Nemosor (11)

Nemosor (11)

C’était la première fois que Nemosor s’approchait de si près du centre administratif de l’université. Tout comme le palais royal de Dafakin, le bâtiment avait la forme d’un dodécaèdre, ses douze faces couvertes d’un matière étincelante qui se voyait de très loin. Il abritait un ensemble de salles de réunion et de bureaux, dont celui du doyen. En son centre se trouvait le Noyau, la gigantesque machine contenant tout le savoir des mages. L’entrée du bâtiment était protégée par deux hommes de la garde pourpre, la force de protection de la famille royale de Dafakin, responsable de la sécurité de l’ensemble de la capitale. Lorsqu’ils virent arriver Nemosor, à bout de souffle et échevelé, ils se mirent immédiatement en travers de son chemin.

« Halte ! » héla le garde de droite. « Veuillez énoncer votre nom et le but de votre visite. »

Nemosor dut attendre un petit moment, le temps de retrouver une respiration normale, avant de pouvoir répondre.

« Mon nom est Nemosor. Je suis étudiant à la faculté des Sûblûnen. Je dois absolument voir le doyen ou quelqu’un responsable de la sécurité ! Un étudiant s’apprête à pénétrer illégalement dans le Noyau. »

Les gardes regardèrent Nemosor avec surprise, puis, prenant conscience de la gravité des propos du jeune homme, entrèrent en action. L’un deux saisit le bras de Nemosor vigoureusement alors que son homologue courait à l’intérieur du centre administratif. Il revint rapidement accompagné d’un autre homme vêtu de la tenue pourpre, visiblement un officier.

« Mon nom est Semorel, capitaine de la garde pourpre. Je suis responsable de la sécurité de l’université. Mes hommes me disent que vous avez eu vent d’une menace sur le Noyau ? »

Nemosor savait qu’il ne pouvait plus protéger Egidor s’il voulait éviter le pire. Il fallait absolument qu’il dise la vérité. Le capitaine Semorel semblait intelligent, et Nemosor décida donc de risquer le tout pour le tout.

« Je sais qui est responsable des vols qui ont eu lieu ces derniers temps à l’université. Il s’agit d’un étudiant du nom d’Egidor. Il cherche à construire une bombe utilisant l’adakan. Pour la terminer il ne lui manque qu’une information se trouvant dans le Noyau. Il faut absolument que vous l’en empêchiez. »

Le capitaine Semorel regardait Nemosor avec des yeux ronds.

« Le Noyau est extrêmement bien gardé et même si ce que vous dites est vrai, je ne vois pas comment un étudiant pourrait y pénétrer sans autorisation. Et puis, avez vous une preuve de ce que vous avancez ? Je ne vois pas comment un simple étudiant, aussi habile soit-il , aurait pu apprendre à construire une bombe à l’adakan. »

Nemosor s’était attendu à rencontrer de l’incrédulité. Il n’avait pas de preuve formelle de la culpabilité d’Egidor, mais il pensait pouvoir présenter des arguments convainquants.

« Egidor est affilié à un groupe qui se fait appeler le Cercle de la Tunique Noire. Ces derniers lui ont fourni un téléporteur. Je l’ai vu s’en servir de mes propres yeux. Je pense qu’il compte s’en servir pour entrer dans le Noyau directement. »

A la mention du cercle de la tunique noire, le visage de l’officier s’était durci. Lorsque Nemosor eut finit de parler, il se tourna vers l’un des gardes.

« Soldat, placez immédiatement le bâtiment en alerte maximale et faites venir des effectifs supplémentaires. Informez le doyen que nous avons une tentative d’infiltration par les mages noirs. Au pas de course ! »

Le garde s’éloigna en courant. Le capitaine se retourna alors vers Nemosor.

« Quant à vous, suivez moi. Je suppose que vous connaissez bien cet Egidor ? »

Le capitaine s’était mis à marcher rapidement vers l’intérieur du bâtiment. Nemosor avait peine à le suivre.

« Oui, c’est mon ami le plus proche. »

« Et bien il est heureux que vous ne l’ayez pas suivi lorsqu’il a rejoint ce cercle de la tunique noire. Nous surveillons depuis quelques années cette organisation et nous sommes à présent quasi certains qu’il s’agit d’une façade que les mages noirs utilisent pour subvertir nos étudiants. »

Malgré toutes les émotions conflictuelles qu’éprouvaient Nemosor, sa curiosité était toujours forte.

« Les mages noirs ? »

« Ah j’oubliais que ce pan de notre histoire n’était plus enseigné. J’adorerais vous en apprendre plus, mais nous sommes pressés par le temps. Il nous faut nous rendre directement au noyau. Si votre ami y apparait, peut-être pourrons nous le raisonner. »

Nemosoir et le capitaine étaient en effet entrés dans le batiment, et s’enfonçaient à l’intérieur rapidement. Alors qu’il parlaient, une alarme se mit soudain à retentir, emplissant les coulairs d’un son strident. Le capitaine se mit alors à courir, suivi de Nemosor.

« Violation du périmètre de sécurité ! Je crains que vous ne soyez arrivé trop tard, Nemosor. »

Nemosor n’en croyait pas ses oreilles ! Egidor avait-il déjà commis son méfait ? Avait-il réussi à déjouer la garde pourpre ? Ce n’était pas possible ! Alors qu’il courait à la suite du capitaine, Nemosor commençait à désespérer…