Les Nains et l’Empire – Epilogue

Les Nains et l’Empire – Epilogue

Samel contemplait l’océan. Le ressac était comme une douce musique à ses oreilles, alors qu’il goûtait l’air marin de Leosûmar. Les Nains, comme toujours, s’affairaient comme des fourmis sur les docks. Alors qu’il méditait sur le caractère industrieux de ce peuple, un léger mouvement attira l’attention de Samel : c’était Selea, qui se tenait en silence à coté de lui.

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« Tu es toujours décidée à m’accompagner ? Ça risque de ne pas être une partie de plaisir tu sais. »

« On en a déjà discuté. Je ne vais pas, moi, ta femme, rester à l’abri ici alors que tu parcours les mers et les continent dans ta quête insensée. Il faut bien quelqu’un pour amener un peu de raison dans tes idées. »

Samel sourit.

« Très bien, » dit il sobrement.

Ses pensées vagabondaient déjà. Il se remémorait cet instant, quinze ans auparavant, qui avaient changé sa  vie : le jour où il avait accepté de devenir l’ambassadeur des Nains auprès des populations humaines de Sorcasard. C’était juste avant que les moines du Ginûfas ne s’emparent des cités sous la montagne, consommant la victoire d’Orbût Frinir sur l’Empire. Les impériaux avaient bien des fois tenté de passer la barrière des Losapic. Après une série de batailles sanglantes, ils avaient cependant fini par abandonner, laissant aux Nains, sur ordre de l’Empereur lui-même,  la maîtrise du Nord de Sorcard.

Samel avait été présent lors de la signature du traité qui avait fait d’Orbût Frinir le premier seigneur de Ginûgen, le nouveau royaume des Nains. Il avait lu la haine  dans les yeux du duc lorsqu’il avait vu ce jeune homme, autrefois son sujet, accompagné d’un Sorcami et de Nains. Le mot traître n’avait pas été prononcé, mais c’était tout comme. Samel avait compris deux choses à ce moment là. Premièrement, il savait su qu’il ne pourrait jamais remettre les pieds dans les territoires contrôlés par l’Empire de Dûen tant que le duc vivrait. Deuxièmement, il ne connaîtrait pas le repos tant que les humains de Sorcasard n’auraient pas été libérés du joug des tyrans de l’Empire. L’asservissement de son peuple ne pouvait durer éternellement. Samel s’était alors fait le serment de mettre tout en œuvre pour que les populations de Sorcasard connaissent enfin la liberté, et après tant d’années au service des Nains, il allait enfin pouvoir commencer à y travailler sérieusement.

Son premier objectif était de se rendre au Royaume des Mages pour y apprendre tout ce qu’il pouvait, et surtout pour tenter de recruter quelques-uns des maîtres du savoir des Anciens au service sa cause, si une telle chose était possible. Il ignorait ce qu’il l’attendait à Dafashûn, mais il savait que pour lui et pour Selea, l’aventure ne faisait que commencer…

***

Talakhos sirotait un délicat jus de fruit tout en admirant le jeu de la lumière sur les plantes du jardin Ûesakial. Il avait entre les mains une missive dont le contenu ne pouvait que le ravir. Après toutes ces années d’hostilité latente, les Nains avaient donc fini par signer un accord commercial avec les provinces Impériales. Les premières caravanes Nains, chargées de métaux précieux du Nord et de magnifiques ouvrages allaient bientôt silloner l’ensemble de Sorcasard, de Setigat à Niûrelhin. Et, songeait Talakhos avec un certain plaisir, les biens matériels ne seraient pas la seule chose que les Nains apporteraient avec eux. Ils répandraient, probablement sans le savoir, l’idée que l’Empire de Dûen n’était pas invincibles, et qu’il était possible de lui tenir tête. C’était probablement une idée qui mettrait beaucoup de temps à porter ses fruits, mais Talakhos était intimemement convaincu que tôt ou tard, la mainmise des Empereurs sur Sorcasard verrait sa fin. Et ce jour là, peut-être que le peuple des Sorcami pourrait retrouver une partie de sa gloire passée.

En attendant, il restait beaucoup à faire. Après le succès de sa mission auprès des Nains, Talakhos était revenu avec les honneurs à Sorcakin. Il avait réussi à capitaliser sur cette célébrité pour évincer Gerûgh du poste de Lûakseth du clan de la montagne et ainsi prendre sa place.

Contrairement à beaucoup de ses semblables, Talakhos souhaitait que les Sorcami prennent une part plus active dans les affaires des hommes. Mais la haine de certains était telle qu’il refusaient même de parler du sujet. Il restait encore beaucoup de chemin à parcourir, si les hommes et les Sorcami voulaient un jour pouvoir vivre ensemble.

Talakhos repensa au jeune Samel, qui avait su comprendre l’avantage de ne pas laisser la haine et les préjugés guider ses actions. Si seulement une fraction des humains de Sorcasard arrivaient à penser comme lui, alors l’espoir était permis…

Laissant la douce chaleur du soleil caresser sa peau, Talakhos se mit à rêvasser. Qui savait ce que réservait le futur aux hommes et aux Sorcami ?