Les Nains et l’Empire (8)

Les Nains et l’Empire (8)

Les Nains se dirigeaient vers la grande tente circulaire qui servait de quartier général à Orbût Frinir. Midenir poussait son prisonnier, le Nain que Sorferum avait attrapé, sans ménagement. Le regard du capitaine de l’armée naine avait une sévérité que Sorferum ne lui avait jamais vu,  et il semblait se retenir pour ne pas abattre le captif sur le champ.

Sorferum marchait derrière le groupe. Les Nains ne semblaient que peu prêter attention à la présence du Sorcami. Ce n’est que lorsqu’ils pénétrèrent dans la tente que les gardes de faction bloquèrent l’accès à l’homme-saurien, croisant leur lances devant l’ouverture. Sorferum, déçu s’apprêtait à faire demi-tour, lorsqu’il entendit :

« Laissez-le entrer. J’en prends la responsabilité. »

La voix de Midenir fut un soulagement pour Sorferum qui allait enfin voir sa curiosité satisfaite. Le Sorcami dut baisser la tête pour entrer dans la tente, bien trop petite pour lui. Le prisonnier était à genoux, deux hommes de Midenir lui tenant fermement les épaules. Orbût Frinir se tenait devant lui, imposant dans sa colère. Sa voix était comme le tonnerre, et même Sorferum, qui était pourtant bien plus grand que le général Nain, se sentit intimidé.

« Que faisais-tu donc à vouloir quitter le camp en pleine nuit, fils de chienne ? cria Orbût. Tu restes silencieux, mais je te promets que tu parleras. Ta bourse t’accuse bien plus que moi. »

Tout en prononçant ces mots, Orbût Frinir avait versé sur le sol le contenu d’un petit sac, et les pièces en argent qui étaient à l’intérieur roulaient dans la tente. Sorferum en prit une qui était tombée à ses pieds. Un tete couronnée y était dessinée, surmontée de l’inscription suivante :

 SUFIL II DUEN REDOR – 1005

« Tu crois peut-être que je ne sais pas reconnaître des deniers impériaux, imbécile ? Depuis quand es-tu au service de Dûen ? »

La voix tonitruante d’Orbût Frinir continuait à résonner dans la tente. Rouge de colère, le général frappa alors sans vergogne son prisonnier du poing, recommençant plusieurs fois. La tête du captif était en sang, mais il restait silencieux.

« Tu continues à faire la muette, alors ? Je ne te fais pas assez peur ? Très bien, Et si je laissais un Sorcami s’occuper de ton cas. Approchez, Sorferum. Vois-tu,  les Sorcami n’aiment pas beaucoup l’empire, et je suis sûr que Sorferum saura bien te le montrer. »

En un instant, Sorferum comprit le plan du général Frinir. Il n’aimait pas beaucoup l’idée d’avoir à torturer quelqu’un, mais peut-être que la vue de l’homme-saurien suffirait à briser le prisonnier. Le Sorcami prit donc son air le plus féroce en s’approchant du Nain.  Celui-ci sembla marquer une hésitation et quand Sorferum fit mine de lever la main sur lui, il tenta de reculer.

« Arrêtez !  » dit-il d’une voix rauque. « Je… je vais parler. Mais ne laissez pas cette créature me toucher, par pitié. »

« Ah on devient raisonnable, à ce que je vois, reprit alors Orbût Frinir. Tu as intérêt à cracher le morceau maintenant. Que faisais-tu ? Pour quoi l’empire te paie-t’il ? »

« Je… » le prisonnier semblait hésiter. « Je suis chargé d’informer les garnisons impériales des mouvements de nos troupes. J’utilise normalement des pigeons voyageurs, mais depuis notre départ, tous sont morts. J’ai donc décidé de m’enfuir pour trouver refuge à Gostel, et prévenir les généraux de votre plan. Et surtout de la présence de ce monstre, qui pourrait être fatale à l’empire… »

Le prisonnier avait le doigt tendu vers Sorferum, comme s’il était en train d’accuser le diable en personne…

***

Samel était attaché sur une structure en bois, les bras écartés, le dos exposé à l’air glacial. Il tremblait de tous ses membres, à la fois de froid et de peur. L’anticipation de la douleur à venir était presque pire que la douleur elle même, et la vue du fouet entre les mains du sergent terrorisait le jeune homme. Une bonne partie de la garnison était rassemblée dans la cour : tous avaient reçu pour ordre d’assister à cette punition exemplaire.

Lorsque le sergent fut satisfait du nombre de présents, il annonça d’une voix sévère.

« Pour insubordination et assaut sur un officier, le soldat Samel ici présent doit recevoir douze coups de fouet, par ordre du colonel. La sentence va être exécutée immédiatement. »

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Le sergent leva alors son fouet de cuir et le baissa d’un geste sec. Samel entendit à peine le claquement tant la douleur était insupportable. Le jeune homme hurla, sa voix claire allant se perdre dans le froid glacial de la cour.  Le sergent recommença alors, et chaque fois la douleur devenait plus intense. Lorsqu’enfin le douzième coup fut tombé, Samel, terrassé par la souffrance, perdit connaissance.

Quand il se réveilla, une forme était penchée sur lui.  Elle avait les cheveux blond et un visage fin et délicat entourant de magnifiques yeux bleus. Une femme ! La surprise acheva de réveiller Samel qui sentit alors l’horrible douleur lui étreindre le dos. Il gémit.

« Ne bougez pas », dit la femme. Il s’agissait en fait d’une jeune fille, qui devait être à peine plus âgée que Samel. Elle semblait parfaitement à l’aise en présence du jeune soldat.

« Où suis-je ? » demanda Samel. « Qui êtes-vous ? »

« Chut, » dit la jeune fille. « Vous êtes dans l’hôpital d’Orwolia, à coté de l’église. Je suis Selea, et j’étudie la médecine auprès du père Casalod, notre prêtre. Vos amis vous ont amené ici. Vous étiez gelé et blessé au dos. Nous vous avons soigné du mieux que nous pouvions mais il faut maintenant vous reposer, car la fièvre s’est emparée de vous. »

« La… fièvre ? » gémit Samel. « Je… vais mourir ? »

Selea eut un petit rire clair.

« Mais non, grand sot. Vous allez déjà mieux quand quand ils vous ont amené, il y a deux jours. Il faut juste que vous continuiez à vous reposer. »

« Mer… merci », dit Samel, retombant dans un bienheureux sommeil.