indice en faveur de votre hypothèse. Suivez-moi ! »

Tous deux se mirent alors à courir hors du noyau, laissant sur place Codelia et les gardes pourpres qui attendaient toujours des ordres de leur chef.  Une fois hors du bâtiment administratif,  Ils se précipitèrent en direction de la faculté des Sûblûnen.