Les Nains et l’Empire (9)

Les Nains et l’Empire (9)

C’était comme si le temps s’était arrêté. Sorferum s’était figé, stupéfait par la déclaration de l’espion. Qu’avait-il voulu dire ? En quoi le Sorcami constituait un danger particulier pour l’empire ? Les questions tournoyaient follement dans la tête de Sorferum, lui donnant presque la migraine. L’homme-saurien n’osait cependant parler, laissant l’initiative à Orbût Frinir.

Le visage du général Nain avait, pendant un court instant, affiché une expression de perplexité. Il s’était cependant vite ressaisi, et c’est d’une voix étrangement calme qu’il parla.

« Explique toi, traître. Je peux comprendre que les mouvements de mes troupes intéressent les généraux impériaux, mais je ne vois pas ce que la présence de Sorferum a à voir là dedans. »

Le captif cracha par terre.

« En dehors du fait que les Sorcami sont des démons opposés à la volonté d’Erû vous voulez dire ? C’est à cause d’eux que les Anciens ont disparu. et ils n’ont rien à faire dans notre armée. Vous souillez notre race en invitant ce monstre ici. »

Orbût Frinir frappa encore une fois le prisonnier. Sa voix gronda de nouveau.

« Réponds à ma question où je te jure que tu connaîtras la poigne de celui qui tu appelles démon ! Que veut l’empire de Dûen à Sorferum ? »

L’espion mit un moment avant de répondre.

« Je ne suis pas au courant de tout, expliqua-t’il, mais il semble que ce Sorcami ait traversé des territoires impériaux avant de venir ici, ce qui est strictement interdit à leur race.  Les agents de l’empire ne savaient pas ce qu’un homme-saurien venait faire en territoire humain et l’ont donc fait suivre discrètement pour découvrir ses intentions. Ce n’est que lorsqu’il a été clair qu’il était là pour prendre contact avec vous qu’ils ont décidé d’agir. Mais les agents impériaux étaient sensés tuer le Sorcami. Ils ont apparemment échoué dans leur mission. »

Sorferum, n’y tenant plus, devança Orbût Frinir qui allait poser une nouvelle question.

« Savez-vous qui je suis ? Quel est mon nom ? Que suis-je venu faire ici ? »

Le Nain hésita avant de répondre.

« Je l’ignore totalement. Il faudrait le demander aux agents impériaux qui t’ont molesté prêt de Leosûmar. Mais peut importe la raison de ta venue, démon, tu n’as rien à faire ici. Le peuple des Nains doit rester pur et… »

« Pur comme toi, chien ? (C’était Orbût Frinir qui avait pris la parole) Tu t’es vendu à nos oppresseurs et tu oses parler de pureté ? Je devrais te faire pendre sur le champ.  Mais je vais te laisser encore un peu la vie sauve, pour qu’on puisse te presser comme un citron et sortir de tes entrailles malfaisantes toutes les informations que tu possèdes. Midenir, tu t’en occuperas. »

« A  vos ordres, » répondit l’intéressé avec un sourire, avant de partir avec le captif et ses hommes, laissant Sorferum et Orbût Frinir seuls.

« Je vous dois des remerciements, Sorferum, dit le général Nain. Si vous n’aviez pas capturé cet espion, il aurait pu prévenir l’empire de mon plan qui consiste à les contourner par l’ouest, ce qui aurait été une véritable catastrophe. »

« Je vous en prie, répondit Sorferum. Mais pourrais-je vous prier de ne pas tuer cet homme trop vite ? Il détient peut-être la clé de mon passé. »

« Ne vous en faites pas. Ce qu’il vient de raconter à votre sujet m’intrigue tout autant que vous. Pourquoi auriez vous pris le risque de traverser Sorcasard pour nous contacter ? Je vous promets de tout mettre en oeuvre pour le découvrir, ne serait-ce que pour ma tranquillité d’esprit. »

« Merci, » dit Sorferum en s’inclinant. Le Sorcami quitta la tente du général empli de sentiments contradictoires. Une partie du voile qui cachait son passé s’était levée, mais il restait encore beaucoup trop de questions sans réponses.

***

La deuxième fois que Samel se réveilla, son dos le faisait beaucoup moins souffrir et son esprit était plus clair. Il arriva même à s’assoir dans son lit, observant ce qui se trouvait autour de lui. Il était dans une vaste pièce aux murs de pierre sombre. Des rangées de lits meublaient chacun des cotés de la pièce. Ils étaient cependant pour la plupart vides, et seuls deux vieillards se trouvaient dans la pièce en même temps que le jeune homme.

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« Ah vous êtes réveillé,  » fit une voix claire. Samel reconnut la jeune fille qu’il avait vu la première fois qu’il s’était réveillé.  Son nom était Selea, crut-il se rappeler.

« Bon… Bonjour, » salua le jeune homme. « Combien de temps ai-je dormi ? »

« Cela fait trois jours que vous êtes ici, » dit Selea. « Mais vous avez l’air d’aller mieux. Je crois que vous ne resterez pas beaucoup plus longtemps. »

En un instant, Samel réalisa ce que ces paroles signifiaient. Il allait devoir retourner dans son baraquement gelé, à dormir sur une paillasse mouillée.  Sa voix contenait donc une pointe de déception quand il dit.

« Vraiment ? »

Selea eut un sourire. Son visage était charmant, et redonnait un peu de baume au cœur à Samel.

« Ça n’a pas l’air de vous enchanter…. »

« Disons que je ne suis pas pressé de retourner voir ceux qui m’on fait ça, » dit Samel en désignant son dos. « Mais je n’ai probablement pas le choix. »

« Si vous voulez je peux en parler au père Casalod. Nous pouvons dire à l’armée que nous devons vous garder en observation quelque temps. »

Le visage de Samel s’éclaira.

« Vous feriez ça pour moi ? »

« Bien sûr. » La jeune fille fit un clin d’œil à Samel. « Vous ne seriez pas le premier. »

« Merci ! » dit le jeune homme avant de se renfoncer dans son lit confortable. « Merci beaucoup. »

Samel regarda Selea s’éloigner en se disant que finalement, l’épreuve du fouet n’avait pas été si négative que cela.