Les Nains et l’Empire (18)

Les Nains et l’Empire (18)

C’était la pierre la plus lisse que Samel avait jamais vu, comme si à cet endroit, la montagne avait été découpée à l’aide d’un couteau géant, puis poncée jusqu’à ne laisser aucune aspérité. Talakhos observait le roc avec une joie non dissimulée, tandis que les Nains avaient adopté une expression de crainte révérencieuse.

« La porte Nord, nous l’avons trouvée ! » explosa le Sorcami.

Midenir semblait plus circonspect.

« Il ne nous reste plus qu’à découvrir comment l’ouvrir. Je ne me vois déplacer ce mastodonte de pierre à la seule force de mes bras, Talakhos. »

Samel ne disait rien, subjugué par ce qu’il voyait. Il avait devant lui la preuve tangible que les Anciens dont parlaient les histoires de sa grand-mère avaient réellement existé. Seule la magie des hommes d’autrefois avait pu transformer la pierre d’une telle façon. Piqué par la curiosité, le jeune homme posa la paume de sa main sur la pierre lisse. Le contact était froid, et Samel eut l’impression que la pierre s’enfonçait légèrement pour épouser la forme de sa main. Surpris, Samel s’écarta d’un mouvement brusque.

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A l’endroit où le jeune homme avait posé ses doigts, une empreinte lumineuse de sa main était apparue, entourée par un cercle de runes. Le message écrit était clair :

ACCÈS REFUSE

Qu’avait-il fait ? Est ce qu’il avait bloqué la porte, malgré lui ? Samel jeta un regard désespéré à Talakhos, qui n’avait pas le moins du monde l’air surpris par ce qui venait de se produire.

« C’est comme le décrivent les textes de la porte d’Aerokûpic. Les Anciens avaient fait en sorte que seuls quelques hommes dignes de confiance, puissent ouvrir ces portes. »

« Mais alors, comment allons nous entrer ? »  demanda Samel, qui avait tout d’un coup retrouvé la parole.

« Mais le plus simplement du monde, jeune Samel, en faisant croire à la porte que tu es un Ancien. »

Ne laissant pas au jeune homme le temps de répondre, Talakhos se tourna vers Midenir.

« Avez-vos toujours les affaires qui étaient en ma possession lorsque vous m’avez découvert, Midenir ? »

« Oui, » répondit le Nain, tendant un sac de cuir à l’homme-saurien.

« Une chance que les hommes de l’Empire n’aient pas réalisé la valeur de ce que contenait ce sac. »

Talakhos en sortit un étrange gant très fin qu’il tendit à Samel.

« Fais très attention à ne pas déchirer ce gant. Il est notre clé. »

Samel regarda attentivement l’objet. Le gant était presque transparent, parcouru seulement par de fines lignes sur la paume et les doigts.

« Je ne comprend pas, » dit Samel, interrogatif

« Ce gant est une relique qui appartient à mon peuple depuis des temps immémoriaux. Il reproduit avec exactitude les lignes de la main d’un des roi des Anciens. Si tu l’enfiles et que tu poses la main sur la porte, elle croira que tu es ce souverain et s’ouvrira. Essaie donc. »

Avec d’infinies précautions, Samel plaça sa main dans le gant. Celui ci lui collait à la peau. Le jeune se rapprocha alors de la porte et répéta son geste, posant sa paume contre la pierre froide. La lumière apparut de nouveau, mais au lieu de la teinte jaune qu’elle avait pris auparavant, elle était bleutée. Un nouveau message apparut en runique :

ACCÈS AUTORISE

A ce moment la terre se mit à trembler dans un grondement sourd surgi des tréfonds de la montagne. A la grande surprise de Samel, la lourde porte se mit à coulisser, laissant petit à petit apparaître l’obscurité d’une caverne. Lorsqu’elle se fut totalement ouverte, les bords de la caverne s’éclairèrent d’une lumière rouge qui illuminait un long couloir s’enfonçant au coeur de la montagne.

« Nous y sommes, » dit alors Talakhos. « Suivez-moi. Nous devons explorer ces passages pour être certains qu’ils sont encore ouverts pour l’armée des Nains. »

Sans un mot, tous suivirent le Sorcami qui était déjà dans la caverne. Les Nains avaient une expression d’admiration presque religieuse pour ce qu’ils apercevaient. Le regard de certains d’entre eux effrayait Samel, qui s’empressa de rejoindre Talakhos.

« Ce sont les Anciens qui ont construit ces cavernes, Talakhos ? demanda le jeune homme, pour occuper son esprit alors qu’ils marchaient. »

« Oui, Samel. Du moins c’est ce que les plus anciennes légendes de mon peuple racontent. Lorsque les Anciens, venus de par delà les cieux, sont arrivés sur Erûsarden, rien ne pouvait survivre à sa surface. Ils se sont donc construits des villes sous les montagnes, en attendant que leur magie transforme le monde. Les cavernes sont les vestiges de ces villes, et un témoin de la grandeur et du savoir des Anciens à leur apogée. Il est bien dommage qu’ils aient un jour décidé d’utiliser ce savoir pour détruire au lieu de construire. »

Méditant ces paroles, Samel continua à suivre le Sorcami alors qu’ils s’enfonçaient toujours plus profondément au coeur de la montagne, baigné par l’ancestrale lueur rouge des Anciens.