Les Nains et l’Empire (19)

Les Nains et l’Empire (19)

Le couloir sous la montagne était interminable. C’était comme si Samel et ses compagnons voyageaient vers les profondeurs de l’enfer, une sensation que la lumière rouge omniprésente ne faisait que renforcer. L’ambiance était oppressante et nul ne disait mot. Chacun se renfermait sur lui même, comme si la roche environnante ne suffisait pas à isoler les voyageurs du monde extérieur. Samel n’osait rompre le silence et son imagination débordante lui faisait envisager toutes sortes de scénarios catastrophiques. Au centre de toutes ces affabulations se trouvaient les moines Nains, qui, Samel s’en rendait compte, lui faisaient peur depuis le jour du départ. Contrairement à Midenir, ces Nains semblaient guidés par un fanatisme étrange, et capables de tout. Leur vénération pour la grotte qu’ils avaient découverts semblait surréelle à Samel, et il n’osait rester près d’eux trop longtemps…

Perdu dans ses sombres pensées, Samel ne vit pas que Talakhos s’était arrêté, et heurta le Sorcami. Ce dernier se rendit à peine compte du choc, tant il était captivé par ce qui se trouvait en face de lui. Midenir était lui aussi bouche bée, et Samel se demanda ce qui avait pu surprendre ainsi les deux guides de l’expédition. Le jeune homme constata alors qu’ils se trouvaient au bout du tunnel. Le chemin s’arrêtait net sur une ouverture brillamment illuminée. Avaient-ils traversé les Losapic pour se retrouver en Sortelhûn ? Le visage de Samel s’éclaira alors qu’il s’approchait pour observer.

Le jeune homme comprit vite ce qui avait provoqué la surprise de ses compagnons.

Devant lui se trouvait une caverne si vaste qu’on n’en distinguait même pas le bord opposé. La voûte était à une hauteur telle qu’elle aurait tout aussi bien pu être le ciel lui même, surtout avec l’éclairage brillant qui s’en dégageait. Mais ce qui était le plus impressionnant n’était pas les dimensions de la caverne, mais bien ce qu’elle contenait.

Faute d’un autre mot, Samel l’aurait décrit comme une ville, mais une ville si merveilleuse et étrange qu’elle dépassait l’entendement. De hautes tours reliaient le plafond de la caverne à son sol. Ces tours étaient elles même connectées par de petits couloirs qui fermés apparaissaient à intervalles réguliers. C’était une construction fantastique, que seule la magie des Anciens avait pu produire. Que des hommes aient été capables de fabriquer une telle merveille sous la montagne dépassait l’entendement de Samel, tout comme la réaction des moines Nains de Ginûfas.

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A la vue de la ville sous la montagne, les Nains s’étaient en effet agenouillés, et ils marmonnaient des prières quasi-incompréhensibles. Les seuls mots que Samel parvenait à distinguer étaient Erû (Dieu) et Blûnen (Mage ou Ancien). Midenir et Talakhos ne prêtaient cependant aucune attention aux fanatiques, et et commençaient déjà à s’approcher de la cité.

Soudain, à la grande surprise de Samel, les moines se mirent à leur barrer la route.

« Nous sommes désolés, mais les hérétiques n’ont pas le droit de fouler le sol de la cité sacrée de Goldarkin, où les Anciens ont créé le monde. »

Talakhos regarda le Nain qui avait parlé d’un air mauvais.

« Cette cité et les grottes sous la montagne sont les clés qui permettront à votre peuple de vaincre l’Empire de Dûen. Nous devons l’explorer pour savoir où elle mène. »

Le Nain ne se démonta pas.

« Ce n’est pas votre tâche mais celle de l’ordre de Ginûfas. Notre mission sacrée est de protéger les oeuvres souterraines des Anciens, et rien ne se mettra en travers de notre route. Nous repousserons toute force qui n’aura pas prêté le serment de Ginûfas, qu’elle vienne de l’Empire de D^uen ou du général Orbût Frinir. Ceci est la tâche sacrée de notre peuple. »

Le Nain rejeta alors sa capuche et l’épais vêtement de toile qui le protégeait pour réveler une armure et des haches. Ses neufs compagnons firent de même, et leur regard ne laissait aucun doute quant à leurs intentions belliqueuses. Talakhos s’apprêtait à leur répondre, mais Midenir le retint.

« Laissez, Talakhos. C’est ce que nous avions prévu. Lorsque vous nous avez parlé de ces grottes, le général Frinir et moi avons tout de suite compris qu’elles correspondaient aux croyances des moines de Ginûfas. Cela a toujours été notre intention de leur confier la mission d’empêcher quiconque de passer au travers des montagnes. Et même si j’aurais moi aussi souhaité explorer les mystères de ce joyaux sous la roche, mes ordres sont de laisser la main aux moines. Notre mission à présent consiste à prévenir le reste de leur ordre pour qu’ils puissent retourner dans ces grottes et accomplir leur devoir. »

Samel et Talakhos regardèrent Midenir avec surprise. Une lueur de colère passa dans les yeux du Sorcami, mais il finit par céder à la logique de son compagnon.

« Très bien, Midenir. J’espère que vous savez ce que vous faites. Mon rôle n’était de toute manière que de vous ouvrir la porte, le reste est entre vos mains. »

Midenir s’inclina. Puis se tournant vers les moines, il dit :

« L’un de vous devra revenir avec nous à Orwolia avec la preuve de ce que nous avons trouvé afin que le reste de votre peuple le suive ici. »

« Trûm est le plus jeune d’entre nous. Il ira avec vous.Allez et ne remettez plus jamais les pieds ici. Nous repousserons l’Empire pour vous, mais nous ne voulons plus voir d »hérétiques en ce lieu sacré. »

Midenir  fit alors demi tour et se dirigea vers le couloir qu’ils venaient d’emprunter, suivi par Talakhos et l’un des Nains. Samel leur emboîta le pas, réalisant à peine ce qui venait de se produire. Se trouver en face d’un tel trésor des Anciens et s’en voir refuser l’accès était très frustrant. Mais il savait qu’il faudrait qu’il revienne rapidement à lui, car il avait ses propres décisions à prendre.