Les Nains et l’Empire (21)

Les Nains et l’Empire (21)

Le retour jusqu’à Orwolia se fit sans incident supplémentaire. Samel n’osait cependant plus adresser la parole à ses compagnons, et restait perdu dans ses pensées. Ses réflexions portaient principalement sur sa tentative d’évasion. Le jeune homme était toujours surpris par le fait que Talakhos et Midenir l’avaient sauvé malgré sa trahison. Pourquoi ? Ils auraient pu le laisser mourir. C’était un acte de compassion auquel les officiers Impériaux ne se seraient jamais livrés. Quelles étaient les motivations de Talakhos ? Pour quelle raison avait il sauvé son ennemi, un membre du peuple qui avait si durement combattu les homme-sauriens. Autant de questions qui restèrent sans réponse jusqu’à leur arrivée à Orwolia.

Samel fut conduit à l’hôpital tandis que Talakhos, Midenir et Trûm partaient faire leur rapport à Orbût Frinir. Là il fut accueilli par Selea, qui ne cacha pas sa surprise et sa joie de revoir le jeune homme. Lorsqu’elle vit sa jambe cassée, cependant, elle prit un air bien plus professionnel, et se mit à lui préparer une attelle bien plus élaborée que le rafistolage rudimentaire de Midenir.

« Que s’est-il passé ? » demanda-t’elle.

Samel n’avait aucune raison de mentir à sa jeune amie. Il lui raconta donc toute l’histoire : la marche dans les montagnes, la découverte de la cité des Anciens, le revirement des moines Nains, et sa tentative d’évasion. Cela faisait du bien à Samel de pouvoir enfin parler de ce qu’il ressentait.

« C’était donc ça que tu mijotais quand tu as accepté de partir, » dit Selea d’un ton désapprobateur. « Cela aurait pu bien plus mal finir… »

« Je devais le faire, Selea. Les hommes des montagnes n’ont aucune idée du danger qui les guette. C’est pour eux que j’ai agi ainsi. »

« Peut être que le danger n’est pas si grand que cela. Cela fait quelques jours à présent que je côtoie les Nains, et contrairement à certains soldats Impériaux, ils ne me paraissent pas du type à massacrer des hommes et des femmes sans défense. Ils cherchent juste à se construire un nouveau foyer, ici au Nord de Sorcasard, pas à annihiler l’Empire. »

Samel mit un moment avant de répondre.

« Tu as peut-être raison. Pour l’instant, ceux que je considère comme mes ennemis ont fait preuve d’un plus grand sens de l’honneur que nos propres officiers. Mais que faire à présent ? Je crains que les Nains ne puissent plus jamais me refaire confiance. »

« Je ne sais pas Samel. Mais voilà le général Orbût Frinir. Je suppose qu’il vient te voir. »

Le jeune homme se redressa tandis que le général approchait, accompagné de Talakhos et Midenir.

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***

Talakhos observait attentivement le jeune humain. Il n’était pas encore très doué dans le déchiffrage des expressions des hommes, mais il lui semblait que Samel affichait un regard plus humble qu’a l’accoutumée, presque soumis.

Le général Orbût Frinir parla le premier.

« Talakhos et Midenir m’ont tout raconté, mon garçon. Sache avant tout que je ne te tiens pas rigueur de tes actions. Tu ne t’es jamais engagé devant moi à ne pas t’évader. J’aimerais juste savoir quelles étaient tes raisons. Car, enfin, il me semble tout de même que l’Empire n’a pas fait grand chose pour mériter une telle loyauté. »

Samel déglutit avant de répondre.

« Ce n’est pas pour l’Empire que j’ai pris ce risque, mais pour les humains des villages de la montagne, qui n’ont rien à voir avec cette guerre et risquent d’en être les victimes. Malgré tout le respect que je vous dois, et la gratitude que j’éprouve envers Talakhos et Midenir pour m’avoir sauvé, je ne peux pas vous laisser les mettre en danger sans rien faire. »

Le ton de défi avec lequel ces paroles avaient été prononcées fit sourire Orbût Frinir.

« Voilà qui est bien parlé, jeune Samel. Mais si je te disais que je n’ai aucune intention de détruire les villages de la montagne ? Mon but est simplement d’attaquer les renforts venant du Sud pendant qu’ils tenteront de franchir les Losapic. Les territoires du Nord sont bien suffisant pour mon peuple. Je n’ai ni l’envie ni les moyens de porter la guerre en Sortelhûn, n’en déplaise à notre ami homme-saurien. L’Empire saura bien se désagréger par lui-même. »

Le visage de Samel s’emplit d’étonnement. Il allait dire quelque chose, mais se ravisa, voyant qu’Orbût Frinir reprenait la parole.

« En fait, je vais même avoir besoin de toi. J’aimerais bien que tu deviennes mon ambassadeur auprès des populations humaines des territoires que j’ai conquis, à commencer par Orwolia. Si tu les convaincs de ne pas m’affronter, je leur promets un traitement équitable. Je suis sûr que les Nains et les hommes du Nord de Sorcasard peuvent vivre en bonne intelligence. »

Talakhos fut agréablement surpris de cette proposition. Contrairement au jeune Samel qui restait bouche bée, le Sorcami venait d’en réaliser toutes les implications. Si des humains de Sorcasard vivaient sous l’influence des Nains, ils réaliseraient peut-être la cruauté de l’Empire, et ce serait un pas de plus vers la division de ce dernier, son objectif principal… Orbût Frinir était vraiment un habile politicien.

Le Sorcami entendit à peine Samel acquiescer à la proposition d’Orbût Frinir. Il venait de se rendre compte que sa mission était presque terminée. Si les Nains parvenaient à tenir les Losapic, il aurait accompli sa tâche. Bientôt il pourrait rentrer chez lui, et montrer au Lûakseth Gerûgh sa véritable valeur…