Les Nains et l’Empire (20)

Les Nains et l’Empire (20)

Samel était de retour dans le froid des Losapic. Le vent glacial semblait presque un soulagement après tant de temps passé sous terre. A ses cotés, Talakhos et Midenir observaient le paysage couvert de neige, évaluant intérieurement la distance qu’ils avaient à parcourir pour rejoindre Orwolia et les troupes d’Orbût Frinir.

Samel élaborait quant à lui ses propres plans. Il avait passé beaucoup de temps à étudier les cartes de Midenir, et il savait qu’il lui faudrait agir vite. Son objectif était de rejoindre Losamûnd, qui était encore aux mains de l’Empire, afin de prévenir les hommes de la ville de ce qui les attendait. La ville se trouvait à l’est de leur position actuelle, et Samel savait qu’il devrait agir cette nuit même. Quelque chose le retenait cependant… Était-ce la crainte de devoir affronter seul le froid des Sordepic ? Ou quelque chose de plus profond ? Que devait-il réellement à l’Empire de Dûen ? En récompense de sa loyauté, les Impériaux avaient assassiné son meilleur ami et l’avaient fait fouetter… Samel se remémora cependant que s’il agissait ainsi, ce n’était pas pour les hommes de Dûen, mais pour les habitants du nord de Sorcasard. Ceux-ci ne méritaient pas de se retrouver au milieu d’une guerre qui détruirait leurs villages.

Alors qu’ils descendaient vers la vallée, la résolution de Samel se renforçait. Il n’était loyal  ni aux Nains ni à l’empire, mais à son peuple, et il ferait tout pour les protéger. Et pour cela, il devait les prévenir du risque que les montagnes recelaient en leur sein.  Il était temps d’agir !

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Les voyageurs s’arrêtèrent à l’abri d’une anfractuosité de la montagne alors que le soleil dardait ses derniers rayons à l’ouest, illuminant le ciel d’une couleur rouge sang. Midenir alluma un feu et tous se placèrent autour. Nul ne disait mot, et chacun semblait perdu dans ses pensées. Le jeune moine Trûm semblait le plus renfermé de tous, réalisant que les autres ne faisaient que le tolérer dans leur groupe. Bientôt, les quatre voyageurs se placèrent sous leurs couvertures, s’apprêtant à dormir.

Samel attendit une petite heure afin d’être bien sûr que Talakhos, Midenir et Trûm dormaient réellement. Il entreprit alors de préparer un sac avec quelques vivres et sa couverture, dans le plus grand silence. Une fois prêt, il se dirigea vers l’est sans même un regard en arrière, guidé seulement par la lumière des étoiles.

L’air glacial était pur et limpide, et pour tromper sa peur de la solitude, Samel se prit à énumérer les constellations : il reconnaissait le grand ver, la maison, et tant d’autres dont les histoires avaient bercé son enfance.

Le jeune homme avançait le plus rapidement possible : il savait qu’il devrait mettre une grande distance entre lui et ses ex-compagnons s’il ne voulait pas être rattrapé. La progression dans le noir était cependant difficile et dangereuse, et malgré son expérience de la marche en montagne, Samel ne vit pas la crevasse qui se tenait devant lui. Il sentit tout d’un coup le sol se dérober sous ses pas et tomba dans le noir…

***

Lorsque Talakhos se réveilla, il réalisa tout de suite que quelque chose n’allait pas. Samel n’était plus là ! Que s’était-il donc passé ?

« Midenir, réveillez-vous ! » cria le Sorcami. « Samel a disparu ! »

Instantanément, le Nain  sauta sur ses pieds.

« Que dites-vous ? J’aurais dû m’en douter. Cela fait un moment que le jeune homme observe mes cartes et prépare son plan. J’aurais dû être plus prudent. Venez Talakhos, il n’a pas pu aller bien loin, et je suis assez bon traqueur. »

En un instant le Nain et le Sorcami avaient rangé leurs affaires et étaient déjà en route, suivis de près par Trûm. La piste de Samel était assez aisée à suivre, pour quelqu’un d’aussi expérimenté que Midenir et les trois voyageurs avançaient rapidement sur les pas du jeune homme. Ils s’arrêtèrent cependant devant une faille qui balafrait la montagne. Midenir semblait perplexe.

« La piste semble s’arrêter ici… C’est comme si Samel s’était jeté dans la crevasse. Je ne comprend pas. »

« Il est peut être tombé, supposa Talakhos. Appelons le ! »

Tous deux se mirent alors à crier le nom du jeune homme. Un faible écho leur parvint du fond de la crevasse.

« Je suis là… »

Prudemment, le Nain et le Sorcami observèrent le gouffre, et virent une forme se trouvant au fond.

« Il faut le tirer de là, » dit le Sorcami.

Midenir semblait hésiter.

« Cela pourrait se révéler dansgereux. Surtout pour sauver quelqu’un qui a tenté de nous trahir. Je… »

« Si vous ne voulez pas y aller, j’irai, Midenir. Nous ne pouvons pas tenir rigueur à un jeune homme qui pensait faire son devoir. »

« Vous avez raison Talakhos. Laissez moi préparer la corde, nous allons le tirer de là. »

D’un geste sûr, le Nain attacha une corde à un gros rocher. Talakhos entreprit alors de descendre le long de la crevasse. Au bout d’une attente qui semble interminable, il remonta enfin, transportant Samel sur son dos. Le jeune homme ne disait rien. Il avait visiblement une jambe cassé, et de belles égratignures, mais semblait bien vivant.

« Nous allons lui poser une attelle, et nous repartirons, dit Midenir. Nous avons perdu assez de temps. J’ose espérer que cette expérience vous aura servi de leçon Samel, dit le Nain. N’essayez plus de nous fausser compagnie à l’avenir…. »